La Moldavie à la veille des élections

Article publié le 28 juillet 2009
Article publié le 28 juillet 2009
Par Marie Krpata Strasbourg, le 28 juillet 2009 Il y a trois mois, lors des répressions à l’égard des manifestants moldaves s’insurgeant contre les résultats et le déroulement des élections législatives du 5 avril 2009, l’Europe avait pu mesurer le paroxysme de la tension en Moldavie. Mais très vite l’intérêt pour ces événements pourtant rocambolesques est retombé.
A deux reprises, il y a eu tentative d’élire un chef de l’Etat. Or, suite au refus de l’opposition de donner l’unique voix nécessaire pour faire de Zinaida Greceanîi la prochaine présidente moldave, Vladimir Voronine, le président sortant, avait promis des élections anticipées qui se dérouleront le 29 juillet prochain. L’occasion de s’intéresser de plus près à la complexité de la situation dans de ce pays.

Un contexte tendu

La Moldavie est un pays situé entre la Roumanie et l’Ukraine. Le pays est devenu indépendant après l’effondrement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques en 1991. Deux tiers des Moldaves sont des descendants roumains ce qui explique la proximité culturelle et linguistique avec la Roumanie. Pour véritablement comprendre l’enjeu de ces élections, il est utile de rappeler le contexte du 5 avril 2009 : les Moldaves voient leur « grand frère » intégré dans l’Union européenne et aimeraient suivre son modèle. Cependant, le président communiste à la tête de la Moldavie, Vladimir Voronine, est aussi hostile à la Roumanie qu’il est proche de la Russie.

A cela s’ajoutent des problèmes locaux, dans les régions de Transnistrie et la Gagaouzie. D’abord la Transnistrie, parce qu’elle avait demandé l’indépendance et son intégration à la Russie en 2006. Le référendum à ce sujet n’est ni reconnu par le gouvernement de Chisinau (la capitale), ni par la communauté internationale. Ensuite la Gagaouzie, car c’est la partie Sud-ouest de la Moldavie dans laquelle vit une minorité turcophone. Le parlement moldave lui avait conféré un statut autonome en 1994 ce qui impliquait des compétences renforcées en matière d’affaires politiques, économiques et culturelles.

La situation est encore compliquée par une dette étrangère élevée, un fort taux de chômage, une économie en déclin et une forte dépendance par rapport à la Russie. Cette dépendance se manifeste, comme dans bien d’autres pays de l’ancien bloc soviétique, par un approvisionnement en énergie auprès de la Russie. Ces éléments font de la Moldavie l’Etat le plus pauvre de l’Europe. D’ailleurs Voronine, lors de son entrée en fonction comme président de la République, a accusé ses prédécesseurs d’avoir appauvri le pays sans toutefois être parvenu à améliorer la situation depuis.

Quant à l’alternative à Voronine, il s’agit de trois partis libéraux qui peinent à s’entendre et sont de surcroît hostiles aux minorités en Moldavie qui représentent tout de même un quart de la population totale. Certains d’entre eux se revendiquent du nationalisme roumain, et plus, se montrent révisionnistes niant parfois le massacre des Juifs en Roumanie. Les partis d’opposition ont saisi après le scrutin d’avril l’opportunité que représente l’intérêt de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe. Ils se sont alors présentés ensemble sur une même tribune afin de rendre public ce qui d’après eux a été perfidement manigancé par le Parti communiste moldave et par les forces de l’ordre beaucoup trop passives devant les casseurs qui ont entre autre saccagé le Parlement moldave.

Les troubles post-électoraux sous la loupe de l’Europe

Le président moldave a, quant à lui, accusé la Roumanie d’avoir été l’instigatrice des troubles post-électoraux. Gennadiy Zyuganov, le leader du Parti communiste russe, lui, a fait savoir que ce sont les mêmes personnes qui sont responsables des événements en Moldavie, de la Révolution Orange en Ukraine et qui ont soutenu le président Mikhail Saakashvili en Géorgie.

L’OSCE (l’Organisation de Sécurité et de Coopération Européenne) avait envoyé des observateurs à l’occasion des élections en Moldavie en avril, qui avaient conclu que le scrutin s’était passé sans irrégularités apparentes. Mme Marianne Mikko, députée européenne, à la tête de la délégation d’observation du Parlement européen avait parlé de « réels progrès » par rapport aux élections législatives de 2005 même si, selon elle, des améliorations devraient avoir lieu du côté des media trop souvent partiaux, et malgré des plaintes pour intimidation de la part des électeurs ou des candidats. Elle résumait ainsi: « Aucune preuve de fraude n’a été décelée, mais tout semblait fonctionner trop bien le jour des élections ». Vladimir Filat, leader du Parti libéral démocratique fondé en janvier 2008 et revendiquant 23 000 adhérents, a quant à lui avancé que des personnes décédées depuis quinze ans avaient été inscrites sur les listes électorales. Malgré ces accusations, le Conseil constitutionnel moldave avait validé les résultats des élections. 50% des voix étaient revenues au Parti communiste et 35% aux partis d’opposition qui recueillirent tous respectivement un peu plus de 6% des voix.

Le Parlement européen se voulant être le représentant des libertés, des droits de l’homme, de l’Etat de droit et de la démocratie, cette communauté de valeurs est une plate-forme intéressante pour Dorin Chirtoacă, maire de Chisinau et vice-président du Parti libéral moldave, Vladimir Filat et Serafim Urechean, président du Parti « Notre Moldavie ». Au mois d’avril, lors d’une conférence de presse hors du commun au Parlement européen, ils ont informé les journalistes de leurs principaux sujets de préoccupation : la conformité des élections du 5 avril dernier, la répression contre les manifestants qui se solda par trois morts et l’expulsion de l’ambassadeur roumain du territoire moldave. Visiblement émus par l’occasion de s’exprimer dans l’institution européenne, ils ont fait l’état des lieux de la répression des manifestations en Moldavie et ont recouru, pour renforcer leur propos, à des photos de victimes : « Il y a eu quarante trois cas de torture c’est-à-dire de traitements cruels, inhumains et violents, il y a trois morts et trois viols ». Parmi les morts un seul avait participé aux violences. D’après les autorités moldaves, les deux autres sont morts intoxiqués pour l’un et après une tentative de suicide pour l’autre, ce dont doute l’opposition. Dorin Chirtoacă a affirmé que le Parlement alors élu n’avait aucune légitimité. Pour lui, les listes électorales avaient été gonflées de 400 000 personnes. Il a expliqué aussi que les manifestants violents n’étaient guère plus de cent ou deux-cent personnes que la police aurait pu maitriser, mais, qu’au contraire, elle avait encouragé la violence lançant même des pierres sur les manifestants pacifiques. Les invités au Parlement européen ont eu l’audace ce jour-là de comparer la situation à l’incendie du Reichstag de 1933, prétexte ayant porté au pouvoir la dictature nazie en Allemagne et ayant mis fin à la République de Weimar.

Viorel Cibotaru, président de l’Université européenne de Chisinau, a estimé que ce n’était pas une révolution qui allait changer la situation de la Moldavie du jour au lendemain mais qu’il fallait des réformes progressives pour garantir un système plus démocratique et socialement plus équitable. Le prochain pas vers ce changement pourrait être l’élection du 29 juillet. Mais avant même que le nouveau scrutin n’ait lieu, des voix critiques s’élèvent pour mettre en évidence qu’il aura lieu un mercredi, ce qui découragera ceux qui travaillent le lendemain, de venir aux élections. Et il est bien connu que l’ancien président Voronine avait joui effectivement d’un soutien massif de la part de la population âgée et retraitée attachée à une Russie qui la protègerait dans un contexte de crise et d’incertitude.

Située entre les deux géants Russie et Union européenne, la Moldavie est en proie à des luttes géopolitiques et stratégiques. Dans ce contexte, cet ancien Etat satellite de l’URSS voit son cheminement vers plus de démocratie comme une tâche ardue. Tiraillée entre les deux puissances et risquant l’implosion, elle est d’un côté consciente de sa dépendance de la Russie qui ne manque pas de lui rappeler son hégémonie sur les Etats de l’Europe orientale. D’un autre côté, l’Union européenne propose un Partenariat oriental pour s’assurer que les « principes européens » ne passent pas à la trappe dans des pays comme la Moldavie, sans toutefois montrer un grand enthousiasme face à un tel projet. Il n’est pas sûr par conséquent que les résultats du 29 juillet changeront soudainement le paysage politique, social et économique de la Moldavie. Elles donneront bonne conscience à l’Union européenne si aucune irrégularité procédurale n’est signifiée de la part de l’OCDE et alors personne ne verra dans le « chapitre moldave » une faiblesse de la Politique étrangère de l’Union européenne.