La danse de l'euro-Sarko

Article publié le 5 juin 2007
Article publié le 5 juin 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le président français fait partie d’une nouvelle génération d'hommes politiques où le volontarisme le dispute à l’énergie : mais sa stratégie inter-gouvernementale sera t-elle suffisante pour relancer l’Union ?

Les premiers gestes politiques de Sarkozy ont été marqués du sceau européen : le nouveau président français a des idées bien arrêtées sur l'Europe qu'il souhaite.

Le 4 juin, il rencontrait l'Italien Romano Prodi ; le 31 mai, il était en compagnie du Premier ministre espagnol Rodríguez Zapatero et une semaine plus tôt aux côtés du président de la Commission européenne, le Portugais Durão Barroso. Le soir même de son entrée en fonctions à l’Elysée, Nicolas Sarkozy s’est rendu en Allemagne pour y rencontrer son homologue Angela Merkel, qui s’apprête à clore sa présidence du Conseil européen. Début mai, il donnait déjà l'accolade au chef du gouvernement britannique Tony Blair.

Cette tournée calculée des dirigeants des plus puissants pays de l'Union augurerait t-elle d'une Europe à plusieurs vitesses ?

Un pragmatisme de type protectionniste

Entre footing et séances photos dans les environs de Paris, l'ancien leader de l'UMP n’est pas vraiment le partisan d'une Europe tranquille. L'homme a tout du pigeon voyageur, grand instigateur de réformes et adepte de résultats rapides a déclaré à Bruxelles le 23 mai qu’il entendait éloigner l'UE de « la paralysie relative qui l'affecte » en apportant « une réponse aux nécessités du moment et doter la politique extérieure communautaire de cohérence ».

Nul doute que Sarkozy souhaite secouer une Union confortablement engoncée dans le ronronnement régulier des discours grandiloquents, des mots pesés, du consensus à tous crins et de l’imbroglio constitutionnel. Barroso a d'ores et déjà montré tout le bien qu'il pensait du nouveau chef de l'état français, espérant qu’il mettrait son « volontarisme, son enthousiasme et son plaisir de la politique » au service de l'Europe.

Sarkozy veut donc dès à présent se concentrer sur les problèmes les plus urgents et s’y attaquer sans détours. Pour lui, le premier objectif est de faire approuver un « traité simplifié » qui résume les droits fondamentaux et les politiques communautaires : des thèmes qui ont justement suscité la méfiance des Européens et particulièrement de ses compatriotes.

Concernant l’élargissement, bien qu’il ne soit pas opposé à l'ouverture de nouvelles négociations entre l'UE et la Turquie, Sarkozy a affirmé que « la Turquie n'entrait pas dans les frontières communautaires ».

En matière institutionnelle, le nouveau président a plaidé pour une sortie de la règle de l’unanimité, insistant sur l’urgence d’accélérer la prise de décisions. Sa proposition : le système de la double majorité qualifiée, des pays et des citoyens. Décidé à ce que les choses avancent à l’avenir, Sarkozy n'a pas écarté le principe des « coopérations renforcées » prévues par le Traité de Nice : soit des réunions privées qu’il baptise ‘Directoire’ ou ‘G5 européen’ entre certains pays [France, Allemagne, Italie, Espagne et Royaume-Uni 'Directoire' ou 'G-5 européen'] afin de mettre en place de manière plus approfondie certaines politiques, sans être freinés par les réticences d'autres États membres.

Nouvelle prééminence de l’ ‘inter gouvernementalisme’

L'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée est aussi synonyme d’une vision intergouvernementale de la construction européenne. Il s'est déjà prononcé en faveur d'une participation des gouvernements des Vingt-Sept dans les décisions de la Banque Centrale Européenne, ainsi qu'au retour à un certain protectionnisme commercial européen avec ce qu'il appelle la « préférence européenne » , une notion qui hérisse les pays dont l'économie dépend largement de l'exportation, comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni. Illustration flagrante de cette stratégie, la réunion de Sarkozy avec Barroso le 23 mai à Bruxelles alors que le Parlemen était réuni à Strasbourg, a obligé le président de la Commission à sortir des sessions et revenir en toute urgence dans la capitale européenne pour échanger quelques mots avec le nouveau président français.

Scénario plausible : ces prochaines années, il est fort à parier que le Royaume-Uni -avec désormais à sa tête Gordon Brown- essayera de négocier la réforme du budget européen pour réduire la part de la politique agricole commune (PAC) tandis que la France plaidera pour rétablir les prix subventionnés aux agriculteurs.

Enfin, Sarkozy considère comme « non négociable » ce qui est jugé par beaucoup comme une absurdité logistique : à savoir, le siège du Parlement situé à Strasbourg au lieu de Bruxelles où sont localisés l’ensemble des services administratifs. Bruxelles où les parlementaires passent trois semaines sur quatre par mois alors qu’ils n’en passent qu’une dans la capitale alsacienne, lors des séances plénières uniquement.

Une opportunité dans l'air

Nous vivons une époque dans laquelle les grandes puissances restent aborbées par leurs propres problèmes et il est probable qu’elle ne souhaitent pas interférer avec les membres de l'UE. Les États-Unis sont en train de perdre deux guerres, celle de l'Irak et celle de l'Afghanistan, et le président Georges Bush est en mauvaise posture. Pendant ce temps-là à l’Est, Poutine achève son mandat présidentiel. Mais l’Union est loin de mettre à profit cette absence des deux grands pour imaginer de réelles évolutions à long terme de la construction européenne. Malgré son dynamisme et son énergie, Sarkozy n’a rien du visionnaire dont a besoin l'UE pour lui donner un nouveau souffle et lui permettre d'être non seulement plus démocratique mais plus unie.