« La Grèce Prodigue » ou le conte de la détresse grecque

Article publié le 20 février 2012
Article publié le 20 février 2012
C’est vraiment étrange les mauvais tours que peut jouer le destin. De tous les jours de l’année, aucun ne pouvait être plus approprié que le dimanche du Fils Prodigue pour voter le nouveau plan d’austérité, le 12 février. Les options alternatives aux réformes (baisse des revenus et des pensions, augmentation des impôts) mènent à la faillite ou à la zone euro, après tout…

Selon la parabole, un père a deux fils. Un jour, son plus jeune fils décide de quitter sa famille et demande sa part de la propriété pour aller vivre ailleurs. Après avoir dépensé jusqu’au dernier centime, le fils revient, plein de remords, dans les bras de son père, qui non seulement l’accepte de nouveau mais ordonne également l’abattage du « veau gras » pour un repas de fête.

Les mesures acceptées, le fils retourne auprès du père

Suivant le même modèle, la Grèce, après avoir gaspillé tout l’argent qui avait été emprunté, se tourne maintenant vers l’Union européenne pour demander de l’aide. Il a été demandé au Parlement grec de prendre les mesures les plus dures et les plus douloureuses, affectant presque toute la population grecque afin de sauver de nouveau le pays. Nous saurons bientôt si cette option sera salutaire ou désastreuse pour la Grèce, mais ce qui importe, c’est que le vote définitif a clôt une ère de rêves artificiels et une illusion de bonheur qui se sont effondrées comme un château de cartes.

Tout va bien alors. La « Grèce prodigue » revient, se repent et retourne dans les bras du père. Cependant dans notre histoire le « Père » a choisi de laisser le fils prodigue affamé plutôt que d’abattre le « veau gras », en lui donnant juste assez de nourriture pour qu’il survive. Au lieu de l’amour, le père, dans notre histoire, ne souhaite pas seulement punir le fils d’être revenu, mais aussi avertir l’autre fils qui n’a jamais fui. Sommes-nous convaincus que la Grèce est le « fils prodigue » de la parabole ? Jouons avec l’étymologie : dans l’évangile original grec, le mot pour « prodigue » est « άσωτος » (« asotos ») qui signifie « celui qui ne peut être sauvé », et non « celui qui revient » ou « le gaspillage extravagant ». Ce qui révèle une contradiction logique dans notre histoire. Pourquoi le fils repentant ne peut-il être sauvé ? N’y a-t-il aucun salut pour celui qui change sa vie et revient à sa famille humiliée ?

Nous avons fait des erreurs – et nous le savons

Pourtant le fils prodigue n’est pas le plus jeune mais le plus âgé. Il n’est pas celui qui est parti puis est revenu, pénitent, auprès du père. Le fils prodigue était l’autre, le fils aîné qui n’est jamais parti. Il enviait son frère qui n’a pas seulement fait sa « révolution », mais qui maintenant revient, incroyablement bien accueilli en recevant les plus beaux vêtements. Souvenez-vous de sa réaction – il était en colère et se plaignait auprès de son père qu’alors qu’il était toujours à ses côtés, travaillant pour lui, on ne lui a jamais offert ne serait-ce qu’une chèvre pour recevoir ses amis à un repas. Il n'a pas parlé à son frère et il est parti. Il est le vrai fils prodigue. Bien sûr la politique a peu de choses à voir avec les paraboles évangéliques. Il est difficile de savoir si dans notre propre version de l’histoire l’Allemagne et nos partenaires ont le rôle du père ou du fils aîné. Leur attitude finira par nous montrer quel rôle ils choisiront.

Souvenez-vous de deux choses : la première, les 27 États membres n’aident pas la Grèce – ils lui prêtent. Ils spéculent sur le dos d’un pays qui oui, a fait de terribles erreurs et a mal géré l’économie mais qui finalement n’a rien fait de si différent de ce qu’ont fait les autres dans la zone euro. La différence tient dans les problèmes structurels de l’euro, dont la « fête de la frénésie », qui dure depuis 10 ans, brise tout sur son passage. La seconde chose est que les États membres de l’UE sont conjointement responsables de la destruction de la Grèce. Ils ont fait un « exercice papier » en fixant des objectifs fictionnels qui mènent à la récession, collaborant avec un système politique dont ils savaient qu’il était peu disposé à réformer. Ce qui est encore pire, c’est qu’ils insistent sur cette recette qui a échoué sans tenir compte d’aucun critère social dans les salaires ou les pensions qu’ils coupent. Le résultat est qu’ils appauvrissent une nation entière dans le but de satisfaire leurs auditoires politiques.

« Le résultat est qu’ils appauvrissent une nation entière dans le but de satisfaire leurs auditoires politiques. »

Avec ce qui précède ajoutons un troisième élément : la « Grèce prodigue » veut rester en Europe, croit qu’elle fait partie de l’Europe et partage les même idéaux. Oui, la société grecque se sent coupable. Il existe ce sentiment général selon lequel les Grecs ont vécu au-dessus de leurs moyens se dupant ainsi eux-mêmes et trahissant leurs partenaires. Oui, au-delà de la « Grèce paresseuse » il y a une autre Grèce, qui travaille et se bat. Une Grèce qui veut rester dans l’euro et ne pas faire un retour en arrière de cinquante ans. Si la punition et l’humiliation d’une nation entière sont plus importantes que la solidarité et le salut d’un partenaire alors il est clair que la direction vers laquelle se tourne l’Union européenne est en mouvement. Si c’est le cas, s’il vous plaît expulsez la Grèce maintenant, car dans une telle union elle ne mérite pas d’exister.

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Photo : (cc) César Angel. Zaragoza/ flickr