« La grande bellezza » aux oscars : le sacre du beau

Article publié le 4 mars 2014
Article publié le 4 mars 2014

Lors de la nuit des Os­cars 2014, l’Ita­lie fait son re­tour sur la plus haute marche du ci­néma mon­dial grâce à la récompense du meilleur film étranger attribuée au film de Paolo Sorrentino. Mais qu’est-ce qui a changé de­puis la der­nière fois ? 

15 ans se sont écou­lés entre l’Os­car dé­cerné à Ro­berto Be­ni­gni pour La vita è bella (La vie est belle) et celui reçu par Paolo Sor­ren­tino pour La grande be­llezza (La grande beauté). S’il y a une chose dont l’Ita­lie ne peut pas s’em­pê­cher, c’est jus­te­ment d’em­ployer ce mot à la so­no­rité har­mo­nieuse et agréable. Qu’il soit chanté à titre de salut au bar du coin, qu’il soit un com­pli­ment fait suite au pas­sage d’un gar­çon ou d’une fille, qu’il soit le sur­nom as­so­cié à l’une des nom­breuses piz­zas dans les menus des res­tau­rant : la ca­té­go­rie du « beau » - qu’il s’agisse aussi bien d’un ad­jec­tif ou d’un sub­stan­tif – est pour l’Ita­lie comme un au­to­col­lant in­amo­vible collé sur le ca­ré­nage d’une Vespa.

Pour­tant, même en vou­lant re­la­ti­vi­ser le passé, il est op­por­tun de rap­pe­ler que tout du moins pen­dant l’An­ti­quité, le « beau » n’était seule­ment que l’une des 3 va­leurs su­prêmes avec le « vrai », et le « bon ». Pour les Grecs et les Ro­mains, il sem­ble­rait que le terme avait une conno­ta­tion bien plus large que celle que l'on connait au­jour­d'hui : des ob­jets aux idées, le « beau » était une ca­té­go­rie plu­tôt vague qui trou­vait son re­la­tif phy­sique dans la « pro­por­tion­na­lité ».

Il est avéré que la sa­gesse po­pu­laire avait déjà in­cor­poré celle des an­ciens à tra­vers le dic­ton : « n'est pas beau ce qui est beau, mais est beau ce qui plaît ». Tout porte à croire qu'avec La grande be­llezza, les Ita­liens se sont à nou­veau réunis sur un sujet in­dé­fini, an­tique, et par cer­tains as­pects in­quié­tant de nos an­cêtres. Et même si Paolo Sor­ren­tino a ex­pli­qué à Re­pub­bli­catv que son film « n’est pas une cri­tique de l’Ita­lie, mais re­pré­sente plu­tôt l'amour pour le pays », il y a en­core ceux qui dans 15 ans vou­draient peut-être une Ita­lie un peu moins « belle » mais plu­tôt plus « vraie » et « bonne ».

Voir : La grande be­llezza de Paolo Sor­ren­tino (2013)