La modernité belge : entre coups de cœur et désordre intérieur

Article publié le 7 janvier 2013
Article publié le 7 janvier 2013
Par Jan Nils Schubert Pas de parcours historico-linéaire, ni de logique apparente dans l’exposition ‘Art belge, un siècle moderne’. Seulement les coups de cœur d’un couple de collectionneurs, qui expose aujourd’hui son trésor au Musée d’Ixelles. Une opportunité inouïe de découvrir un siècle d’art belge à travers les lunettes de connaisseurs avides d’art.

Credit Picture : Jules Schmalzigaug, Volume + Licht, 1914 © SABAM, Belgium 2012

De Magritte à Fabre, en passant par Permeke ou Schmalzigaug. Des expressionnistes aux futuristes, en passant par les fauvistes, ou le mouvement CoBrA. C’est un riche patrimoine belge, qui est exposé actuellement au Musée d’Ixelles, dans un parcours peu scolaire. Pourtant, Maurice Verbaet, qui présente pour la première fois sa collection privée, nous avait prévenus. Ainsi mettait-il en avant, sa « grande liberté dans les choix », et une collection qui se veut un « amoncellement de coups de cœur », dans l’émission ‘Un soir à Bruxelles’.

Une vie et une collection : double parcours original

L’histoire de Maurice Verbaet commence à Anvers, alors qu’il a 20ans. « Plutôt que d’acheter des trains électriques, j’écumais les salles de vente » raconte-t-il à l’antenne de Télé Bruxelles. Et facilité d’accès obligeant, il se focalisera sur l’art belge, auquel il consacre tout son argent de poche. Il développe ainsi un œil d’expert et amoncèle progressivement une documentation copieuse sur le sujet, qu’il jettera par la suite. « Je préfère vivre avec un désordre dans la tête » explique-t-il dans le livre éponyme, accompagnant l’exposition.

Un désordre qui amène ce rejeton du groupe d’assurances Verbaet, ainsi que sa femme Caroline, à amasser un réel trésor artistique. Une collection fluctuante en fonction des goûts du couple, qui n’hésite pas à se débarrasser d’une œuvre tombée en disgrâce. Enfin, depuis octobre dernier, une entrée au musée de tableaux, que les Verbaet se refusent d’accrocher dans leur maison, par respect.

Entre désordre intellectuel et cohérence apparente

Le résultat de l’exposition est étonnant. Pas de place ici pour la rigueur scientifique et l’académisme des historiens de l’art, tels que Michel Draguet, commissaire d’exposition. Et malgré l’absence de chronologie et de thème réel, la place n’est pas donnée au cafouillage. Ainsi, les tableaux, sculptures et photos se répondent tant par les formes et les couleurs, que les thèmes représentés. Pour donner un exemple, celui de l’aviation, traité à presque un siècle d’intervalle, par Spilliaert (‘le dirigeable’, 1910) et Panamarenki (‘Raven’, 2001).

« Art, moderne et belge sont des termes qui évoluent tout le temps. » expliquait Maurice Verbaet dans l’émission, avant d’ajouter, « c’est le plaisir qui guide la collection ». De quoi sortir l’art des carcans intellectuels, de remettre un certain désordre créatif. Et de donner raison à une œuvre de Dotremont, qui proclame : « si la vie était plus logique, elle serait encore moins vivable ». La tâche incombe alors au visiteur, de trouver ses propres affinités et ressentis dans cette riche collection. Quant au petit conseil pour les boudeurs de la peinture et les amateurs de bandes dessinées, allez donc voir l’œuvre de Masereel et voyez par vous-mêmes. A croire que la BD, si présente en Belgique, avait déjà ses prophètes dans les années 1920.

‘Art Belge, un siècle moderne’, collection Caroline & Maurice Verbaet, au musée d’Ixelles, jusqu’au 20/01/2012

Mardi au dimanche de 9h30 à 17h, entrée : 5/7€