La démocratie gagne l'Europe centrale

Article publié le 18 janvier 2005
Publié par la communauté
Article publié le 18 janvier 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Dans les années 80, il paraissait impossible que les pays communistes se démocratisent. Non seulement ils y sont parvenus, mais en plus, certains d'entre eux ont intégré l'UE?

La démocratie est en train de gagner. D'après une étude récente de l'Université du Maryland (Etats-Unis), près de 60%de l'humanité vit actuellement sous un gouvernement démocratique, alors qu'il y a seulement 20 ans, ce chiffre était de 38%. Bien que les évènements en Ukraine nous rappellent que si la vague démocratique qui a submergé la plupart des pays de l'ancien bloc soviétique n'a pas entièrement balayé les gouvernements autoritaires, le libéralisme a remporté des succès dans des pays de l'Europe centrale : la République Tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie.

Les organisations internationales forcent ce changement

Dans son livre Le Futur de la Liberté, Fareed Zakaria distingue les authentiques démocraties libérales et de celles qui ne le sont pas. Dans les premières, le droit de propriété est protégé, le pouvoir judiciaire est indépendant et les libertés civiques sont garanties. Dans les secondes, les « élections libres » ne peuvent cacher la réalité de la responsabilité minimale du gouvernement et le fait que les libertés civiques sont réduites à cause de la faiblesse de la législation.

Contrairement à la théorie classique selon laquelle un nationalisme ethnique inhérent aux nations d’Europe centrale et orientales les rend mal adaptées aux valeurs civiques libérales et démocratiques, l’adhésion à l’UE montre à quel point les normes libérales ont pris racine en Europe centrale. L’adhésion à des organisations internationales, selon des critères économiques et politiques stricts, a aidé à effacer les principes non libéraux de ces régimes. Par exemple, sous le règne du Premier ministre nationaliste populiste Vladimir Meciar, la Slovaquie ne put rejoindre l’OTAN, et son statut européen ne fut entériné qu’une fois que les politiques de discrimination officielle à l’encontre des Hongrois et des Roumains eurent été abandonnées.

D’après l’étude la plus récente de l’ONG américaine Freedom House, tous les Etats d’Europe centrale ont assis leurs réformes structurelles afin de consolider les normes démocratiques libérales. Ils atteignent désormais les niveaux les plus élevés possibles en ce qui concerne les droits civiques et politiques. A l’inverse quand la région était au bord de la révolution en 1989, ces libertés étaient fortement réduites par les régimes communistes. Les systèmes politiques sont maintenant vraiment occidentaux : les élections sont libres, régulières, et justes ; la liberté d’expression ne connaît pas d’obstacles ; le pouvoir judiciaire exerce un contrôle efficace sur le pouvoir gouvernemental.

Le libéralisme économique mène à la démocratie

Parallèlement, le niveau de libéralisme des démocraties de l’Europe centrale doit aussi être mesuré en termes de liberté économique, c’est-à-dire en évaluant la possibilité pour la population d’exercer une activité économique sans intervention de l’Etat. Les recherches de l’Institut Fraser démontrent que l’Europe centrale a parcouru un long chemin en libéralisant ses marchés et en donnant plus de liberté à l‘économie, ce qui veut dire que malgré l’état désastreux de l’économie en 1989, la croissance de l’Europe centrale est forte. Dans la décennie 1993-2003, le PIB national a augmenté entre 200 et 250% et le PIB par personne a vu son taux augmenter entre 2 et 5% par an (chiffres de la Banque Mondiale). La richesse individuelle a augmenté et la pauvreté a baissé. De plus, l’inflation effrénée, fléau des économies post-communistes, a aussi été récemment jugulée. Il faudra certes encore quinze à vingt ans à l’Europe centrale pour rattraper l’Ouest, mais c’est l’une des régions à la croissance la plus rapide au monde, loin devant d’autres anciens états communistes qui ont échoué dans leur démocratisation.

En 1989, l’Europe centrale portait les signes chaotiques d’une transition post-communiste : un nombre excessif de faiblesses, des partis politiques désorganisés et un nationalisme populiste. Quelques cicatrices perdurent mais désormais ces états ont mûri en démocraties libérales à l’occidentale. La consolidation des partis politiques en blocs stables se poursuit à différentes vitesses. La Hongrie s’est presque transformé en système à bipartisan, tandis qu’en Slovaquie, Mikulas Dzurinda a remporté deux élections successives, premier Premier ministre à réaliser cette performance dans la région. Les Etats qui ont fait le plus de progrès dans la libéralisation économique sont aussi ceux qui ont fait les plus grandes avancées dans le renforcement de l’Etat de droit, consolidant ainsi la démocratie. Contrairement à la corruption continue et à la stagnation économique des Etats de l’ancien bloc communiste qui ne sont pas entièrement démocratisés, l’Europe centrale a été témoin d’une remarquable transition.