La Libye dans le total flou politique

Article publié le 30 juillet 2014
Article publié le 30 juillet 2014

Combats armés et fragmentation de la population, les trois gouvernements qui se sont succédés depuis 2011 n’ont pas su fédérer la Libye et l’idée du rétablissement d’une monarchie constitutionnelle émerge dans le débat public.

Les milices armées libyennes, qui prennent peu à peu le contrôle du pays faisant fi des autorités mises en place, sont passées à l’action les 13 et 14 juillet dernier et ont pris pour cible, aidées de dizaines de roquettes, l’aéroport de Tripoli. Depuis, celui-ci est presque chaque jour sous les tirs des milices et les combats se généralisent dans tous le pays. 

LES LIMITES DE L’AIDE INTERNATIONALE

Alors que la plupart des pays occidentaux invitent leurs ressortissants et leurs diplomates à quitter le pays dans les plus brefs délais, le gouvernement libyen explore la piste de l’aide internationale. « Les Nations unies ont voté une résolution en 2011 pour aider les Libyens contre le régime, alors la première chose, c’est d’aller à l’ONU pour qu’elle nous aide à rétablir l’ordre », déclarait il y a quelques jours le porte-parole du gouvernement libyen, Ahmed Lamine.

Pour le moment, l’ONU s’est contentée de rappeler ses troupes, pour leur sécurité. Une mauvaise nouvelle pour le gouvernement libyen qui pourrait finalement se révéler bénéfique. Si l’ONU et la communauté internationale interviennent, les autorités libyennes espèrent la mise en place pérenne d’une police, d’une armée et d’institutions solides afin de rétablir l’ordre dans le pays. L’intervention de l’ONU pourrait porter ce type de fruits certes, mais à court terme seulement. La situation actuelle est déjà en soi une conséquence de l’aide occidentale de 2011 pour renverser Kadhafi. Un coup d’État dont les effets à long terme ont été bien loin des espérances des Libyens. L’absence de suivi sur le terrain des forces internationales a finalement eu raison de l’espoir démocratique né il y a 3 ans dans le pays et la situation de la Libye n’a jamais été aussi critique qu’aujourd’hui.

Une démocratie occidentale atone

Depuis le renversement de Kadhafi en 2011, la situation empire en effet chaque jour un peu plus. Les principales villes du pays échappent aux autorités et les rébellions se multiplient, notamment à Benghazi et Derna. La population, qui compte environ 150 tribus différentes, s’organise peu à peu par régions, elles-mêmes divisées en quartiers contrôlés par des milices armées. Seule chose sur laquelle tout le monde semble s’accorder : le gouvernement d’Abdallah al-Theni, Premier ministre intérimaire libyen, a échoué dans l’instauration d’un État solide et légitime.

En juin dernier, les législatives n’ont su mobiliser que 630 000 personnes, soit seulement 42 % des inscrits. Ces derniers n'étaient que 1,5 million, contre 2,8 millions pour l’élection du Congrès national général (CNG). Un véritable refus du peuple de participer à cette démocratie instaurée par l'Occident, dont l'Assemblée constituante n'a même pas pu être entièrement élue. Depuis février dernier, date de cette élection, 13 sièges n'ont toujours pas été pourvus. La question de la légitimité d’une autorité qui a été désignée par une part si faible de la population se pose aux quatre coins du pays, mais aussi de la planète, et des voix dissidentes se font entendre.

L’alternative de la monarchie constitutionnelle

« Le retour à la monarchie (constitutionnelle) al-Senussi est désormais la solution et garantit le retour de la sécurité et de la stabilité (…) Des contacts ont déjà été pris, et nous sommes en liaison avec des dignitaires et des chefs de tribus en Libye ». Le 25 mars dernier, lors du 25e sommet de la Ligue des Etats arabes, le ministre libyen des Affaires étrangères, Mohamed Abdelaziz, présentait l'idée d'une restauration de la monarchie constitutionnelle pour ramener la cohésion en Libye. Une thèse qui paraît surprenante, mais qui n'est pourtant pas dénuée de sens.

Respectée dans tout le pays, la famille al-Senussi est la seule institution à avoir pu fédérer le peuple dans son ensemble notamment grâce à l’installation de zaouïas (centre spirituels et sociaux ) dans les 3 principales régions libyennes : la Cyrénaïque, la Tripolitaine et le Fezzan. Trois régions qui se déchirent aujourd’hui. L’influence de la famille al-Senussi s’étend également au-delà des frontières libyennes, de l’Egypte au Tchad en passant par le Soudan ou l’Arabie saoudite. Peu de temps après la proclamation de la République arabe libyenne de Kadhafi, celui-ci a placé la famille en résidence surveillée jusqu’en 1984, année lors de laquelle il fit brûler leur maison, forçant les al-Senussi à fuir au Royaume-Uni. Un exil qui leur confère aujourd’hui des qualités diplomatiques avec l’Occident non négligeables.

La famille al-Senussi est un symbole de l’unité nationale libyenne certes, mais un rétablissement de la monarchie constitutionnelle ne serait-il pas vécu comme un retour en arrière ? Rappelons que c’est sous le règne d’Idris 1er (membre de la famille al-Senussi) qu’a été écrite la constitution libyenne de 1951, considérée encore aujourd’hui comme un des meilleurs textes du moment. Préparée par les 3 provinces libyennes sur la base d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies, elle a transformé la Libye en un état fédéral libre et surtout unifié. Les retours dans le temps ont peut-être parfois du bon, qui sait ? Pour le journaliste Saleha al-Mesmari, du site Magharebia, « si [la famille al-Senussi] peut nous ramener la sécurité et la paix, pourquoi pas ? ». « Ramener la sécurité » dans une Libye brisée par des années de fureur et d'instabilité semble le point culminant de ce débat qui ne trouvera sûrement pas de réponse avant quelque temps. Une chose est sûre cependant : les Libyens sont aujourd’hui à la recherche d’une autorité qui saura les fédérer et ce n’est clairement pas le cas du gouvernement actuel.