La Nation Rom: un mythe politique ?

Article publié le 23 juin 2011
Article publié le 23 juin 2011
Par Christophe Cung L’intégration de la population Rom est une fois encore à l’ordre du jour du Sommet du Conseil Européen. Comment cette “minorité transnationale” est-elle réellement représentée dans le cadre des relations institutionnelles ?

Il faut remonter à 1971 pour signaler pour la première fois à Londres, lors du Congrès de l'URI (Union Rom Internationale), une tentative de fédération et de représentation de la communauté Rom à un niveau international. C’est à cette même date que fut adopté le drapeau de la nation qui allait représenter non pas un pays mais tout un peuple, ce qui constituait en soi une grande nouveauté. Sur celui-ci, apparait une roue (ou chakra), symbole de la route, du voyage. Or, ce qui frappe davantage, c’est la ressemblance évidente qu’il existe avec le drapeau de l’Inde, rappelant ainsi les origines du peuple tzigane descendant du sous-continent indien. Cependant, ledit drapeau a brillé par son absence au cours d’ultérieures réunions qui se sont déroulées sur la scène internationale.

Ce n’est que récemment que les agendas de l’Union Européenne ont commencé à inclure à leur ordre du jour, les discussions d’une problématique épineuse concernant les “gens du voyages”. A quarante ans de la première réunion officielle dont l’objectif était de statuer sur le peuple Rom, peu de nouveautés sont apparues concernant une sérieuse représentation politique. Partant de la prémisse que tout peuple est modelé par une histoire nationale, cette communauté demeure une exception, étant donné qu’elle ne bénéficie toujours pas de véritable délégation. En théorie, il existe cependant quelques rares regroupements politiques tziganes, telles Euroroma ou le Part Rom. Or, il est frappant de souligner qu’en Europe centrale et orientale (une région qui occupe toujours une place à part parmi la communauté, où 95 % de la population Rom est ouvrière ou paysanne), on constate une absence totale d’élus porte-drapeaux des Tziganes. Ainsi, en Bulgarie, pays qui devrait idéalement incarner un territoire politiquement idéal pour la nation, il n’existe aucun parti politique défendant leurs intérêts, à la différence de leurs concitoyens d’origine turque qui sont, eux, représentés par un parti à part entière.

Probablement inspirés par un néolibéralisme en poupe, les décideurs des institutions européennes semblent ainsi avoir inventé un mythe politique: celui de la "nation Rom" en tant que minorité européenne transnationale. Et ce n’est certainement pas le Conseil européen de ces 23 et 24 juin qui fera disparaitre cette catégorisation nouvelle du "Rom migrant".