La East Side Gallery reprend des couleurs : Interview

Article publié le 19 août 2009
Article publié le 19 août 2009
César Olhagaray, Peintre  Né en 1951 à Santiago au Chili et de nationalité franco-chilienne, César Olhagaray s’installe à Berlin en 1988. Sa passion pour la peinture murale va y prendre une place particulière lorsqu’il est sélectionné parmi des dizaines d’artistes pour créer l’une des 106 peintures du mur de l’East Side Gallery.
Pour les 20 ans de la chute du mur, comme beaucoup d’autres artistes, il vient de rénover son œuvre. Le couturier Daniel Rodan a emprunté le motif de celui-ci pour son projet Mauerkleider – East Side Gallery goes Fashion : des vêtements inspirés des célèbres peintures du mur sont mises en vente aux enchères cet été à l’occasion d’œuvres de charité.

Quel lien avez-vous avec la France ?

Mon père est français mais, même si je peux parler français, je n’ai pas passé beaucoup de temps en France.

Depuis quand vivez-vous à Berlin ?

Je vis à Berlin depuis 1988 mais je suis arrivé en Allemagne en 1974 à Dresde, où j’ai fait l’Académie des Beaux-Arts, suite au putsch de Pinochet. 

Qu’est-ce que vous préférez à Berlin ?

Le mur évidemment. Friedrichshain, le quartier où se trouve l’East-Side Gallery est d’ailleurs mon endroit préféré de Berlin.

Quel est votre mot préféré en français ?

« Voilà » : simple et universel…

Que faisiez-vous à Santiago avant le putsch ?

Après des études d’architecture et de ballet, je suis devenu un leader de la peinture murale et du graffiti à Santiago mais aussi dans tout le pays entre 1971 et 1973. Toujours un pinceau en main et bien souvent contre la loi…

Comment avez-vous pu participer à la création de l’une des peintures de l’East Side Gallery ?

Après la chute du mur, il y a eu une annonce de concours dans un journal pour que l’on présente des motifs. J’y ai répondu et ma peinture a retenu l’attention.

Que représente votre peinture ?

Elle est intitulée « Apocalypse effrayante ». Mon motif n’est pas seulement esthétique, il est aussi critique. C’est un peu de la science-fiction. Je casse non seulement le mur mais aussi la façon de vivre que nous avons aujourd’hui : les machines dominent nos vies et nous ne nous connaissons plus qu’à travers elles. C’est un appel.

Avez-vous facilement accepté de rénover votre œuvre ?

Oui. Ce n’est pas un problème pour moi si les gens prennent des morceaux du mur : les gens s’approprient ainsi notre art et le diffuse. J’ai terminé la rénovation début juin. C’est le même dessin mais il est en même temps différent par la technique utilisée, qui est plus efficace et plus forte.  

Quels sont vos prochains projets ?

J’inaugure une rétrospective à Dresde en juillet sur la peinture surréaliste.

Votre motif est l’un de ceux utilisés par le couturier Rodan pour sa collection « Mauerkleider ». Comment s’est passée cette collaboration ?

Très bien. Il m’a laissé faire moi-même le motif de la robe et m’a donné beaucoup de liberté. J’ai donc beaucoup apprécié travailler avec lui. 

Quel est le prix du vêtement basé sur votre motif ?

3000 €. 

Propos recueillis par Gwenaëlle Ily 

www.cesarolhagaray.blogspot.com

Article paru dans le numéro spécial été de Berlin Poche.