La Grèce et la Chine: une relation… sportive

Article publié le 12 avril 2008
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Article publié le 12 avril 2008
Rappelons pour commencer les propres mots du ministre de la culture grec, Monsieur Liapis, lors de la cérémonie d’allumage de la flamme olympique, fin mars : “Nos relations avec la Chine sont au beau fixe dans tous les domaines !” Une phrase anodine, lisse, à l’image de cette cérémonie diplomatique.
Or, à la lecture des une des journaux grecs de cette semaine, cette exclamation prend une connotation tragi-comique.

Une entreprise chinoise est en effet au centre d’un scandale de dopage qui salit l’équipe nationale d'haltérophilie. Comme pour les JO, on voit donc liés ensemble pour une même cause sport et commerce. A la une du journal Eleftherotypia du 09 avril, deux idéogrammes chinois rappellent au lecteur que l’extrême-orient est à la mode en ce moment. Le journal Ta Nea indiquait, le 09 avril également, l’existence d’un axe Shangaï – Larissa (ville de Thessalie, en Grèce) – Athènes. C’est dire à quel point sont serrés les liens entre le pays qui a vu naître les JO et celui qui les accueille cet été ! A cela près que cet axe ressemble plutôt à une route des anabolisants. Le point de départ en est l’entreprise Auspure Biotechnology, basée à Shangaï. Depuis le mois de janvier, l’entreprise fournissait en vitamines B-13 un propriétaire de salle de gymnastique installé à Larissa qui lui-même les transmettait à l’ex-entraîneur de la fédération d'haltérophilie, Christos Iakovou. Les Chinois avaient ajouté à leur colis un peu d’acides aminés “pour les besoins de vos athlètes”. Une sympathique attention qui semble s’être transformée, depuis le mois de février, en livraison de produits illicites. Une fois le pot-aux-roses découvert, l’entreprise chinoise a plaidé l’ “erreur” qu’aurait commise une de ses nouvelles employées inexpérimentée: cette personne responsable des envois de produits aurait fait livrer des produits destinés à des expérience scientifiques, et non à la consommation (voir ''Eleftherotypia''). Une erreur qualifiée de “criminelle” par l’ex-entraîneur grec, et qui le disculperait de toute responsabilité (voir ''Ta Nea'').

Bien sûr, personne n’est dupe. Tous les journaux condamnent la fausse surprise dont ont fait preuve les officiels devant la nouvelle: “Une nouvelle choquante ! L’équipe d'haltérophilie, dopée ! On eût dit qu’on n’avait jamais entendu parler de dopage, ni de compétition, ni de performances surhumaines, ni de la façon dont s’obtiennent les brillantes médailles”, s’insurge Nikos Tzianidis dans Ta Nea (voir billet). “Dès qu’un scandale de dopage éclate, on joue les ignorants”, confirme un autre journaliste dans Aggelioforos (voir article). En fait, la Grèce est, comme d’autres pays, touchée par le dopage. Mais d’après un article paru le 23 mars dernier dans Makedonia (voir article), les pays balkaniques seraient particulièrement touchés par le phénomène: 44 % des athlètes contrôlés positivement lors des derniers Jeux Olympiques provenait des Balkans. Et un médecin grec n’hésite pas à dire qu’il recense un cas de mort subite par mois en Attique (région d’Athènes), des cas probablement liés à des pratiques de dopage. On invoque des explications, dans différents journaux, comme le manque d’une médecine du sport en Grèce (voir article) qui pourrait aider les athlètes à s’informer sur les produits; la Grèce ne peut pas non plus, pour des raisons économiques, avoir recours aux tests génétiques pratiqués dans quelques pays riches et qui permettent de déterminer si un enfant a ou non les capacités de devenir un grand athlète (voir article) (mais faut-il vraiment regretter que la Grèce ne puisse utiliser cette nouvelle technique douteuse ?).

Devant un tel problème, la réaction des autorités gouvernementales est ferme, mais elle manque de crédibilité. Le ministre de la culture, monsieur Liapis, a convoqué les présidents des différentes fédérations sportives grecques afin d’envisager des solutions. Ces responsables ne nient d’ailleurs pas leur implication dans ce dossier: “Nous ne devons pas essayer de nous défiler devant nos responsabilités”, commentent-ils dans Eleftherotypia (voir article). Le gouvernement annonce la création d’une commission qui aura la tâche, en dix jours, d’élaborer un plan d’action institutionnel pour lutter contre le dopage. Il propose d’emblée le renforcement des peines encourues, la requalification de ce délit, et une extension des pouvoirs du conseil national de lutte contre le dopage. Mais Yorgos Syrigou, dans Eleftherotypia qualifie ces mesures de “voeux pieux”. En effet, des telles mesures avaient déjà été proposées en 2005, mais aucune suite ne leur été donnée… (voir article)

Par ailleurs, chaque jour qui passe révèle un nouveau cas. Le travail de l’entrepreneur de Larissa aurait servi à fournir au moins onze athlètes de la fédération d'haltérophilie. Le journal Kathimerini parlait le 09 avril de trois cyclistes, d’un joueur de hand-ball et d’un coureur (voir article). Le 11 avril, le journal de Thessalonique Makedonia révèlait le cas d’un joueur de foot-ball évoluant en équipe nationale de première division: lors d’une bénigne opération chirurgicale, l’équipe médicale s’est rendue compte qu’il était “complètement dopé” (voir article). Quelles sont les raisons qui poussent à de telles pratiques? “C’est une façon de penser consommatrice (…) qui considère la vie comme un objet mis en gage contre un instant de plaisir” d’après Nikos Tzianidis.

En tout cas, cette affaire relance le débat autour des Jeux Olympiques. Le parti communiste grec “dit non aux Jeux (…) à partir du moment où ils sont fondés sur un sport professionnel géré par des financeurs et des entreprises qui monopolisent le marché des articles de sport. (Ces Jeux) sont salis par une boue écoeurante” (voir ''Ta Nea'').