La Grèce se met au vert ?

Article publié le 22 mars 2008
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Article publié le 22 mars 2008
Avant même de distinguer le Parthénon, que dis-je, même le bout du rocher de l’Acropole, tout étranger qui arrive à Athènes va d’abord constater qu’une déesse contemporaine s’est ajoutée au Panthéon grec: l’automobile.
Reine de l’asphalte fondu par la chaleur des rues athéniennes, princesse sur l’avenue Nikis du bord de mer de Thessalonique, et mère de tous les bouchons à toutes les entrées des villes grecques, la voiture règne: elle s’impose jusque sur les plages qui servent parfois aussi de parking. Pour les autorités, le problème reconnu depuis longtemps déjà (le “nuage” de pollution athénien agrémente depuis de longues années la vue qu’on a depuis les collines environnantes sur l’ensemble de la ville) se double d’une volonté d’être “dans le vent d’air pur” européen: c’est-à-dire que la réflexion est à présent clairement engagée pour faire en sorte que la voiture n’ait plus tous les droits en ville.

Les solutions envisagées sont rapportées par le journal Ta Nea du 18 mars : des péages à l’entrée de la capitale et des grandes villes, des taxes de circulation proportionnelles à la taille du véhicule et au type de moteur utilisé, et des mesures d’incitation pour que disparaissent de la circulation des voitures de plus de 20 ans très polluantes, mais qui forment encore un parc d’un million de véhicules, sur les 5,5 qui circulent en Grèce. Parallèlement une taxation plus favorable serait décidée pour l’achat de véhicules moins polluants comme les voitures hybrides.

Le plan d’aménagement du territoire et le réseau de transports en commun devraient être améliorés pour être plus adaptés aux déplacements des voyageurs, et le coût des places de parking en centre-ville augmenté pour dissuader les personnes qui y travaillent de se rendre en voiture sur leur lieu de travail. Un système de surveillance électronique de la circulation est aussi réclamé afin de rendre toutes ces initiatives efficaces. Last, but not least, pour qui s’est déjà promené dans les rues grecques, d’Athènes ou d’ailleurs, sont les mesures prévues pour le développement du vélo. On ne peut que constater qu’elles sont assez classiques: possibilité de d’emporter des vélos dans les transports en commun, mise en place d’un système de location de vélos, rénovation du système de la circulation, en particulier une adaptation des feux pour “assurer la sécurité du flux de circulation cycliste” (sic).

Tout le monde devrait bien sûr se réjouir de ces mesures annoncées par une commission du Ministère de l’environnement, de l’aménagement du territoire et des travaux publics. Et pourtant, quelques grincheux, dont l’auteur d’un billet d’humeur publié dans la même édition de Ta Nea espèrent qu’au lieu de se concentrer sur un système de péages et de taxes (toujours avantageux pour l’Etat en termes de rentrée d’argent), les décideurs miseront plutôt sur le développement du métro et de parking-relais, tout cela en respectant les flux de circulation des travailleurs. Dans le cas contraire, avertit-il, les péages ne serviront qu’à favoriser la circulation automobile des riches en centre-ville.

Dans le journal Eleftherotypia également, l’analyse est plus critique : constatant d’abord que cet exposé de belles idées a été présenté pour répondre aux propositions du “livre vert” que la Commission européenne a adopté en septembre 2007 sur les transports urbains, la journaliste Charas Tzanavaras regrette que n’aient été associés à ce travail en Grèce ni le Ministère des transports, ni celui de l’économie, dont le rôle sera pourtant déterminant dans la mise en oeuvre de ces innovations en matière de déplacements urbains. Et la journaliste d’ironiser sur l’implication du Ministère de l’environnement dans une réelle politique “verte”: il ne sera même pas présent à une manifestation prévue pour sensibiliser les élèves de la région d’Athènes à ce sujet, et à la préparation de laquelle se sont pourtant investies de nombreuses autres institutions grecques. Concernant le développement du vélo, l’article met aussi en lumière la réelle importance prévue pour ce type de transport doux dans le-dit rapport: les pistes cyclables ne sont prévues que pour le bord de mer et les parcs ! Autant dire que cela n’aura presqu’aucune incidence sur la circulation en centre-ville.

vue d'Athènes Pour ma part, j’ai d’abord été terriblement séduite par l’idée de me déplacer tranquillement en bicyclette dans les rues d’Athènes. Mais, après réflexion, et sans vouloir mettre en doute les bonnes intentions du Ministère de l’environnement grec, je me permets d’exprimer quelques doutes sur le facteur: “la sécurité du cycliste”: il ne suffit pas d’avoir des infrastructures adaptées, il faut aussi une éducation des conducteurs pour que cette condition au trafic cycliste soit remplie. Or, l’éducation du conducteur à la présence des cyclistes risque de ne pas se faire en un jour, dans la mesure où il n’a pas encore tout à fait pris conscience de l’existence des piétons (l’existence d’un passage pour piétons en Grèce n’est pas un gage de sécurité pour le-dit piéton, attention!). Ensuite, il y a quelques petites restrictions d’ordre géographique à étudier: la Grèce n’est pas une vaste plaine verdoyante comme la Hollande ! Pour aller, par exemple, ne serait-ce que de la place Syntagma jusqu’à l’Institut français rue Sina, il va vous falloir appuyer sur la pédale, car toute la ville est répandue sur des collines de plus ou moins grand dénivelé. Et, bien sûr, par 35°C à l’ombre, c’est encore plus réjouissant…

Et pourtant,… j’ai entendu sur une radio grecque de courageux pionniers cyclistes qui tentent de s’élancer sur l’asphalte des rues de quelques villes moyennes (Larissa en particulier), espérant entraîner dans leur sillage d’autres aventuriers. Puissent-ils y parvenir ! En attendant, le plan annoncé pour Athènes devrait être appliqué à partir de 2009… Et je me surprends à faire le rêve peut-être encore bien utopique d’une promenade urbaine au milieu du chant des cigales et de l’odeur des orangers en fleur !