La drague, trait d’union entre les peuples

Article publié le 19 juillet 2004
Publié par la communauté
Article publié le 19 juillet 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Existe-t-il vraiment, ce lover de l’Euroland que le monde entier a testé ?

« J’y vais ou j’y vais pas ? » Cela fait déjà un quart d’heure que nous échangeons des regards à la sauvette. Je lui ai déjà fait de l’œil, des sourires enjôleurs en jouant de mes lèvres rouge framboise sexy. Dois-je aussi montrer lascivement le bout de ma langue pour qu’il vienne enfin vers moi? Je ne peux tout de même pas y aller moi-même...! Je suis une fille...! Non ! Après10 autres minutes de flirt intensif dans sa direction: je le rejoins au bar pour lui demander : « Hace calor, ¿no? » (Il faut chaud ici, non ?). Et je remarque que c’est à partir de là qu’il a chaudet pique un fard. Un peu plus tard, je comprends pourquoi ce flirt a été si désastreux : le mec était mignon, mais allemand, donc pas tellement habitué à la drague.

Tout le monde connaît les clichés de l’Allemand ennuyeux et réservé, de l’Anglais saoûl et braillard. Les hommes connaissent la légende des Scandinaves toujours prêtes, les femmes le mythe du latin lover, du Français galant, de l’Espagnol chaud et de l’Italien irrésistible. Qu’y a-t-il de vrai dans ces préjugés sur la drague que des milliers d’Européens emmènent avec eux en vacances chaque été et qui se bousculent dans la tête des étudiants Erasmus avant même le premier contact avec des « autochtones » de l’autre sexe ? Un voyage dans six villes européennes devrait nous aider à résoudre cette énigme.

Des Parisiens aux yeux avides

Paris - « Pour les Françaises, la rue est une scène où elles aiment être admirées. Alors que les Allemandes attendent d’être dans l’ascenseur de l’entreprise pour troquer leurs baskets contre des talons aiguille rouges, les Parisiennes, sur le chemin du bureau, se pavanent en Gucci et talons hauts sur le pavé » nous explique Sandra, 23 ans, qui a passé un an dans la « ville de l’amour » comme étudiante Erasmus. Elle n’a jamais pu s’habituer à être jaugée en permanence et en plus, à devoir considérer cela comme un compliment : « En Allemagne au moins, on peut passer devant un homme sans qu’il fasse de commentaires ». A cet égard, sa copine française Rachel est aussi peu parisienne qu’elle. « Je n’aime pas du tout ce défilé devant des hommes aux yeux avides». Depuis un an, elle a un petit ami tchèque, et l’expérience lui fait dire que « Lorsqu’un Tchèque te fait des compliments, il est sincère, c’est sûr. Ce n’est pas forcément le cas chez les Français.»

«Les inconnus qui vous interpellent d’un « Ciao Mala » (Salut chérie) quand on se promène sur les berges sont bien plus rares, pour la simple raison que nous sortons toujours en groupe », raconte Iva Ploj, 27 ans, de Ljublana, qui étudie la musicologie en Allemagne. « Et c’est aussi bien comme cela, car le rythme de la drague s’en trouve extrêmement ralenti. Finalement, il faut d’abord tout mettre à plat avec les copines, dit-elle en ricanant. Mais quand on est vraiment amoureux, on retombe complètement en enfance ». Ainsi, son premier rendez-vous d’amoureux avec son copain du moment, elle a regardé une comédie sentimentale qu’elle avait déjà vu à 15 ans.

Snuppa veut dire «mignonne»

En dépit du mythe bien ancré de la Scandinave très libre, Solweigh, 29 ans, originaire de Trondheim en Norvège, peut se targuer de savoir résister à la drague. Son ami du moment a dû lui faire la cour pendant trois ans, non seulement avec des compliments et des cadeaux, mais aussi avec de touchantes lettres d’amour qui commençaient toujours par sota ou snuppa : mignonne. « Mais c’est seulement quand il s’est résigné à ne plus m’avoir que soudain, je suis tombée amoureuse de lui. Nous venons de fonder une entreprise d’informatique où le partage des tâches est parfait : je m’occupe des logiciels, lui du matériel ! ».

En revanche, la drague se fait vraiment obscène un peu plus au sud, dans le Newcastle anglais : les filles qui se saoulent à mort (on connaît cela en Allemagne aussi) dans un des rares bars qui sont ouverts tard dans la nuit ont pour devise: « J’ai du ventre, et alors ? C’est pas un raison pour le planquer sous mon t-shirt ! ». Daniel, étudiant allemand qui est ici pour un échange, a été étonné de voir à quel point les techniques de drague locales sont offensives : « Se jeter des regards pendant des heures d’un bout à l’autre du pub est trop fatigant pour les Anglais, une tape sur les fesses, c‘est plus clair et surtout plus simple. Et les femmes n’ont pas l’air gênées que leur nouveau cavalier préfère peloter des fesses d‘une inconnue plutôt que de danser le blues jusqu’au bout avec elles. Ici, les aventures d’un soir font autant partie de la vie étudiante que les soirées, les chats et dans une moindre mesure, les cours magistraux ». Ce genre de mœurs a forcément des conséquences : nulle part ailleurs le nombre de adolescentes enceintesest si élevé qu’en Grande-Bretagne. Pourtant, sur l’île, on peut se procurer gratuitement tous les types de contraceptifs.

Les Polonaises sont compliquées

Une telle situation serait inconcevable en Pologne. Et même la manière d’aborder l’autre sexe estrégie par des règles officielles. « La tradition interdit à la femme d’adresser la parole à un homme qu’elle trouve intéressant», dit Jarek Domanski, un étudiant de Varsovie. « Les filles de Pologne sont beaucoup plus compliquées que celles du reste de l’Europe et des Etats-Unis. Les traditions, et le catholicisme en particulier jouent chez nous un grand rôle ! » La crosse papale est tout aussi respectée en Italie ce qui n’empêche pas les Italiens de passer les meilleurs amants du monde. « En Italie, il y a une maladie nationale : l’amour de l’amour. Sans le flirt, les belles femmes et le cœur qui s’emballe, la vie est vraiment trop terne ». dit Mimi, un Turinois de 25 ans. Sa camarade Daniela, 24 ans, lui donne raison: « Ici, les hommes te font sans cesse des compliments sur ton apparence, ils paient tout le temps l’addition et demandent même poliment si, maintenant, tu veux bien qu’ils t’embrassent. Etre jolies et rire de leurs plaisanteries, c’est tout ce qu’ils nous demandent. Les hommes sont les chasseurs et nous le gibier ».

Finalement, nous ne savons toujours pas de quelle nation viennent les meilleurs amants d‘Europe. Seule issue possible : jetez un coup d’œil autour de vous, en Europe, et couronnez vous-même l’Eurolover 2004 de votre choix !