La décentralisation, second souffle pour l'Afrique

Article publié le 24 mars 2016
Article publié le 24 mars 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En Afrique, bien que présente dans les débats publics dès le lendemain des indépendances, la décentralisation territoriale n’a réellement été mise en œuvre que dans les années 1990, sous la pression des peuples et des organismes internationaux. Durant les décennies de colonisation, l’Etat centralisé a instauré un régime d’administration directe où des chefferies traditionnelles lui servent de relai. L’objectif principal était de contrôler à moindre coût les populations locales, notamment pour la production de cultures commerciales importées en métropole. Après la décolonisation, des pouvoirs centraux souvent remis en cause pour des raisons ethniques, politiques ou économiques ont tenté de centraliser le pouvoir afin d’assoir leur autorité dans un contexte extrêmement volatile. La décentralisation territoriale commencera finalement à émerger dans de nombreux pays d’Afrique de l'Ouest et du Nord au début des années 1990.

Avec l’entrée dans cette décennie, de nombreux régimes autoritaires sont déposés – citons l’exemple du Mali, où une insurrection populaire renverse le régime de Moussa Traoré en mars 1991. Les nouvelles républiques démocratiques qui apparaissent commencent à inscrire la décentralisation dans leur Constitution - une voie privilégiée pour le développement. La décentralisation est en effet très bénéfique pour les laissés pour compte des pays où elle a lieu – des citoyens qui à cause de la marginalisation ne sont pas en mesure d’apporter leur concours au développement national. De fait, promouvoir le développement local permet une meilleure redistribution des rôles, des fonctions et des capacités des populations à mobiliser des ressources au service de la communauté en connaissance de cause – ce qui est un facteur clé dans des pays aux environnements, ethnies et religions variées. La décentralisation valorise l’initiative communautaire tout en construisant la citoyenneté locale. Les apports d’interdépendance régionaux peuvent ainsi être transformés en avantages. Mais elle se heurte à un certain nombre d’obstacles qui sont dus à la complexité et aux spécificités liées au contexte des pays africains. Elle ne doit pas se contenter d’être une idée ou un politique dans le vide, mais doit s’accompagner de moyens.

Deux poids, deux mesures

Le processus de décentralisation ne peut être effectif que si la dévolution des compétences s’accompagne de compensations budgétaires. Dans toutes les villes du pays, les élus locaux font face à de nombreux défis : développement économique, santé, éducation, protection du cadre de vie, etc. La méfiance de certaines populations quant au pouvoir central (promesses non tenues, concurrence d’intérêts économiques, rivalités ethniques…) rend la tâche de l’Etat complexe. Il doit faire le grand écart pour d’une part conserver son pouvoir de définition de la stratégie globale et de contrôle, tout en délégant – certains voient dans la décentralisation un moyen d’exercer un contrôle plus accru. Ainsi, le Président malien a nommé comme ministre de l’administration territoriale et des collectivités locales l’ancien chef d’état-major du dictateur Moussa Traoré, clairement fermé à l’expression des pouvoirs ascendants caractérisant la décentralisation.

D’autres initiatives sont sincères. Il s’agit de les applaudir. Au Niger, la loi n°60 du 30 avril 2002 portant création des communes et fixant le nom de leurs chefs-lieux a découpé le territoire de la République du Niger en 265 communes (urbaines et rurales). Pour assoir cette découpe, l’Etats s’est appuyé sur la chefferie traditionnelle, qui associe une bonne connaissance de ses territoires, et une expérience de l’exercice du pourvoir. Suivant un angle plus économique, la réalisation de la nouvelle route côtière méditerranéenne dans le Rif oriental au Maroc est un bon exemple de construction d’un axe afin de permettre la remise à niveau économique de la montagne rifaine, espace marginal au sein du territoire national. En crise depuis le début des années 1980, ce territoire voit grâce à cet axe apparaitre de nouveaux espoirs de développement, qui à termes permettront une valorisation des ressources locales et un apport substantiel à l’économie du pays.

Le désenclavement au Tchad : « un projet de société impulsé par Idriss Déby Itno »

C’est également le cas au Tchad, où le président Idriss Déby Itno a lancé une lutte de longue haleine visant à disperser le pouvoir central exercé par N’Djamena en décentralisant et en désenclavant les territoires – rappelons que la distance à la mer est un facteur clé.  Tout commence avec la Conférence nationale souveraine, organisée en 1993, qui avance la création d’un Etat unitaire fortement décentralisé. En plus de la mise en place de conseils municipaux, le gouvernement a lancé une campagne d’informations sur la décentralisation afin que les populations se familiarisent avec les nouveaux enjeux et pouvoirs que leur accordent ce système. Il s’agit proprement de donner une voix à tout un chacun. De fait, chaque semaine, le ministère de l’Aménagement du territoire, de la Décentralisation et des Libertés locales fait paraître un article sur la décentralisation dans une quinzaine de journaux de la presse locale. « Nous osons croire qu’à l’issue de cette série de publication, quelques dimensions de la politique de la décentralisation seront mieux cernées par une bonne frange des acteurs concernés », soutient M. Yokabjim Mandigui.

« La politique de décentralisation au Tchad fait partie intégrante du projet de société impulsé par Déby Itno, président de la République, chef de l’Etat dans son programme politique. Ce projet de société qui a pour objectif de traduire dans les faits les aspirations profondes des citoyens au bien-être et à une vie meilleure demeure la priorité des priorités du gouvernement », affirme le ministre de l’Aménagement du territoire, de la Décentralisation et des Libertés locales. Une écoute des intérêts des plus petits qui n’est pas si fréquente en Afrique. Mais il est fort à parier qu’en termes de développement, en soutien d’initiatives périphériques qui jouent un rôle majeur dans le l’émergence d’un pays, des initiatives de cette sorte porteront leurs fruits dans un futur proche. Un autre exemple d’action qui, en organisant le vivre ensemble, consolide l’union nationale.