La distinction sexuelle, pilier de la théocratie en Iran

Article publié le 9 mars 2016
Article publié le 9 mars 2016

La Journée mondiale des femmes est l’occasion de revenir sur la situation qu’elles vivent dans une théocratie comme l’Iran. Le régime totalitaire religieux s’appuie sur le principe du « Guide suprême » pour instaurer une misogynie institutionnalisée.

Celle-ci tire sa justification et sa base théorique du Figh (la jurisprudence religieuse) qui couvre tous les aspects de la vie individuelle et sociale. Ce manuel érige la discrimination sexuelle comme le pilier d’une idéologie basée sur la différence des sexes.

La femme serait une esclave au service de l’homme, ce qui revient à une négation de son identité. Selon l’échelle de valeurs des intégristes, les différences physiologiques sont considérées comme des facteurs déterminants. Cela tourne à l’obsession, à la pierre angulaire d’une pseudo-philosophe, à la fois source d’inspiration et justification de la violence.

« Le cerveau des hommes est plus grand »

Or le Coran est fondé sur des critères bien différents qui sont  la connaissance, le libre choix et la responsabilité.

Ali-Akbar Rafsandjani, ancien président des mollahs, chouchouté par une certaine presse parisienne comme un modéré a déclaré : « La différence de taille, de vitalité, de voix, de développement, de qualité musculaire et de force physique entre un homme et une femme démontrent que les hommes sont plus forts et plus capables dans tous les domaines (…) le cerveau des hommes est plus grand (…). Ces différences président à la délégation des responsabilités, des devoirs et des droits ».

Les intégristes nient l’humanité des femmes et pour tempérer ce scandale,  ils s’efforcent d’atténuer leurs propos. Un de leurs théoriciens, Morteza Motahari, dans L'ordre des droits des femmes dans l'islam, soutient que « toutes les femmes aiment à être dirigées (…) La supériorité spirituelle des hommes sur les femmes a été conçue par Mère Nature. Les efforts des femmes pour combattre cette réalité sont futiles, elles doivent s’y plier : elles ont besoin que les hommes contrôlent leur vie parce qu’elles sont plus sensibles ». Motahari est une référence souvant cité par les autorités iraniennes de tout bord.

Le message fondamental du système de valeurs des mollahs, de leurs lois et de leurs pratiques est le suivant : de même que Dieu est supérieur aux hommes, les hommes sont supérieurs aux femmes, faibles par nature. Elles sont donc leur propriété. D’après les mollahs « c’est le devoir légal de la femme d’obéir à son mari. Cette obéissance, comme toutes les soumissions obligatoires, tombe dans le domaine de l’obéissance à Dieu ».

Une évolution en trompe-l'oeil

Dans la conception intégriste, les femmes sont des citoyens de seconde zone. Elles n’ont pas leur place au gouvernement, ni dans la magistrature, ni dans les instances dirigeantes, ni dans aucune fonction sérieuse qui traite de la gestion des affaires de la société. Ils ont même déclaré que « les femmes doivent être maintenues dans l’ignorance pour s’assurer de leur docilité ».

D’après Mohammad Yazdi, qui siège au puissant Conseil des gardiens, « dans l’islam tel que nous le comprenons et le pratiquons, être juge et gouverner est interdit aux femmes, peu importe leur degré de connaissances, de sagesse, de vertu ou de compétence. » Yazdi a également déclaré : « Les êtres humains ne se prosternent que devant Dieu mais sans ce précepte, les femmes devraient se prosterner devant leur mari ».

En 1962, Khomeiny s’était violemment opposé au droit de vote des femmes : « Elles ont été autorisées à travailler dans les bureaux et partout où elles passent, les bureaux sont paralysés (…) Dès qu’une femme entre dans un système, elle le perturbe ». Une fois au pouvoir, l'ancien guide spirituel de la révolution islamique avait besoin des femmes juste pour plébisciter sa théocratie. Mais il a pris le soin de limiter leur impact interdisant l’accès à des postes de responsabilité majeur : aucune femme au Conseil des gardiens.

On comprend par conséquent que ce n’est pas la présence de seulement 14 femmes dans le nouveau Majlis (élues au Parlement suite au premier tour des élections législatives du 25 février dernier, ndlr) sous la domination d’un nombre écrasant de mâles obscurantistes qui va changer la donne en Iran. Pourtant c’est ce que certains lobbies déguisés de l’Iran sous les apparences de chercheurs ou universitaires nous rabâchent régulièrement sur les plateaux de télévision en France.