« La guerre ne combat pas le terrorisme, elle l’alimente »

Article publié le 6 juin 2005
Article publié le 6 juin 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

« La voie européenne est plus prometteuse », affirme Mercedes Bresso, ancienne eurodéputée et actuelle présidente de la région italienne du Piémont, dans une interview avec café babel.

Les forces militaire occidentales sont toujours présentes en Irak, après un an de souveraineté. Entre espoir de retrait des troupes et devoir moral d’aider la population irakienne, la présence européenne dans ce pays reste un sujet brûlant pour les partis européens de gauche. café babel a voulu en discuter avec le Professeur Mercedes Bresso, nouvelle présidente de l’Union des Fédéralistes Européens (U.E.F), l’organisation européenne non gouvernementale et indépendante qui prône une Europe fédérale. Après avoir été professeur d’économie environnementale dans diverses universités italiennes et étrangères, Mercedes Bresso en juin 2004, devient députée au Parlement européen, poste qu’elle abandonne en avril 2005 pour assumer celui de Présidente de la région du Piémont, élue dans la coalition de centre-gauche.

Un an après la fin des hostilités, quel bilan peut-on dresser de la situation irakienne et quel rôle l’Europe a-t-elle joué dans son évolution ?

Il est difficile de porter un jugement sur la situation actuelle en Irak. J’ai le sentiment que la guerre se déroule maintenant sur le front de l’information : nous sommes tous convaincus que l’on ne nous dit pas la vérité, toute la vérité et rien que la vérité. Cela m’incite à penser que la situation n’est pas exactement celle que la coalition prévoyait au début du conflit.

Fin janvier, l’organisation des élections et l’affluence des Irakiens aux urnes ont été saluées avec enthousiasme par l’opinion publique européenne. Comment jugez-vous ces progrès démocratiques ?

Personnellement, même si je vois l'organisation des élections d’un bon œil, je ne me suis pas laissée emporter par l’euphorie. Les élections, dans un pays occupé et en prise à de fortes luttes, ne sont pas vraiment libres. Les résultats de cette situation sont imprévisibles.

L'Irak va-t-il connaître plus d'actes terroristes suite au retrait des troupes italiennes et polonaises ?

Je ne crois pas que le retrait des troupes puissent rendre plus sanguinaires et fréquents les attentats terroristes.

Durant son voyage en Europe en février, Condoleeza Rice a dit vouloir travailler avec l'Europe. Cette déclaration a-t-elle eu un impact sur la position européenne en Irak ?

Je ne crois pas que le discours de Condoleeza Rice ait beaucoup influencé la position des Européens sur la guerre en Irak. L’opinion publique reste sceptique quant au choix des moyens pour atteindre les objectifs. En d’autres termes, en Europe, on continue à penser que la guerre n’est pas l’instrument adéquat pour combattre le terrorisme.

Ne pensez-vous pas que l’UE doit prendre ses responsabilités et rester en Irak avec les Etats-Unis ?

Peut-être, oui, avec les Etats-Unis, mais pas « sous commandement » américain. Une force de paix guidée par les Nations Unies pourrait être une solution.

Qu'est-ce que l’Europe pourrait offrir de plus que les Etats-Unis ?

La voie européenne est plus réaliste. Enrayer le terrorisme avec des bombardements et avec la guerre dite « infinie », c’est une utopie. Cette illusion semble éblouir les groupes dirigeants de la politique américaine. Les Européens, au contraire, retiennent réellement et précisément qu’avec la guerre, on ne combat pas le terrorisme mais que cela l’alimente. Et ils pensent que c’est seulement en dialoguant avec le monde arabe et le Tiers Monde qu’ils peuvent désarmer les bombes qui nous font peur.