La marche des femmes, dans 75 villes européennes

Article publié le 26 janvier 2017
Article publié le 26 janvier 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quel impact à l'échelle internationale a eu la Marche mondiale des femmes ? Jetons un coup d'oeil aux villes européennes qui se sont mobilisées pour condamner la misogynie, le machisme, la haine et l'intolérance. Le "prétexte" de ces protestations était l'investiture de Trump, mais ces marches sont en fait une ode aux droits de l'homme.

"Nous n'en restons pas là. C'est maintenant qu'il faut enfiler des chaussures confortables, rejoindre des amis et la famille pour faire l'Histoire. Les actions continuent." Après la Marche des Femmes célébrée dans le monde entier le week-end dernier, nous pouvons en tirer trois conclusions. La première : en Europe, tous les pays ne se mobilisent pas de la même façon. La deuxième : nous vivons dans un monde interconnecté et on ne peut pas prévoir l'importance que prendra un événement Facebook. La troisième : quand il y a injustice ou quand on n'est pas d'accord avec quelque chose, il faut le faire savoir parce que, aussi ridicule que cela puisse paraître, il y a toujours quelqu'un qui partage la même inquiétude ou le même dilemme. Et on sait bien qu'en matière de révolutions, deux têtes pensantes valent mieux qu'une. 

Cette marche, qui a commencé comme un événement Facebook contre l'investiture de Donald Trump, déjà archiconnu pour différentes choses, mais surtout pour ses commentaires misogynes et machistes, a fait le tour du monde et a réussi à mobiliser quelques cinq millions de personnes (un million pour la seule ville de Washington), afin de protester contre une réalité politique qu'ils considèrent certes démocratique, mais surtout injuste. On ne peut passer sous silence l'attitude du nouveau Président. Parce que ce ne sont pas seulement les groupes minoritaires qui ont à y perdre. C'est l'ensemble de la société qui fait un pas en arrière.

Les marches ont fait le tour du monde. En Europe, où les chiffres n'ont pas encore été rendus publics, la participation diffère beaucoup selon les zones géographiques. Au total, 75 villes de 29 pays du continent européen dont organisé des "marches soeurs", où femmes et hommes sont sortis dans les rues pour dire ce qu'ils pensent, ce qu'ils ressentent et ce qui les énerve. Pour eux mêmes, mais surtout pour nous. Les quatre pays où l'on a le plus marché : le Royaume-Uni, avec des marches dans 15 villes (celle de Londres semble avoir été la plus suivie, avec 80 000 personnes), la France, avec 8, l'Allemagne, avec 7, et le Portugal avec 5 marches. Les autres lieux peuvent être consultés sur la carte ci-dessous :

(Carte élaborée à partir des données de Women's March Global)

Cependant, le vent de révolte n'a pas soufflé à travers toute l'Europe. Dans la majorité des pays, seules une ou deux villes (principalement les capitales et les grandes villes) se sont jointes au mouvement. Et dans d'autres pays, aucune. Chypre, l'Estonie, la Croatie, Malte ou l'Ukraine, sont restés en marge de l'événement. Dans les Balkans, à l'exception du Kosovo et de la Serbie, aucun rassemblement n'a été organisé. Pourquoi cette absence ? Montrer sa solidarité avec une "cause" américaine, c'est rester éloigné. Mais n'oublions pas que l'Europe n'est pas exempte de batailles où il faut se battre, et cette marche est finalement un bon prétexte pour que chacun regarde ce qu'il se passe chez lui et crie haut et fort ce qui va bien. La Pologne est un bon exemple qui prouve que les mobilisations servent à quelque chose. La récente révolte #CzarnyProtest a réussi à éviter que le gouvernement n'interdise l'avortement. En Macédoine, où il n'y a cependant pas eu de marche, la révolution féministe n'est plus un tabou et les femmes sont davantage conscientes du pouvoir de leur voix.

Aujourd'hui, alors que Donald Trump et son équipe, composée majoritairement d'hommes, signait un décret interdisant le financement d'ONG internationales qui conseillent et soutiennent les thématiques de planning familial, de santé sexuelle et de l'avortement, beaucoup se demandent : "À quoi bon protester ?" Est-ce le moment de jeter l'éponge ? La réponse est NON. Tout d'abord, parce que l'Histoire n'est qu'un éternel recommencement. Et parce que, comme le dit Noam Chomsky:

"Les batailles ne se gagnent pas du jour au lendemain." (You don't win victories tomorrow)". 

(De votre vivant, vous ne verrez jamais une photo de sept femmes signant un décret sur ce que les hommes peuvent faire avec leurs organes reproducteurs.)