La Fashion Week 2011 de Géorgie : plutôt Caucase !

Article publié le 18 octobre 2011
Article publié le 18 octobre 2011
Du 13 au 16 octobre, Tbilissi troque stress des roquettes contre strass et paillettes : créateurs, acheteurs, mannequins et accros de la mode se retrouvent dans la capitale géorgienne pour la deuxième édition de la Fashion Week.

« L’idée d’une Fashion Week n’est bien sûr pas novatrice, quand on voit le nombre de manifestations similaires organisées partout dans le monde », reconnaît Natali Samadalashvili, présidente du Georgian fashion group, et qui a participé au lancement du Projet Fashion Week en Géorgie (GFWP). Mais il est possible que ce type de manifestation ait été plus difficile à instaurer en Géorgie. « C'est compliqué d’organiser des évènements liés à la mode, surtout en pleine crise économique. » Pourtant, on aurait tort de croire que la mode ne peut se développer que dans les pays riches. « Parfois on est surpris nous-mêmes de voir comment on y arrive. Mais ici, on a l’habitude de faire quelque chose à partir de rien. » Est-ce la mode caucasienne, ou peut-on rapprocher ça du culte de la débrouille ? Après tout, le salaire moyen en Géorgie tourne autour de 150 euros par mois.

« La Géorgie est mûre pour la mode »

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La deuxième Fashion Week de Géorgie se déroule au théâtre national sur l’avenue Rustaveli, l’équivalent géorgien des Champs-Élysées, du 13 au 16 octobre. « La Géorgie est mûre pour des fashion weeks », renchérit Taa Morchiladze, blogueuse spécialiste de la mode, qui ajoute que la première édition, à l’automne 2010, a remporté un franc succès à Tbilissi. « Beaucoup de participants ont découvert les collections de créateurs géorgiens. La GFW fait maintenant presque partie de la vie locale. » On attend pour cet évènement quatorze créateurs nationaux, ainsi que des invités et des acheteurs étrangers. Vraisemblablement, le créateur David Koma devrait passer faire un tour dans son pays natal. Ce styliste de 24 ans a étudié au Central Saint Martins College of Art and Design, à Londres, et fait aujourd’hui partie des chouchous sur les podiums européens.

Pour certains compatriotes de Koma, le parcours n’est pas si simple. La créatrice de prêt-à-porter masculin Keti Chkhikvadze a démarré sa carrière au Kazakhstan voilà dix ans. Après avoir recueilli des fonds pour lancer son entreprise, elle est rentrée en Géorgie, où elle a ouvert son magasin The Fashion House. Selon elle, le plus difficile pour les jeunes créateurs de la région, c’est de trouver des sponsors. Néanmoins elle s’est aperçue que suite à la première édition de la Fashion Week de Géorgie, elle avait acquis plus de notoriété. « Les clients s’intéressaient plus à mes costumes, mais ça n’a pas résolu tous mes problèmes financiers », ajoute-t-elle. « Si je n’étais pas invitée à des évènements de mode à l’étranger, j'aurais du mal à continuer de travailler. »

Politique cosmétique

La route est encore longue avant que les créateurs géorgiens ne s’imposent dans leur région. Pour commencer, et c’est une priorité, ils doivent gagner la confiance des acheteurs locaux et internationaux. La Fashion Week donne aussi à la région une plateforme durable pour le marché de la mode. Mais Keti est convaincue que la mode n’a pas dit son dernier mot en Géorgie. « Si on travaille, ça va forcément payer », dit-elle. Voilà qui rejoindrait certainement les objectifs du gouvernement de Mikheil Saakachvili. La mode, c’est aussi une arme politique. « Ici, c’est impossible de faire quoi que ce soit sans le soutien du gouvernement, surtout à l’étranger », explique Natali Samadalashvili, fondatrice de la Fashion Week. Cela explique peut-être pourquoi Maka Metreveli, l’épouse du chef du Parlement géorgien, fait maintenant partie du comité officiel de l’évènement.

« Ici, c’est impossible de faire quoi que ce soit sans le soutien du gouvernement, surtout à l’étranger »

Selon Natali, la GFW encourage l’industrie locale de la mode, mais « améliore également l’image de la Géorgie à l’étranger. » Depuis la guerre de 2008 contre la Russie, la Géorgie tente de redorer son blason. Après la révolution des Roses de 2003, les espoirs démocratiques qui étaient nés avec l’ère Saakachvili se sont effondrés. Les structures politiques et sociales du pays ont été affaiblies et une très grande partie de la population souffre aujourd’hui de pauvreté et d’exclusion. « La Fashion Week, c’est pour dire au monde entier à quel point les Géorgiens ont du talent par nature, à quel point ils sont créatifs », affirme Natali. Certes, la Géorgie est un petit marché, mais ils espèrent bien qu’il va prendre de l’ampleur. « C’est pour cela que le Caucase du Sud existe », conclut-elle.

Par Guler Mehdizade et Ovsanna Bagumya. Voici le premier article d'une série qui sera publiée tout au long de l'automne par notre partenaire, EuroCaucasus News. Le projet européen, média et journalistique dédié aux étudiants d'Arménie, d'Azerbaïdjan et de Georgie est mené par Canal France International (CFI). Lire de plus amples informations sur le blog.

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