La Méditerranée, un endroit en manque de 'Miraculi'

Article publié le 3 mars 2015
Article publié le 3 mars 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Cinq acteurs nous invitent à rencontrer des dizaines de personnages, tous liés au quotidien de la petite île méditerranéenne de Lampedusa. Il s'agit de l'interprétation de 'Miraculi' et de la troupe du Théâtre Senza, qui s'est engagée à relater le quotidien de la Porte de l'Europe.

C'est la nuit. Le tumulte de la mer, des cris et des pleurs parviennent à nos oreilles. Pendant un cours instant, j'ai l'impression de réussir à comprendre ce que l'on ressent lorsque, entassé dans une barque, on prend conscience d'avoir déboursé toutes ses économies pour un voyage qui ne se terminera jamais. Ou qui se terminera, certes, mais mal. Très mal. Pour nous, la lumière se rallume : sur la scène d'un petit théâtre de Montmartre, en plein coeur du XVIIIème arrondissement de Paris, on joue Miraculi. À l'autre bout de la salle, se tient le metteur en scène Valentina Zagaria, à côté de l'ingénieur du son.

Cinq acteurs occupent la scène ; c'est le coeur de la troupe du Théâtre Senza. Il n'y a aucun Italien. En une heure de spectacle, on les observe interpréter les garde-côtes italiens, les immigrants, les habitants de Lampedusa et, enfin, ces touristes qui voient juste dans cette petite île un énième lieu paradisiaque de villégiature à l'italienne. Et c'est ce bout de terre qui, à 113 kilomètres des côtes lybiennes, a été rebaptisé la Porte de l'Europe.

Cet îlot de vingt kilomètres carrés, où vivent seulement six mille personnes, accueille un des treize centres d'identification et d'expulsion de l'État italien, qu'on appelle communément les C.I.E. C'est là que sont "logés" les chanceux qui ont survécu à la traversée. Les autres - les cadavres, les morts - deviennent un problème pour les insulaires. Ou plutôt, un problème pour quelques insulaires, tandis que d'autres se demandent comment donner une sépulture digne à ces corps sans vie. C'est de ce débat qu'est née l'idée du metteur en scène, Valentina Zagaria, dont la vie se situe à cheval entre l'anthropologie, le droit international et le théâtre qui, pour Valentina, représente un instrument original pour aborder le thème de l'immigration.

Des histoires qui se croisent au quotidien

À quelques centaines de mètres de la rédaction parisienne de cafébabel se dresse une porte bleue derrière laquelle se trouve l'école internationale de théâtre Jacques Lecoq. C'est un lieu où on apprend avant tout à s'exprimer avec son corps, ses mouvements, dans la plus pure tradition du théâtre physique. Ainsi, Miraculi parvient à atteindre également le coeur de ceux qui ne comprennent pas parfaitement la langue du spectacle, c'est-à-dire le français.

Sur scène, on danse le hully-gully, on entre dans l'intimité des maisons de l'île, on écoute la voix de ceux venus "de l'autre côté", qui n'en peuvent plus des pâtes et aimeraient pouvoir humer à nouveau, juste quelques instants,  les odeurs de leur foyer.  Miraculi est une véritable Babel de voix, de visages, d'histoires qui se croisent Sul palco si balla l'Hully gully, si entra nell'intimità delle case degli isolani, si ascolta la voce di chi, arrivato "dall'altra parte", non ne può più della pasta e vorrebbe, per un solo momento, poter riassaporare gli odori di casa. Miraculi è una vera e propria Babele di voci, di volti, di storie che si incrociano riuscendo a sfiorarsi nei momenti critici, quelli in cui non si è più isolano o migrante ma semplicemente un essere umano che si trova lì, alla frontiera.  

E quella frontiera, Valentina e la sua compagnia teatrale l'hanno vista coi loro occhi e l'hanno toccata con mano. Per studiare la realtà che volevano mettere in scena, nel settembre 2013 sono partiti per restare un mese sull'isola, a contatto con quelle poche migliaia di abitanti che la vivono 24 ore su 24, 365 giorni all'anno. Hanno fatto esperimenti, hanno parlato con i membri del collettivo Askavusa – realtà isolana organizzatrice del Lampedusa in Festival – e si sono appropriati delle strade dell'isola per testare, giocare e improvvisare coi bambini. «Quelli che ci hanno dato più soddisfazione» spiega, sorridendo, Valentina.

L'immersione in quella piccola ma allo stesso tempo grande realtà ha dato vita a Miraculi. Grazie a quei 30 giorni, il racconto si è arricchito della parte più vera della tradizione lampedusana, tra le parole in dialetto e la festa della santa patrona di cui tanto si sente parlare durante la rappresentazione. A differenza di molti altri, che arrivano sull'isola e poi fuggono, mettendo insieme del materiale che i lampedusani non vedranno mai, Valentina ha deciso di mostrare subito alla popolazione dell'isola un embrione di spettacolo. «In fondo - spiega la regista - come potevamo portare in giro uno spettacolo che non era stato compreso a Lampedusa? Così siamo scesi in strada e abbiamo mostrato quello che avevamo prodotto con la promessa di tornare, un anno dopo (durante il Lampedusa in festival 2014 ndr) con lo spettacolo finito».

E là, sulla Porta d'Europa, la variegata popolazione dell'isola ha avuto la possibilità di vedere Miraculi: un pezzo che, prima di tutto, parla di loro. «Volevamo avere il loro parere, volevamo sapere quanto si riconoscessero nel nostro lavoro prima di portare lo spettacolo in tournée» spiega Valentina. Perché mettere in scena Miraculi sui differenti palchi d'Europa significa prendersi la responsabilità di raccontare Lampedusa.

Ora che il sipario si è chiuso, almeno in quel piccolo teatro di Montmartre, Valentina pensa al futuro. Dopo Parigi, la compagnia è partita alla volta della Svizzera, per il Lampedusa In Festival di Zurigo. «Il mio sogno - continua Valentina - sarebbe portare Miraculi in Tunisia». Un paese che fa già parte del suo presente e del suo futuro, per la sua tesi di dottorato ma anche per il suo lavoro come regista e autrice. E potrebbe essere proprio la Tunisia la prossima destinazione per una residenza, per un nuovo progetto, per un nuovo spettacolo.