La fac de Grenoble en Zone Xtrême

Article publié le 16 mars 2010
Publié par la communauté
Article publié le 16 mars 2010
Diffusé ce soir et demain sur France 2, Zone Xtrême reconstitue façon téléréalité la célèbre expérience de Milgram : sous la direction scientifique du professeur Jean-Léon Beauvois, de l'université de Grenoble, une centaine de participants a joyeusement électrocuté un cobaye. Terrifiant.

En découvrant les photos des sévices de Guantanamo, qui ne s'est pas dit : "Mais quel genre de personne peut faire un truc pareil ?"

Selon Milgram, la question est mal posée : il ne faut pas se demander qui, mais quoi.

Bons petits soldats ?

De 1960 à 1963, le psychologue américain Stanley Milgram a conduit une série d'expériences sur la soumission à l'autorité.

La question qu'il se posait était simple : jusqu'à quel point peut-on obéir malgré sa propre conscience ?

Pour le découvrir, il a publié une petite annonce et embauché des cobayes. Se croyant collaborateurs d'une expérience sur l'apprentissage, ils se sont prêtés aux tests sans arrière-pensée.

Sous la direction d'un expérimentateur en blouse grise, le cobaye-qui-s'ignorait était placé face à un cadran censé envoyer des décharges électriques à un faux cobaye (un acteur).

Le cadran était gradué de 75 à 450 volts ; il indiquait clairement qu'au delà de 350 volts, la décharge pouvait être mortelle. Le faux cobaye jouait le jeu en hurlant et suppliant sous l'effet des décharges supposées.

62,5 % des cobayes sont allés jusqu'à 450 volts.

L'annonce de Milgram dans le journal local

La mort en direct

Avec son docu-jeu Zone Xtrême, le producteur Christophe Nick a reproduit cette expérience dans un format téléréalité. C'est, dit-il, pour nous alerter sur les dangers de cette forme de divertissement devenue omniprésente.

"Le jeu de la mort", diffusé aujourd'hui 17 mars, a tout du roman de Stephen King : on y assiste, tétanisé, à la mise à mort d'un homme par ses semblables, sous l'autorité d'un présentateur plus vrai que nature.

Comme dans l'expérience de Milgram, les participants ne savent pas qu'ils sont des cobayes ; ici, la décharge électrique permet de progresser dans le jeu, avec à la clé 1 million d'euros de gains.

Plus de 80% des participants sont allés jusqu'au bout.

A l'université de Grenoble, ce résultat n'est pas vraiment une surprise. Connu dans le monde entier pour ses travaux sur l'autorité et les techniques de manipulation, le professeur Jean-Léon Beauvois a assuré la direction scientifique du tournage.

Petites manipulations entre amis

Pour lui, la télévision exerce une emprise sur ses participants, à travers les dispositifs qu'elle met en place.

Puisqu'ils sont là pour faire ce qu'on leur demandera de faire, dans un jeu au déroulement très précis, les joueurs n'ont pas besoin de grands mots d'ordre pour obéir. Et ils ont l'illusion de la liberté.

Finalement, c'est ça qui est surprenant : alors qu'on aurait pu attendre plus de désobéissance que dans l'expérience d'origine, on a eu plus d'obéissance.

Y compris dans le cas où un autre participant était associé au premier, alors que chez Milgram 1+1=non.

Au fond, c'est un peu la même chose qu'à Guantanamo : les soldats qui ont torturé les prisonniers n'étaient pas forcément des mauvais bougres, mais le mécanisme dans lequel ils se trouvaient était conçu pour produire ce genre d'effets.

Philip Zimbardo, psychologue inventeur du concept de Lucifer Effect, a dirigé dans les années 1970 une expérience restée célèbre et adaptée au cinéma dans le film The Experiment.

Une partie des cobayes étaient mis dans la peau de gardiens de prison, tandis que l'autre moitié faisait les prisonniers : la situation a dégénéré tellement vite que l'expérience, programmée pour durer trois semaines, a été interrompue au bout de six jours.

Voici ce qu'il en dit :

''Philip Zimbardo : comment des gens ordinaires deviennent des tortionnaires''

Moralité ? Contrairement à l'idée reçue selon laquelle le soft power, le pouvoir négocié, serait désormais la norme, on obéit autant et même plus qu'avant.

En guise de conclusion, Jean-Léon Beauvois s'interroge :

Que va faire la télévision de ce pouvoir ? Nous constatons déjà qu’elle peut s’en servir pour amener les gens à donner au Téléthon comme elle peut s’en servir pour leur faire manger des araignées ou se mouvoir parmi des rats. Pourrait-elle, surtout lorsqu’elle est publique, mettre ce pouvoir au service d’un vrai projet doté d’une utilité sociale ?

Expérience de milgram (1960-63)

Zone Xtrême, un documentaire de Christophe Nick - 1ère partie : Le Jeu de la Mort, ce soir à 20h35 suivi d'un débat ; 2è partie : Le Temps de Cerveau Disponible, demain 18 mars à 22h45. Sur France 2.