La Ligue du Nord ou l’euroscepticisme triomphant

Article publié le 13 août 2008
Article publié le 13 août 2008
Le gouvernement Berlusconi fête ses cent jours. Sa victoire électorale n'aurait pas été possible sans les voix récoltées par la Ligue du Nord aux dernières législatives. Un parti qui suscite des inquiétudes dans le reste de l’Europe.

Des positions critiques sur la question du traité de Lisbonne et une politique anti-Roms jugée discriminatoire par Bruxelles, la Lega Nord italienne (Ligue du Nord) qui a supporté à 8,13% au Sénat et à 8,53 % à la Chambre des députés, la candidature de Silvio Berlusconi en avril dernier, sème le doute et provoque l’inquiétude dans la sphère politique européenne. 

En pourtant, dans la nouvelle composition du Parlement italien, l'omniprésence de la « feuille verte » est frappante. L'emblème de la Ligue fièrement arborée par ses députés et ses militants se décline sur tous les supports possibles : cravates, sacs, tee-shirts, autocollants... Dans les années 90, cette formation autonomiste du nord de l'Italie exigeait ni plus ni moins que le détachement des provinces du nord du reste de la République. Depuis, la formation séparatiste a mis un peu d'eau dans son vin. La Ligue préfère aujourd'hui plaider pour un projet fédéraliste.

Il faut bien reconnaître que ce parti est celui qui a affiché le plus nettement son identité durant les dernières élections. La Padanie (en référence au nom donné à l'entité que constitueraient les provinces dissidentes en cas d'éclatement de l'Italie) a sa propre équipe de foot, s'est dotée d'une chaîne de télévision (Telepadania) et d'une radio (Radio Padania Libera), et édite aussi un journal militant (La Padania). A l'Institut Bosino que la Ligue a ouvert à Varese, est enseigné le dialecte lombard. Et, cerise sur le gâteau : la Ligue du Nord organise même un concours de beauté où chaque année est élue une Miss Padania !

Milice de partisans

« Un consultant américain dirait qu'en termes de valeur d'échange le soutien apporté par la Ligue au gouvernement est incalculable. Pour obtenir un tel impact sur l'opinion publique, il faudrait dépenser des dizaines de millions en spots télévisés », explique Christian Vaccari, expert en communication politique en se référant à la crise des ordures ménagères à Naples et en Campanie. La Ligue, seulement présente dans le centre et le nord de l'Italie, a accompli une prouesse électorale imprévue en passant de 4,5 % des voix à environ 8 % des suffrages exprimés en sa faveur. Elle a même atteint 20 % dans certaines circonscriptions de Lombardie et de Vénétie, régions dynamiques essentielles dans l'économie de l’Italie. Le parti autonomiste a également provoqué la surprise en opérant une percée importante en Emilie-Romagne, longtemps considérée à juste titre comme un bastion de la gauche.

Pourtant, « la Ligue est peu apparue à la télé, remarque Christian Vaccari. Raison de plus d'être surpris par son score. Au plan de la communication, il faut chercher la clef de ce succès dans les relations interpersonnelles, le bouche à oreille, et sa solide implantation sur le territoire. Notons au passage que la Ligue a constitué des « milices de partisans » qui patrouillent la nuit dans certains quartiers considérés comme à risque pour empêcher des délits éventuels. « Il ne s'agit pas seulement d'édifier des structures parallèles qui se substituent à l'Etat de droit, c'est aussi une occasion en or pour la Ligue de mobiliser et de faire de la politique. » 

Défense des valeurs chrétiennes

Si l’argument polémique du parti fustigeant le fossé creusé entre le nord et le Mezzogiorno reste son cheval de bataille, (« Nous ne sommes pas de la « merdaille » levantine ou méditerranéenne », plaisantait l'eurodéputé Borghezio à l’occasion d’un rassemblement), la Ligue a pourtant mis en veilleuse ses diatribes anti-méridionales pour recentrer son discours sur la défense des valeurs chrétiennes. Néanmoins, le parti à la feuille verte a toujours une certaine fascination pour la culture celte exaltée (opposée au côté latin et « paresseux » du sud de l’Italie) face à l'immigration clandestine en général et celle des Roms en particulier, et met en garde avec virulence contre le danger d'une « islamisation » de l'Italie. (Tout comme Dieu a voulu les Croisades, Borghezio considère la Ligue comme un glaive brandi pour défendre cette terre contre l'Islam).

«Nous ne voulons pas d'une Europe bureaucratique qui voudrait tout réglementer. Jusqu'à la taille de nos bites... »

Un tel changement de ton est incarné à la perfection par Angela Maraventano, sénatrice fraîchement élue en Emilie-Romagne. Elle est originaire de l'île de Lampedusa à l'extrême sud de la botte, l'un des principaux points de « débarquement » de l'immigration clandestine dans le pays… Tout un symbole ! Classée à droite par la presse internationale et malgré ses contacts avec des formations d’extrême droite comme le Vlaams Belang, la particularité de la Ligue est d'avoir toujours refusé tout enracinement idéologique en acceptant dans ses rangs des éléments d'inspirations politiques très disparates qui trouvent leur unité dans l'idée du fédéralisme. Tous ses membres communient dans un pragmatisme allergique à la bureaucratie étatique et communautaire, ce qui ne manque pas de susciter la sympathie et l'assentiment de certains entrepreneurs, commerçants, artisans et ouvriers.

Fichage des Roms

Les thèmes forts de la Ligue sont la sécurité, son opposition à l'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne (qui a adhéré en 2007) et la dénonciation de l'immigration clandestine. D'autre part, la proposition d'un fédéralisme fiscal est envisagée comme la première étape d’un redécoupage national étant donné que « les vrais acteurs de l'Union européenne du futur ne seront plus les Etats nationaux, mais les Régions ou des entités plus importantes telle que la Padanie », selon le parti. La Ligue détient à présent quatre ministères gouvernementaux sensibles : l'Intérieur, les Réformes, la Semplificazione et la Politique agricole.

Dans la liste des mesures récemment prises figure le « paquet » social, promis par le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni, aggravant les peines en cas de crimes et délits commis par les immigrés clandestins. Cette mesure a donné lieu à la mise en place d'un fichier de recensement des Roms, en instituant notamment le fichage des empreintes digitales des mineurs, ce qui a valu au Palazzo Chigi (siège du gouvernement italien) les remontrances de l’Union européenne. Le même Roberto Maroni a signé conjointement avec le ministre de la Défense Ignazio la Russa le décret autorisant le déploiement de l'armée dans les villes de la Péninsule.

Pour conclure, précisons qu'après le référendum irlandais, Roberto Calderoli a annoncé que pour lui le traité de Lisbonne était désormais enterré. « Cette Europe est toujours rejetée quand elle soumise au jugement du peuple, déclarait-il, seules les institutions officielles la soutiennent. Nous voulons d'une Europe qui soit proche des gens et de leurs problèmes et non d'une Europe bureaucratique qui voudrait tout réglementer jusqu'à la taille de nos bites... »