La future Présidence tchèque du Conseil de l'UE (1er janvier 2009-30 juin 2009)

Article publié le 4 janvier 2009
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Article publié le 4 janvier 2009
« Très virulent contre tout ce qui, selon lui, menace l' « identité tchèque », le président Vaclav Klaus a déjà annoncé qu'il ne hisserait pas le drapeau européen sur sa résidence, le château de Prague, durant la présidence de l'Union, au motif que la République tchèque « n'est pas une province de l'UE. » (Le Figaro.
fr, 10/11/08)

La présidence tchèque ne peut commencer sous de plus mauvaises augures à un moment où l'Union a plus que jamais besoin d' « activisme » en faveur d'une réforme institutionnelle d'envergure. Beaucoup redoutent la date du 1er janvier 2009, à laquelle Prague prendra la tête du Conseil de l'UE pour une période de six mois, à la suite de la France.

Ces craintes exprimées aux quatre coins du continent tiennent à la personnalité de Vaclav Klaus, dont l'euroscepticisme assumé et revendiqué suscite l'indignation parmi les dirigeants européens. Le président tchèque multiplie en effet les provocations, critiquant ouvertement la construction européenne. Mais c'est surtout sa visite d'Etat en Irlande du 10 au 12 novembre, au cours de laquelle Mr Klaus a souhaité rencontrer au cours d'un dîner le leader irlandais de la campagne du non au Traité de Lisbonne, Declan Ganley, qui a fait s'élever les voix en Europe. Comment en effet ne pas craindre l'émergence d'une « coalition du non » susceptible de ralentir considérablement le remodelage d'une Union où l’unanimité préside encore largement aux prises de décisions ?

Le premier semestre 2009 pourrait donc être désastreux pour l'avancée de la construction européenne, tant il est peu probable que la République tchèque poursuive les efforts français dans la recherche de solutions à la crise institutionnelle. Rappelons que l'agenda de la Présidence française de l'Union a été bouleversé par le résultat du référendum irlandais du 12 juin 2008, et si des dossiers tels la lutte contre le changement climatique, l'approvisionnement énergétique, l'immigration et l'Europe de la défense sont présentés comme des priorités de la présidence française, tout le monde s'accorde à penser que rien de significatif ne pourra être entrepris tant que le fonctionnement institutionnel de l'UE ne sera pas durablement fixé. On sait d'ores-et-déjà que la République tchèque souhaite tourner sa présidence vers l'est, à savoir la Russie et les autres pays de l'ancien bloc soviétique. Mais ce choix sera-t-il pris dans l’intérêt de l’Union ou sera-t-il au contraire l’occasion pour Prague de la déstabiliser davantage en tentant de saper son unité ?

Un portrait de la petite République à nuancer

Il ne faut cependant pas tout peindre en noir comme le font la grande majorité des médias, parfois peu informés de la culture de nos voisins de l’est. Le président Klaus avait récemment à la télévision tchèque:

« En ce qui concerne le Traité de Lisbonne, mes réserves sont connues. Toutefois, je respecte la position du gouvernement, je ne me suis pas engagé dans une bataille contre ce document, et je ne m’engagerai pas non plus quand il s’agira de sa ratification ».

Il ne faut pas oublier que les électeurs traditionnels de son parti de droite, le Parti Civique Démocrate (ODS) ont majoritairement voté OUI à l’adhésion de la République Tchèque à l’UE en 2003. Le président doit en tenir compte.

Le 26 novembre dernier, la Cour Constitutionnelle a ouvert la voie à la ratification du traité de Lisbonne en jugeant la conformité du texte à la Loi Fondamentale. Aucune pression ne semble avoir été exercée sur les juges alors que ne nombreux médias avaient prévu que l’ombre influente du président planerait sur les délibérés. Il apparaît clair aujourd’hui que l’Irlande sera bientôt le seul Etat à ne pas avoir encore ratifié le traité.

Il existe de nombreuses forces vives pro-européennes en République tchèque comme la figure de Jan Svejnar (ČSSD). Cet adversaire déçu de Vaclav Klaus aux dernières élections présidentielles, est un professeur d'économie et de politiques publiques à l'Université du Michigan soutenu par une grande coalition réunissant les Verts, le Parti Social Démocrate, les Indépendants Démocrates Européens et le Club de la Démocratie Ouverte. Des élections sénatoriales ont récemment été remportées haut la main par les sociaux démocrates (ČSSD). Ce succès démontre que l’opposition est à l’affût. Le premier Ministre Mirek Topolanek (ODS) s’en trouve fragilisé car son parti, le Parti Civique Démocrate est désormais profondément divisé.

Cette nouvelle situation politique a cependant provoqué le retardement de la ratification du traité de Lisbonne. La chambre des députés tchèque a décidé de ne pas voter la ratification et de renvoyer ce scrutin au 3 février 2009 (par 159 voix sur 177). En effet, pour M. Topolanek, il s’agit de prendre froidement en otage la ratification afin de négocier une trêve de 6 mois, le temps de la présidence de l’UE, avec le parti social démocrate vainqueur des dernières élections sénatoriales. En fin de compte, on assiste à une sorte de marchandage entre le Parti civique démocrate et les sociaux-démocrates : l’ODS est plutôt contre le Traité de Lisbonne, la social-démocratie est pour, alors que l’ODS est pour l’accord sur le radar américain en Tchéquie et la social-démocratie contre. Un compromis doit être trouvé afin que ces des deux documents soient adoptés. Au centre des discussions se trouve également une importante réforme de la santé. « Le vote sur le traité de Lisbonne est lié à un accord, il serait donc prématuré de le voter », a reconnu le premier Ministre. « Cette interruption ne signifie pas une décision définitive que nous ne ratifierons pas le traité ».

De nombreuses voix s’indignent en République Tchèque contre le comportement des politiciens, parfois trop cyniques. Par exemple l’hebdomadaire littéraire, Literární noviny, qui a publié un commentaire au sujet de la présidence tchèque de l’Union européenne sous le titre « Une présidence risquée ». Selon le journaliste Ivan Hoffman, « La République tchèque sera représentée par des gens qui n’ont pas de vision proeuropéenne, car ils se positionnent par rapport à l’Europe, au lieu de s’y référer. Ainsi le seul homme politique qui semble se réjouir de la présidence tchèque, est le président qui refusera ostentatoirement de hisser le drapeau européen au Château de Prague ». L’attitude des politiciens tchèques envers l’Europe est critiquable, mais n’est-ce pas là un problème commun à tous les Etats Membres de l’Union où des élus utilisent l’euroscepticisme comme un fond de commerce ? Finalement les craintes exprimées par de nombreux observateurs quant à la présidence tchèque ne sont-elles pas le miroir de nos propres doutes et attentes ?

La présidence tchèque aura une orientation clairement libérale et ne sera donc pas aussi active que la présidence française. Ce ne sera pour autant le cauchemar annoncé… Afin de suivre l’actualité du point de vue tchèque, nous vous conseillons très fortement de consulter fréquemment pendant la présidence tchèque de l’UE le site très bien fait de Radio Praha que nous avons utilisé pour la rédaction de cet article et dont les articles sont disponibles en plusieurs langues, notamment en français : www.radio.cz

Pascal Malosse & Kévin Hamon Etudiants du Master Politiques Européennes de l’IEP de Strasbourg