La crise guette en Thaïlande

Article publié le 21 janvier 2016
Publié par la communauté
Article publié le 21 janvier 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le pays du sourire cherche de bonnes raisons de garder ce doux surnom. Le pays traverse une crise profonde de son économie et la population est de plus en plus mécontente des orientations prises par la junte militaire au pouvoir. Arrivés au printemps 2014 à la suite d’un coup d’Etat, les militaires font semblent-ils moins bien encore que les civils – la démocratie en moins…

Les économistes et militaires au pouvoir se doutaient bien que les chiffres à annoncer pour l’année 2015 seraient « compliqués ». Une fois le Nouvel An passé, le temps de se confronter à la réalité est venu. Le pays ne connaît une croissance que de 2,5 % et devrait même enregistrer une année 2016 encore plus noire avec seulement 2 % de croissance. La junte militaire qui a pris les rênes du pays par la force en mai 2014 fait donc moins bien que le pouvoir civil qui avait conclu l’année 2013 sur un honorable 3,1 %. Pire, la Thaïlande fait figure de parent pauvre dans la région quand des pays disposant pourtant de moins d’atouts comme le Vietnam et le Cambodge caracolent en tête avec 6 % à 7 % de croissance annuelle.

Une croissance en berne dont la tendance risque d’empirer au regard des derniers chiffres publiés. Le très officiel Board of Investment thaïlandais assure qu’entre janvier et novembre 2015, les investissements directs étrangers ont baissé de 78 % par rapport à l’année précédente. 2,4 milliards d’euros d’investissements, c’est bien peu et le signal envoyé aux marchés et investisseurs est très négatif. Krystal Tan chez Capital Economics explique que « le pays se trouve toujours face à des défis importants sur le plan politique, ce qui a des répercussions négatives sur la confiance des entreprises et des investisseurs ». En somme, l’arrivée au pouvoir des militaires et le climat de tensions que cela suscite constituent une hémorragie très grave pour l’économie thaïlandaise.

La baisse mondiale du prix des matières premières a un impact direct sur les finances du pays. Grande productrice de caoutchouc, la Thaïlande voit ses producteurs très mécontents avec un prix au kilo au plus bas depuis la crise de 2008 et un pouvoir qui refuse de les aider dans ce contexte dévastateur. Les producteurs souhaitent que le kilo soit fixé à 60 bahts soit deux fois plus que les cours mondiaux actuels. Une revendication balayée d’un revers de la main, mais qui pourrait coûter cher car les producteurs de caoutchouc comptent parmi les principaux soutiens des militaires. Jusqu’à maintenant.

Avec la crise économique, les réactions virulentes du régime contre les opposants politiques et mêmes des pratiques esclavagistes dénoncées par les ONG dans l’importante industrie crevettière qui entachent l’image du pays, la Thaïlande a de bonnes raisons de ne plus sourire. Les Etats-Unis voient d’un mauvais œil la tenue du pays par un pouvoir militaire et l’ont exprimé à plusieurs reprises par des signaux très diplomatiques, mais compris par le général Prayuth Chan-O-Cha. La santé fragile du roi dessinera certainement l’avenir à court terme du pays et un nouveau raidissement du pouvoir est toujours possible. Pas de quoi redonner le sourire en ce début d’année 2016.