La Dame aux camélias. D'après l’œuvre d'Alexandre Dumas, mise en scène de Frank Castrof.

Article publié le 15 février 2012
Article publié le 15 février 2012
Par Maxime Calligaro En se rendant au Théâtre national en ce dimanche après midi, nul ne peut s’attendre à ce que la romance entre Marguerite Gautier, courtisane tuberculeuse, et Armand Duval, jeune bourgeois et amoureux transis, puisse être contée entrecoupée par le récit des dernières minutes du régime de Ceaușescu, le monologue d’une drama queen sadomasochiste ou une version opéra-rock de
‘Roxanne’ de Police.

Cette adaptation très libre et libérée de la ‘Dame aux Camélias’ met en scène les célèbres amants du roman de Dumas fils ainsi qu’une ribambelle de personnages aussi graves que loufoques, parfaitement décalés mais superbement intégrés dans un décor amovible et imposant qui donne par moment à cette pièce de Castrof des allures de spectacle de cabarets.

Des acteurs sensationnels

Les acteurs, dont la performances est à couper le souffle, prennent un plaisir palpable à interpréter la vingtaine de personnages qui constituent cette mosaïque son et lumière du metteur en scène allemand. Des acteurs époustouflants, oui, mais c’est bien à la mise en scène que revient la vedette. Le décor, on l’a dit, mais aussi et surtout le mélange entre des échanges scéniques classiques et des tirades filmées et projetées en temps réel et dont les plans rapprochés donnent au jeu des acteurs une profondeur saisissante. Tout aussi saisissants sont le phrasé moderne et vulgaire des personnages ainsi que les immense affiches qui ornent la face B du décor tournant -une boite de nuit des années 80- montrant le colonel Kadhafi embrassant Silvio Berlusconi comme du bon pain ou encore Adolf Hitler marchant cote-à-cote avec Franco le tout sous-titré « Europe sans frontières » ; On se rassure en voyant que ces provocations amusent beaucoup la bande de sexagénaires placée au second rang.

Une pièce à ne pas manquer

Plus qu’une adaptation donc, une revisite décapante et perturbante. A noter : les historiettes anachroniques qui entourent le récit rendent étrangement bien l’image d’un Paris mondain du 18eme, mêlant libertinage et amour bourgeois, insalubrité et luxe, bonnes mœurs et syphilis, le tout sur fond d’idéologie des lumières et de discours révolutionnaires. En définitif, une pièce à aller voir, mais à condition d’en avoir le temps. On regrettera en effet la longueur de cette pièce (4 heures tout de même !) qui peine à se terminer et qui, bien que le sens de la scène des acteurs soit irrésistible, tend à lasser un spectateur déboussolé et un peu mal à l’aise par moment.