La naïveté des adeptes de la Bush-erie

Article publié le 15 avril 2004
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Article publié le 15 avril 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La démocratisation forcée de l'Irak risque d'échouer. Les Etats-Unis doivent reconsidérer leurs concepts de politique extérieure.

Il existe un proverbe populaire chez les hommes politiques disant que celui qui a des visions devrait plutôt consulter un psychiatre. Certes, on n'est pas obligé de partager ce point de vue, mais un an après la libération de Bagdad, la question se pose toujours si la politique extérieure visionnaire de George W. Bush a vraiment fait de notre monde un monde meilleur. Les armes de destruction massive n'ont pas été trouvées et le jugement très répandu dans le monde arabe selon lequel les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avaient mené une guerre coloniale contre l'Irak a été renforcé. Et au lieu de combattre directement les groupes terroristes, la guerre elle-même leur a justement donné la possibilité d'agir en Irak.

Un peacebuilding difficile

Et qu'en est-il du but sublime de la démocratisation ? Les combats sanglants que la coalition dispute en ce moment avec des groupes chiites et sunnites radicaux montrent que le développement d'une démocratie stable en Irak est encore loin. Mais cela n'a rien d'étonnant. Car comme le montre l'expérience dans des pays comme la Somalie, le Cambodge ou encore le Kosovo, le peacebuilding (la construction de structures démocratiques stables) dans des pays antérieurement violents et sous-développés est un processus difficile et rarement couronné de succès. A-t-on réellement cru à Washington que l'on puisse démocratiser un pays -dont l'histoire politique au XXe siècle a été marqué exclusivement par la dictature et la violence- à l'aide d'une intervention militaire et en un minimum de temps ? La réalité se présente différemment : même en investissant des sommes d'argent plus importantes en Irak que dans la Somalie et les Balkans réunis, il faudra des années, voire des décennies, avant que ce pays ne soit calmé.

L'initiative américaine du « Grand Moyen-Orient » souffre de la même naïveté visionnaire. De l'extérieur, on voudrait imposer au monde arabe un modèle de société qui est refusé par la plupart des populations de ces pays. A part l'Irak, si des élections libres avaient lieu en Egypte par exemple, ce ne serait certainement pas un souverain plaisant à l'Occident qui arriverait au pouvoir, mais probablement des mouvements islamistes. Ceux-ci ne construiront peut-être pas de dictatures, mais ils ne vont pas non plus y installer une démocratie plaisant aux Américains et construite selon le modèle occidental.

Illusions néo-conservatrices

On a malheureusement l'impression que pendant ses congés de Pâques, George W. Bush n'a pas pu se rétablir de ses visions. Sa déclaration de mardi dernier 13 avril, selon laquelle on devrait s'en tenir au calendrier initial, c'est-à-dire au transfert du pouvoir le 30 juin et aux élections libres au plus tard en janvier 2005, témoigne plutôt d'une perte aiguë du sens de la réalité. L'Europe devrait courir à l'aide de son allié américain et lui administrer un antidote contre ses illusions néo-conservatrices. Face à la situation critique, les élections doivent être repoussées et l'ONU doit être plus fortement impliquée en Irak. L'initiative du « Grand Moyen-Orient » doit être discutée avec les pays arabes. Mais peut-être que le problème de la réorganisation de la politique extérieure américaine se résoudra de lui-même. Et cela après les élections présidentielles au mois de novembre.