La mode est aux Caryatides

Article publié le 14 septembre 2009
Publié par la communauté
Article publié le 14 septembre 2009
Passons outre l'actualité grecque brûlante (sans mauvais jeux de mots, avec les feux de forêts destructeurs de la fin du mois d'août) marquée par l'annonce très récente de la tenue d'élections législatives anticipées, et revenons tranquillement sur un événement marquant pour la capitale hellène et tous les passionnés d'art et d'histoire: l'ouverture le 20 juin dernier du nouveau musée de
l'Acropole.

Le journal Eleftherotypia titrait un article paru à cette époque: « La coiffure des Caryatides va revenir à la mode ! », montrant ainsi l'enthousiasme déclenché par la redécouverte des sculptures qui ornaient les monuments de l'Acropole et qui peuvent depuis samedi être vus dans le nouveau musée de l'Acropole. L'inauguration en grande pompe a eu lieu samedi 20 juin, en présence d'invités diplomatiques de marque (secrétaire général de l'ONU, présidents et ministres des affaires étrangères de nombreux pays, etc).

Or, à lire la presse des mois de mai et juin derniers, pendant lesquelles la fête se préparait, deux faits sont à retenir dans cette ouverture tant attendue: ce sont d'abord les débats que la construction du bâtiment du musée en lui-même a suscité dans la société grecque, et celui qu'il a réouvert concernant le retour des marbres d'Elgin en leur sein originel, sur le sol grec.

L'architecture du musée, pensée par le suisse Bernard Tsumi et le grec Michalis Fotiadis, ne fait pas l'unanimité. Tant mieux, « les fortes réactions, même si elles ne sont pas toujours flatteuses, montrent qu'on a évité la pire des accusations pour une création humaine: l'indifférence », peut-on lire dans ''Kathimerini''. Plusieurs journaux ont consacré en juin des dossiers à l'architecture du musée qui tendent toutes à prouver que le problème n'est pas d'ordre esthétique mais psycho-sociologique. « Chargé idéologiquement par la demande de retour des marbres du Parthénon, le musée est déjà, avant même d'être ouvert, une partie de notre identité nationale », lit-on encore dans ''Ta Nea'', qui ouvrait début juin ses colonnes à des personnalités du monde de l'architecture. Pour Andréas Kourkoulas, « le musée est devenu un prétexte à faire surgir des thèmes plus profonds de la société. » En l'occurrence, continue-t-il, les réactions négatives à l'encontre de ce bâtiment de vastes dimensions et revêtu de verre « met en évidence une société qui ne prend pas de risque et se protège ».

Même son de cloche chez Dimitris Rigopoulou: « L'histoire d'Athènes est pleine de 'scandales' architecturaux qui ont mis en cause des volumes 'surdimensionnés' et 'inadaptés' ». Pourtant, la ville est encore là, dans sa complexité et sa beauté. Le volume du bâtiment semble vraiment poser problème à de nombreux observateurs, mais, explique-t-il, c'est parce que nous cédons au cliché facile de l'architecture monumentale fasciste. En fait, tous les architectes notent que les crispations sont alimentées par la comparaison entre un bâtiment indéniablement moderne, fait de vitres transparentes, et un rocher couronné d'un temple millénaire, héritage du monde occidental. Or, il est inutile de s'interroger sur l'harmonie entre le musée et les bâtiments alentours, car « toute tentative d'imiter l'architecture du Parthénon est vouée à l'échec », explique Maria Théodorou. « La ville se reflète dans les vitres du musée, comme si elle en constituait la partie réelle », continue-t-elle. Dans ce cas, l'idée de créer, dans le musée, une pièce panoramique avec vue sur le rocher sacré a été le plus souvent louée et constitue le clou de la visite.

Le journaliste d'''Eleftherotypia'', venu faire un reportage sur le sujet le jour de l'ouverture au public, fin juin, se dirige vers une employée. Au lieu d'une « gardienne de musée entre deux âges, affalée sur une chaise où elle dort à moitié » - image (stéréo)typique du gardien de musée de Grèce et d'ailleurs - il trouve une archéologue « prête à répondre à toutes les questions sur l'intérêt archéologique des pièces présentées et du lieu ». Le recrutement des employés de musée va donc connaître un changement radical ! La démarche donne en même temps une plus forte stature scientifique au lieu. Globalement, tout semble avoir été soigné dans ce musée-vitrine à fort pouvoir idéologique: « une salle de restaurant où la vue sur l'Acropole coupe le souffle, avec sur chaque table un petit vase contenant des plantes aromatiques grecques... Les plats servis fleurent les senteurs grecques... Et jusqu'aux toilettes où l'on respire l'odeur du romarin ! »

Blague mise à part, ce musée où la haute technologie s'invite aussi, remplit une mission diplomatique évidente: prouver aux Britanniques que les fameux marbres du Parthénon seraient bien mieux au chaud ici que sous la grisaille londonienne, au British Museum. On s'est donc regardés dans le noir des encres de journaux au mois de mai, la presse grecque publiant des revues de la presse britannique, pour voir ce qu'en disaient les intéressés (à lire dans ''Ta Nea''). Lesquels n'ont pas manqué de se gausser du « seul musée au monde construit pour abriter des objets qu'il ne possède pas » qui « ressemble de loin à un immense parking » (The Independent, cité par ''Eleftherotypia''). Par ailleurs, pendant que le ministre de la culture grecque soutenait que l'opinion publique britannique était prête à rendre les marbres, le représentant du ministère de la culture britannique réfutait toute éventualité de ce genre (''To Vima'').

Le retour des marbres ne semble donc pas encore assuré. En attendant, à chacun maintenant d'aller se promener sur place, et de juger.