La fabuleuse histoire du "noniste" qui changea d'avis (ou pourquoi les elections européennes sont plus importantes que "obama")

Article publié le 31 juillet 2008
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Article publié le 31 juillet 2008
note : cet article était programmé depuis juillet 2008, bien avant l'effondrement bancaire donc... Le pourquoi du comment Qui est l'homme qui avait "prévu" dans les années 70 l'effondrement de l'Union Soviétique et qui vota non à Maastricht ? Réponse : Emmanuel Todd, démographe plus qu'économiste, et penseur du monde contemporain... "Et alors ?" direz vous, méfiant.

Et bien cet homme à changé d'avis, concernant à la fois l'euro et la construction européenne comme il l'explique implicitement dans son livre " après l'empire: essai sur la décomposition du système américain", paru en 2002...et comme vous le verrez dans sa biographie

Topor Emmanuel Todd est d'abord démographe. Son analyse sur l'implosion à venir de l'Union soviétique se basait entre autres sur la constatation de données démographiques criantes : différences des taux de natalités très importants entre les républiques, mais surtout, chute de la fécondité et augmentation dramatique de la mortalité infantile et juvénile dans l'URSS d'alors. Pour simplifier, il voyait dans ces données des signes de faillite profond du système soviétique, invisible si on se contente de la superficie des évènements.

C'est un peu pour la même raison qu'il votera non au traité de Maastricht. Son analyse des "structures de parenté" montre qu'elles sont à l'origine de nos conceptions profondes de l'échange, et par la même divergentes

Quésaco ?

Et bien, dans le sud-ouest de la France par exemple, les enfants héritent tous, depuis des siècles d'une part égale. En Bavière, c'est l'ainé qui rafle tout. Cela a façonné nos conceptions profondes de l"être ensemble". En clair, les gascons sont égalitaristes, alors que les bavarois ne le sont pas du tout. On remarquera que ces différences ne recoupent pas nécessairement les frontières nationales. Toujours est il qu'Emmanuel Todd ne pense pas que des sociétés européennes aux fondement différents, selon son analyse, puissent conduire ensemble une même politique. il vota donc non à Maastricht au début des années 90.

Puis il changea d'avis à propos du traité constitutionnel, pour lequel il devint très favorable.

Pourquoi ce revirement ?

Pour une raison très simple : il s'avère que l'Europe n'est pas seule sur la scène mondiale, et qu'un danger la guette. Face à cela, les différences entre les européens sont beaucoup moins importantes que l'intérêt et les valeurs qui les unissent.

L'union de l'Europe apparait désormais nécessaire pour permettre à ses peuple existence de continuer à exister et de contrôler leur destin

Mais quelle est cette menace ? Vient elle de l'espace ? d'une autre dimension ? Non, elle vient du pays de Bruce willis et des double cheese, au delà de l'atlantique...

Quand l'Amérique nous tombe sur la tête

Commençons par dire qu'Emmanuel Todd, comme il s'en défend lui même , n'a rien d'un "alter-" ou d'un "anti-américain". il affirme être même admiratif du "libéralisme" anglo-saxon ( entendez par la un système respectueux des libertés civiles comme le sont plus ou moins les nôtres). Mais ne soyez pas déçu, car il prévoit rien de moins que l'effondrement inéluctable de l'economie américaine et de sa suprématie !

Les arguments développés sont divers : on y retrouve notamment l'analyse démographique ( avec certains signes alarmants aux États unis, notamment la baisse des couples "interraciaux" et une augmentation de la mortalité infantile et juvénile chez les "afro-americains"). Mais c'est surtout la perspective géopolitique et économique qui constitue le corps de la thèse.

Pour la comprendre, Emmanuel Todd s'appuie sur mise en perspective historique, en comparant la situation actuelle de l'Europe à celle de la Grèce antique..et celle de l'Amérique à celle de l'empire Romain.

Comme vous le savez, les grecs ont fini par être absorbés dans l'empire romain. De grande civilisation, ils ont fini par perdre leur statut au cours de guerre fratricides puis, incapables de s'entendre sur leur union, ils ont laissé le "protecteur" romain ( ...l'Otan de l'antiquité) au cœur de leur système jusqu'à en être prisonniers...

Ajoutons que les grecs eux-même ne se reconnaissent pas comme un peuple...cela doit vous rappeler quelque chose...

Mais le plus intéressant est certainement ce qui suit, puisque selon l'auteur, l'empire Américain touche à sa fin, et que cela ne se fera pas sans dangers...

L'Amérique hystérique, ou le début de la fin

L'empire romain ne s'est pas seulement constitué par la force, sans quoi il n'aurait pas duré autant. Sa force provient aussi de ses "bienfaits" supposés (la pax romana) et de sa vocation "universelle".

Comme l'empire Romain, l'Amérique , suite à la seconde guerre mondiale se place désormais au centre du monde , par la suprématie du dollar ( qui vaut littéralement de l'or), et en se rendant "indispensable" durant la guerre froide comme protecteur du monde "libre".

L'analyse d'Emmanuel Todd insiste sur un point original : à partir de la, l'Amérique vend d'abord de la confiance. Ce système permet dans un premier temps un formidable enrichissement de tous les américains et tire le reste du monde. Mais comme dans l'empire romain, il finit par se dévoyer. Vive la france A partir des années 70, par sa centralité et grâce au dollar, les USA agissent au niveau mondial comme l'état providence qui n'existe pas (encore) à ceci près qu'au lieu de redistribuer ces investissements venus de l'Europe et du monde, elle les engloutis à son profit, sans retour. La crise des sub-primes, et celle des banques ne sont que l'avant dernier avatar d'un phénomène pathologique récurrent depuis au moins 15 ans.

Car ce système, s'il a permit aux USA de devenir l'hyperpuissance, en à fait aussi une puissance obèse toujours plus avide et insatiable. Seul recours pour continuer à ce rythme : s'endetter, en s'appuyant sur la confiance, et son outil financier, le dollar.

Mais voila, la guerre froide est finie. La Russie récupère lentement, la Chine se développe et l'Europe détrône la suprématie du dollar avec l'euro, en quelques années à peine.

Les USA, isolés géographiquement, risquent de se retrouver marginalisés et privés du flux désormais nécessaire pour alimenter une économie qui repose sur un trou béant.

Une seule solution s'impose : se rendre visible, nécessaire. La "lutte contre le terrorisme" leur permettra de se planter en plein milieu, entre la chine et l'Europe, sur le lieux de production du pétrole et de circulation es bien, pour que tout le monde comprennent "combien ils sont nécessaires".

Malheureusement, c'est la un cercle vicieux. Les dépenses engagées creusent encore les déficits monstrueux, détruisant la confiance dans le dollar. Pire encore, la Russie, la Chine et l'Europe, inquiètes, sont conduites à se rapprocher.

Ainsi, la politique hystérique des USA prend tout son sens. Avant hier en irak, aujourd'hui en harcelant la Russie ( qui pourtant n'est plus "communiste") en multipliant les provocations, comme au "bon vieux temps" de la guerre froide.

Le pire ennemi des Etats-unis n'est pas terrorisme. Derrière les barbus, il y a un danger bien plus tangible: l'euro menaçant la suprématie du dollar, et donc directement les intérêts vitaux de l'Amérique.Une Europe unie et autonome est leur pire cauchemar, car il sonnerait le glas de la suprématie et du système américain.

Durant la guerre en Irak Bush se serait exclamé, comme le relayait le monde diplomatique : "l'europe ? je l'ai cassée en deux!". Au lendemain du "non" à la constitution, les NEOCONS étaient les premiers à s'exclamer ( s'esclaffer) " vive la France".

Et après l'empire ?

Mais Emmanuel Todd prévoit une chute inéluctable. Les partisans de l'empire américain peuvent compter sur quelques vassaux en Europe de l'est , sur quelques milliardaires liés à leurs intérêts comme Robert Murdoch ou Declan Ganley et son libertas ( et de facto la foule des "souverainistes" et autres "anti-liberaux" en France et ailleurs), cela ne durera pas toujours. Le président Obama ne pourra rien y changer et se trouvera devant le même dilemme : ou voir les Etats-unis se réduire leur véritable taille, et donc s'effondrer...ou poursuivre la politique du "je suis nécessaire" qu'il n'a plus les moyens d'assurer.

La complexité du monde et la realité économique finira par remettre les USA à leur place réelle, avec une crise au moins aussi violente que celle que connu l'URSS.

Après avoir été libérée de la tutelle coloniale de l'URSS, l'Europe voit maintenant celle des USA péricliter.Cela se produira pas sans dangers pour les anciens peuples inféodés s'ils restent divisés. Mais c'est aussi une chance de retrouver notre liberté et notre véritable place dans l'histoire.

Ainsi, comme on dit dans les contes des fées , le vilain petit anti-Maastrichtien se transforma en Cygne de la constitution Européenne.

Trop souvent, obnubilés par nos disputes intérieures nous oublions qu'il existe un monde en dehors de nos États-nations et de l'Europe. Et ce monde là pourraient bien, si nous sommes divisés, nous balayer dans sa tourmente.

LE XXIeme siècle ne fait que commencer.

Comme le XXème siècle, il apportera son cortège de merveilles, de surprises... et d'horreurs. Des millions d'enfants nés en 1890, en pleine belle époque, ne se doutaient par que leur destin serait de mourir sur les tranchées, sous les bombes ou dans les chambres à gaz.

Qu'en sera il des enfants nés en 1990 ?

L'histoire est en train de s'écrire et nous Européens, si nous surmontons nos divergences et prenons conscience de nos valeurs et de nos intérêts communs , pourront y jouer un rôle positif.

Dans le cas contraire, divisés, nous serons très certainement emportés par les turbulences à venir, sans pouvoir rien y faire.

La question Européenne, et les élections de 2009 (même si elles ne sont pas très sexy) vont peser sur le sort du monde et le notre bien davantage que celle du Président Obama dont le pays est deja le jouet de l'histoire.

Références

L'ouvrage d'Emmanuel Todd : "après l'empire, essai sur la décomposition du système américain",2002

- résumé sur wikipedia

-Disponible neuf ou d'occasion pour moins de 6 euro en poche, notamment ici et la

- Photomontage par moi-même issue de la collection

- Dessin de Roland Topor