La France redécouvre les vertus du capitalisme familial

Article publié le 8 avril 2014
Article publié le 8 avril 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Selon une étude, 67% des dirigeants estiment que le caractère familial de leur entreprise leur a permis de mieux traverser la crise. Oscillant entre prudence et audace, elles savent s’internationaliser tout en étant ancrées à l’échelon local. Un paradoxe dont l’indépendance financière semble être la clef de voûte.

L’âme d’entreprendre

Marquées par une forte volonté de transmission, les entreprises familiales ont à cœur de se pérenniser au sein du giron familial. Car plus que la génétique, c’est cette volonté de transmettre aux générations futures qui forge l’identité des entreprises familiales et oriente leur stratégie. Ainsi, Philippe Vailhen, responsable de l’activité « entreprises familiales » chez Ernst & Young, confirme que les entreprises familiales « raisonnent en termes de générations et non de mois ». Et le succès tient peut-être dans cet état d’esprit basé sur une vision à long terme. L’héritier aura certes la charge de développer son l’entreprise familiale, mais il devra surtout la transmettre dans de bonnes conditions et souvent en s’en tenant aux valeurs ayant présidé à la création. Une idée défendue par Caroline Hilliet-Le Branchu, à la tête de la conserverie de la Belle Iloise, qui constate que le « succès s'explique par notre positionnement artisanal et notre politique commerciale qui sont immuables depuis la création de l'entreprise en 1932 ». Mais la transmission n’est pas toujours innée à en croire les interrogations suscitées par un Arnaud Lagardère, héritier malgré lui d’un empire façonné par son père et qui semble chercher son âme d’entrepreneur.

Ce family business n’est pas l’apanage des entrepreneurs de lignée. Il semble faire le jeu de toute une nouvelle génération, désireuse de s’inscrire dans un projet entrepreneurial porté par une dimension affective. C’est avec la volonté de partager leur vision du loisir que Bertile Burel et James Blouzard, partenaires dans leur société comme dans la vie, ont fondé Wonderbox. Leader du coffret cadeau, le groupe jouit de cette culture familiale et mise sur une identité pétrie par la passion de ses fondateurs pour les prestations qu’ils proposent. Une passion qu’ils partagent tant dans les relations avec les partenaires, dont le taux de satisfaction atteint 90%, qu’avec les salariés de l’entreprise, mis à contribution pour tester les prestations : le programme « Testeurs de rêves » qui s’adresse également aux clients, permet à l’entreprise de garantir la qualité de service, via une procédure de retour d’expérience. Cet état d’esprit, qui associe exigence, passion pour le produit et top management familial, a permis à Wonderbox de dépasser 45% de part de marché entre janvier et avril 2013. Le constat est du coup souvent le suivant : la fibre familiale se répercute aussi sur la gestion financière.

Une logique de bon père de famille

Est-ce mode de gestion raisonné qui fait le succès des entreprises familiales ? L’auto financement apparaît comme la stratégie prisée par les dirigeants qui privilégient un actionnariat familial, à l’inverse de l’actionnariat boursier, soumis à une obligation de résultat immédiat et aux versements de dividendes. Libérées des pressions liées aux marchés financiers, elles officient de manière indépendante et raisonnée. Elles peuvent par exemple réinvestir les bénéfices dans la société ou distribuer peu de dividendes les années moins fructueuses sans « révolte » des actionnaires. Une souplesse qui permet de s’adapter à un environnement mouvant et de s’inscrire dans cette vision de long terme qui leur est chère. Cette gestion en « bon père de famille » permet un management durable et une bonne gouvernance. Alain Bloch, professeur à HEC confirme que les entrepreneurs familiaux « agissent en faisant preuve à la fois de dynamisme entrepreneurial mais aussi de prudence patrimoniale. Ils sont audacieux mais prudents (…). Ils privilégient la pérennité à la performance. Ces comportements vertueux leur permettent d’assurer la longévité de leur entreprise et de mieux résister aux chocs ».

De plus, les entreprises familiales n’hésitent pas à se diversifier afin de limiter les risques. La famille Tardel a fait ce choix de bon sens : au départ spécialiste des espaces verts, elle cultive désormais son savoir-faire dans le secteur du bien-être et de l’environnement. Autre stratégie populaire chez les entreprises familiales : l’innovation.  Ces dernières investissent entre 1% et 5% de leur chiffre d’affaire afin de préserver leur compétitivité. Là encore, l’indépendance financière joue un grand rôle. « Notre organisation familiale, 100 % indépendante, nous laisse la liberté d'innover et de tester de nouveaux produits. Nous n'avons pas besoin de justifier nos choix auprès d'actionnaires », atteste Pierre-Luc Verquin qui a pris la succession de l’entreprise familiale éponyme et lancé un nouveau produit primé « saveur de l’année ». En rachetant la Société Européenne de Confiserie, Verquin a su également se positionner à l’international.

Un atout à l’international

Au delà de toute idée reçue, le marché international représente une stratégie de développement pour des entreprises familiales qui n’hésitent pas à dépasser l’échelon local. Franck Julien, à la tête du groupe multiservices d’Atalian, confirme que «pour assurer la pérennité de l’entreprise, il est nécessaire d’aller à l’international. ». L’entreprise marque son ouverture sur le marché turc grâce à sa nouvelle acquisition Artem et poursuit sa conquête de la scène mondiale avec pour objectif de multiplier son chiffre d’affaires international par trois.

Ainsi, près d’une entreprise familiale sur deux est présente à l’international. C’est que les entreprises familiales sont de « véritables championnes à l’international » en témoigne Philippe Johann, directeur du commerce international chez Société Générale. L’exportation est une aventure ardue qui nécessite de grandes facultés d’adaptation, rendues possibles par l’autonomie financière, même si la crise oblige de plus en plus à l’ouverture du capital. De plus, « l'agilité est inscrite dans l'ADN des entreprises familiales » précise Denis Dauchy professeur en stratégie à L'EDHEC Business School. Réactives, elles s’adaptent aisément à un nouvel environnement alors qu’on les pensait cantonnées à un terroir circonscrit. « Résultat d'une tradition familiale portée par l'excellence », Bernardaud réalise ainsi aujourd'hui 70 % de son chiffre d'affaire à l'étranger. Recette vertueuse ou non, force est de constater que les entreprises familiales affichent une belle résilience et s’offrent même le luxe de taux de croissance insolents entre 5% et 10%.