La culture compte !

Article publié le 3 janvier 2006
Article publié le 3 janvier 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Alors que la question du budget européen risque de déchirer le Conseil européen de Bruxelles des 15 et 16 décembre, il est temps de réaliser que les initiatives culturelles n’obtiennent pas assez de fonds. Le point avec Isabelle Schwarz, de la Fondation Européenne pour la Culture.

« Les marchés économiques ne constituent pas à eux seuls l’Europe, il faut aussi compter avec les valeurs et la culture. La culture donne un sens à notre vie», affirmait lui-même José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, en novembre dernier lors d’une conférence « A soul for Europe » (Une âme pour l’Europe) à Berlin.

De vains mots

De plus en plus de politiciens s’accordent ainsi à reconnaître que la culture peut jouer l’élément fédérateur d’une Union européenne élargie. Ceux-ci adhèrent d’ailleurs à l’idée selon laquelle le projet européen s’écroulera si les citoyens n’y sont pas activement engagés. Les arts et la culture pourraient jouer un rôle beaucoup plus important en termes d’intégration, à condition de leur fournir le soutien financier adéquat, tant au niveau européen qu’au niveau national.

« Culture 2000 » est aujourd’hui la seule structure européenne imaginée pour la coopération culturelle. Valable jusqu’en 2006, son budget global tourne autour des 236,5 millions d’euros, soit 33, 7 millions d’euros par an. Cette somme, comparable à celle dont dispose en moyenne chaque année l’opéra d’une grande métropole européenne, doit ici se répartir entre 25 Etats-membres et concerne plus de 450 millions d’habitants.

Le fossé entre la rhétorique européenne sur l’importance de la culture et le financement en faveur des actions culturelles devient encore plus flagrant lorsque l’on jette un œil aux autres frais du budget communautaire. En 2005, le montant de l’aide financière octroyée aux producteurs de bananes des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (Groupe ACP) équivalait celui attribué au programme « Culture 2000 » (34,5 millions d’euros). Un chiffre qui est d’ailleurs bien loin d’atteindre celui des dépenses annuelles pour les noix (97 millions d’euros), des primes accordées aux fabricants de tabac (940 millions d’euros ) ou des subventions pour l’huile d’olive (2,3 milliards d’euros).

70 centimes pour la culture

En mars dernier, la Fondation européenne pour la culture (ECF) et le Forum européen pour les arts et le patrimoine (FEAP) ont lancé une campagne pour consolider les financements communautaires en matière culturelle. La somme actuelle s’élève à 7 centimes par citoyen européen. Ajouter un 0 à ce chiffre aurait un énorme impact sur le nombre et la portée des projets culturels qui influent la vie de nombreux Européens sans pour autant grever le budget des 25. La proposition de faire passer cette contribution de 7 à 70 centimes par habitant et par an suffirait à soutenir des milliers d’artistes et d’acteurs culturels à travers le continent. L’initiative encouragerait en outre la coopération transnationale et la mise en œuvre de projets entre UE et ses pays voisins, tout en favorisant l’émergence d’une dimension culturelle dans la politique extérieure de Bruxelles.

Grâce aux opérations de lobbying menées par les responsables de la campagne, le Parlement européen a accepté d’allonger le budget pour le prochain programme « Culture 2007 » (censé prendre fin en 2013) à 600 millions d’euros, représentant 19 centimes par citoyen et par an. Relatif succès, ces 19 centimes accordés sont toutefois bien loin des 70 centimes nécessaires. Et rien n’assure en outre que cette somme soit approuvée pour les perspectives financières de 2007-2013, vu les actuelles tensions entre Etats-membres.

Lorsque le Conseil européen rouvrira la table des négociations cette semaine, nous devrions être en mesure de voir quels sont les gouvernements prêts à investir dans leur futur et à traduire enfin leurs belles paroles en actions concrètes, injectant les subsides nécessaires aux thèmes dits « secondaires », comme la culture. En l’absence de compromis, aucune nouvelle initiative ne pourra remplacer les programmes existants, à l’image de « Culture 2000 », qui disparaîtront en 2006.