La détresse oubliée du Donbass

Article publié le 6 juin 2017
Article publié le 6 juin 2017

Il y a un peu plus de trois ans, le conflit dans l’Est de l’Ukraine éclatait. Si le conflit ne fait plus la une de l’actualité, les besoins humanitaires sont toujours importants. C’est pour cela que des représentants de l’Akhmetov Rinat Humanitarian center sont venus présenter leur travail à Bruxelles, le 30 mai dernier. 

Que sait-on du Donbass aujourd’hui ? Hormis les documentaires et vidéos de propagande d’un camp ou de l’autre, il est vrai que peu d’informations fuitent sur le conflit, plus de trois ans après le tournant de Maïdan, l’arrivée au pouvoir en Ukraine de Petro Porochenko (pro-Européen) et la prise de pouvoir des régions de Donetsk et de Lougansk par les pro-Russes.

Les tensions sont pourtant toujours prégnantes, au vu des derniers incidents, il y a quelques jours.

Si les difficultés politiques que soulèvent ce conflit sont bien réelles, une autre facette n’est que rarement évoquée : les besoins des populations sur place et l’aide humanitaire. La détresse de milliers d’habitants est pourtant bien réelle. C’est ce que sont venus présenter au Press Club de Bruxelles des représentants de l’Akhmetov Rinat Humanitarian center, le 30 mai dernier.

Cette association, du nom de l’oligarque ukrainien également Président du club phare du football ukrainien, le Shakhtar Donetsk, a vu le jour 6 août 2014 sous l’impulsion de l’homme d’affaires, dans le but de venir en aide aux populations des régions de Donetsk et Lougansk, prises en otage par le conflit.

Comme l’ont expliqué des délégués de l’association à CaféBabel: « Personne ne pensait que les hostilités allaient durer autant de temps lorsqu’elles ont éclaté. Et après trois ans, elles ont fait des ravages dans la région ». Effectivement, d’après l’ONU, plus d’un million d’enfants seraient dans le besoin dans le Donbass. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres pour décrire la catastrophe humanitaire qui sévit en Ukraine orientale. « Certaines zones sont totalement dépourvues de vivres et d’eau. Il n’y a pas non plus d’électricité », poursuivent les représentants.

"Chaque histoire individuelle est un drame"

C’est pour cela que l’organisation, qui n’est pas la seule sur le terrain pour assister les victimes du conflit, a ouvert plus de 50 centres dans la région. L’ancien stade du Shakhtar Donetsk (l’équipe a depuis migré vers l’Ouest) a d’ailleurs été réquisitionné pour devenir le principal centre logistique de la fondation. Le contraste est saisissant, alors que ce stade était encore utilisé quelques années auparavant pour accueillir des matchs de l’Euro de football, en 2012. De là, l’aide a pendant longtemps été cordonnée : l’aide alimentaire, médicale mais également psychologique, qui est essentielle dans les territoires en guerre.

« Chaque histoire individuelle est un drame », confie Alexander Vishnyakov, directeur du centre humanitaire, en conférence de presse. Il conte ainsi l’histoire d’une femme qui s’était résignée à manger ses propres plantes pour survivre, avant que de l’aide puisse lui être fournie. « Le conflit a atteint un tel niveau que le seul objectif est à présent de sauver les habitants », ajoute-t-il. C’est ainsi que plus d’un million de personnes ont reçu de l’aide humanitaire depuis le début des hostilités.

D’autres personnes, victimes de la guerre, étaient également venues présenter leur histoire durant cette conférence de presse, notamment Olga Abdurashitova et sa petite-fille, Milana.  Milana avait trois ans, en 2015, lorsque la ville de Marioupol fut bombardée. Elle y perdit sa mère et fut amputée d’une jambe. Olga tient à préciser que cette histoire est l’un des milliers récits que l’on peut entendre sur place. « Rinat nous a fourni une aide psychologique et médicale nécessaire pour que Milana continue à vivre », ajoute-t-elle.

Le travail des ONG entravé

Bien que cette aide humanitaire soit plus qu’essentielle aujourd’hui et que la misère n’ait pas été éradiquée dans l’est de l’Ukraine, les ONG et autres fondations humanitaires voient leur travail entravé à cause du conflit entre le gouvernement et les séparatistes. C’est ainsi que le centre humanitaire a récemment dû stopper son activité dans certaines régions proches de la ligne de front et qu’il ne peut plus opérer comme il le souhaiterait.

Si les tensions géopolitiques dans l’Est de l’Europe ne font donc plus nécessairement la une de l’actualité depuis quelques semaines, ces témoignages nous rappellent malheureusement que les populations sur place ne sont pas pour autant sauvées.