La cuisine française : le début d'un déclin ?

Article publié le 13 mai 2014
Article publié le 13 mai 2014

Dans le monde de la gastronomie, qui tient la vedette ? On mesure tous l'importance de la cuisine française dans le monde entier, mais les critiques tombent-ils d'accord ?

La revue an­glaise Res­tau­rant vient de pu­blier un pal­ma­rès des 50 meilleurs res­tau­rants du monde, et quelle sur­prise ! Aucun res­tau­rant fran­çais ne fi­gu­rait dans le Top 10. Que se passe-t-il ? Se­rait-ce un com­plot contre la cui­sine fran­çaise ? La qua­lité se­rait-elle moindre ? Les goûts se­raient-ils en train de chan­ger ? Le Monde re­laye l'info et fait re­mar­quer que le clas­se­ment de 2014 est re­pré­sen­ta­tif d'un phé­no­mène qui se pro­longe de­puis ces dix der­nières an­nées : il y a de moins de moins de res­tau­rants fran­çais dans le clas­se­ment de Res­tau­rant. Tan­dis qu'en 2004 la cui­sine fran­çaise était re­pré­sen­tée par 15 noms, cette année, seuls 5 res­tau­rants ont pu se faire une place dans la liste.

Alors que les res­tau­rants es­pa­gnols font car­ton plein, les Fran­çais n'ont pas réussi à dé­pas­ser la on­zième place. De­vant eux se trouvent les Ita­liens, les Amé­ri­cains et deux res­tau­rants an­glais ont réussi à se fau­fi­ler dans les dix pre­mières places. En tête de liste, le Da­nois Noma, suivi de l'Es­pa­gnol El Cel­ler de Can Roca, la Os­te­ria Fran­ces­cana pour les Ita­liens, le Ele­ven Ma­di­son Park de New York et le Din­ner de Londres.

Je ne vais pas faire celui qui jette la pierre à la cui­sine fran­çaise, mais ce qui est sûr c'est qu'après un mois et demi passé en France,  je n'ai pas eu l'oc­ca­sion de tes­ter de la haute cui­sine. Je n'en ai pas non plus vu à Lyon quand j'y suis passé il y a deux ans, bien que ceci soit sû­re­ment dû à mon bud­get li­mité. Mais si vous faîtes un tour dans les rues de la ca­pi­tale, vous ver­rez que ce qui fait cool parmi les jeunes c'est de boire une bière au bord du Canal Saint-Mar­tin ou d'al­ler dans un bar à ham­bur­gers mai­son du centre-ville. Je parle de ces lieux ins­pi­rés des fif­ties amé­ri­caines, au look vin­tage, où on vous sert des frites dans un petit pot en fer ou dans un cor­net de pa­pier sul­fu­risé, mais qui ont quand même cette French touch qui les rend si spé­ciaux et dif­fé­rents des fast food glo­ba­li­sés venus des États-Unis.

Pour­tant, ce qui a pro­ba­ble­ment causé le plus de gra­buge en France, ce n'est pas qu'au­cun res­tau­rant fran­çais se soit re­trouvé dans le Top 10, mais que deux res­tau­rant an­glais aient réussi à s'y his­ser. Ne pen­sait-on pas que les Bri­tan­niques ne sa­vaient rien faire d'autre que des fish and chips ? Eh bien, Paul Bo­cuse n'a pas le don d'ubi­quité en France, tout comme la fri­ture bon mar­ché et les baked beans ne sont pas sur toutes les tables du Royaume-Uni. Il semble que les An­glais sont aussi ca­pables d'in­no­ver et qu'ils peuvent le faire aussi bien que les autres.

Les res­tau­rants ont été sé­lec­tion­nés par le vote de 936 ex­perts en gas­tro­no­mie, chefs et cri­tiques cu­li­naires du monde en­tier. Chaque membre de ce jury pou­vait choi­sir jus­qu'à sept res­tau­rants, au moins trois de son pays, et tous de­vaient avoir été vi­si­tés dans les 18 der­niers mois.

De ces votes est sor­tie une liste haute en cou­leurs dans la­quelle la cui­sine es­pa­gnole do­mine avec sept res­tau­rants, dont trois sont dans les dix pre­miers : El Cel­ler de Can Roca, l'Arzak et le Mu­ga­ritz.

Mais fi­na­le­ment, le deuxième pays le plus pré­sent est la France, au­tre­fois pion­nière de la nou­velle cui­sine, avec le Mi­ra­zur, l'Ar­pège et Le Cha­teau­briand aux rangs res­pec­tifs de 11ème, 25ème et 27ème. Si on y re­garde de plus près, la cui­sine fran­çaise reste la plus re­mar­quable dans les 25 pre­mières places.

Si on me po­sait la ques­tion, je vo­te­rai les yeux fer­més pour un res­tau­rant fran­çais. Parce que, si on met le clas­se­ment de côté, il est in­con­tes­table que la France offre de bons pe­tits plats à des prix rai­so­nables. Peut-être que cette année la France n'est pas dans le Top 10, mais on y mange bien et abon­dam­ment. Les Fran­çais ont ap­porté leur pe­tite touche au bo­tellón quand pour les Es­pa­gnols ça n'est pas plus que boire dans le rue, la nuit, dans des go­be­lets en plas­tique, pour les Fran­çais, c'est un pique-nique ou un apéro agré­menté de pain, de fro­mage et bien en­tendu de vin.