La crise financière du football européen

Article publié le 23 juin 2004
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Article publié le 23 juin 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Après les grasses années 90, même les clubs d’élite doivent se serrer la ceinture. Les responsables: l'arrêt Bosman et des recettes de télévision manquantes.

Après des années de boom jusqu’au début de ce millénaire, le football professionnel européen est en butte à un problème à peine connu jusqu’à présent: Même des clubs d’élite comme le Milan AC en Italie, le Borussia Dortmund en Allemagne ou le Real Madrid en Espagne se voient confrontés à des problèmes financiers aigus. « Les clubs doivent se restructurer vue de leur financement », conseille l’entreprise allemande de consulting Ernst & Young.

Les manchettes des journaux de ces dernières semaines le confirment : « L'AS Rome envoie des SOS » ou « La crise financière du football professionnel français » - tels étaient les titres des gazettes partout en Europe. Les chiffres bruts reflètent une image semblable. Selon Ernst&Young, presque chaque club de la ligue fédérale allemande, la Bundesliga, est endetté d’environ trois millions d’euros. Mais c’est très peu par rapport à la concurrence venant du sud du continent : en Italie par exemple, les clubs professionnels ont une ardoise de plus de trois milliards d'euros. Ce sont des chiffres auxquels ce sport jadis gâté par le succès n’est pas habitué. À la fin des années 90, les ligues de football en Italie, en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne et Espagne enregistraient encore des taux de croissance oscillant entre 15 et 22 %.

Bosman est arrivé

Mais vint Bosman. L’ex-professionnel belge a acquis devant la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE) le droit de pouvoir jouer pour l’employeur de son choix -ce qui devait avoir des conséquences désastreuses pour l’ensemble du football professionnel européen. Les juges luxembourgeois ont suivi son argumentation selon laquelle un professionnel du football aurait par principe le droit de changer d'employeur -donc de club- sans indemnités de transfert supplémentaires en fin de contrat. Ainsi, le marché des transferts jadis lucratif s’est presque tari. À l'exception des superstars rachetées en cours de contrat, pour lesquels on payait encore récemment des sommes exorbitantes. C’est une des raisons pour laquelle les clubs conclurent des contrats de plus en plus longs avec leurs stars -ce qui a des conséquences imprévisibles. Et beaucoup de professionnels se reposent sur ces contrats lucratifs. Mais même ce « marché des transferts d’élite » s’est peu à peu tari.

Depuis le début du nouveau millénaire, les recettes liées aux droits de retransmission pour la télévision ont également diminué pour les clubs. Ainsi, les droits de retransmission pour la Champions League de la saison en cours ont été vendues 119 millions d'euros de moins que l’année précédente. Concernant les droits de retransmission nationaux, c’est à peu près la même chose. Les clubs sont aussi devenus de plus en plus dépendants de l’argent des grands groupes médiatiques. La part des recettes en provenance des droits de retransmission qui revient aux grands clubs des principaux championnats européens varie entre 42 % et 52 %. Aujourd’hui, seuls les clubs anglais de la Premier-League continuent à réaliser d’importants gains grâce aux droits de retransmission.

Trop risqués pour le marché boursier

Il faut donc aujourd’hui des solutions créatives. Sauf que pour l’instant personne ne sait où les trouver. L’introduction en bourse, jadis présentée comme le remède miracle pour augmenter les capitaux propres, est plutôt out en ce moment. Depuis que des clubs comme le Borussia Dortmund ou l’AS Roma se sont littéralement vautrés sur le terrain glissant du marché boursier, le concept de la S.A. Football étant plutôt controversé. L’action BVB par exemple, a perdu en Allemagne une grande partie de sa valeur d’émission. En Italie, les transactions sur les actions du club de l’AS Roma ont souvent été suspendues ces derniers temps : les opérateurs n’en voulaient plus que pour 1,27 euros. « Les clubs de football sont simplement trop risqués pour le marché boursier », ont compris les analystes depuis longtemps.

C’est donc le régime sec -peu créative- qui règne chez les footballeurs européens. En Angleterre, les grands de la scène renoncent aux investissements ; en Allemagne, on s'en prend aux salaires des professionnels choyés depuis de longues années. « Pour les joueurs, les années grasses sont terminées », dit-on au Werder de Brême, membre de la Ligue fédérale allemande. Uli Hoeneß, le manager du numéro un de la branche, le FC Bayern de Munich, pense que « avec chaque nouveau contrat, il y aura moins d’argent que jusqu’à présent ».

Seria A en faillite

Pourtant, le football, cet enfant chéri du public, peut espérer à un soutien immense partout en Europe. La politique a compris depuis longtemps la signification du football pour son propre succès électoral. Jusque dans les couloirs de la Commission européenne, les hommes politiques et les fonctionnaires s’efforcent de donner un coup de main à ce sport populaire. En Italie par exemple, le premier ministre Silvio Berlusconi, qui gère en même temps -c’est pratique- le Milan AC, a su imposer au parlement quelques règles particulières. Ce sont elles qui ont sauvé la Seria A [la première division] d'une faillite majeure. Ainsi, les managers italiens ont-ils le droit de se maintenir à flot par des méthodes de comptabilité créatives. Le délai de règlement des dettes des clubs peut s'étendre jusqu'à qu’ils remplissent à nouveau les critères de l'Association européenne de Football (UEFA). Mais les clubs italiens sont aussi un peu plus limités dans leur liberté: Pour les salaires des joueurs, des limites maximum doivent être fixées, et le ration nombre de joueurs/personnel d’encadrement devrait aussi être limité.

Aussi dans l'Union Européenne est-on bienveillant avec les clubs professionnels. Ainsi, l'UEFA a-t-elle le droit -malgré des règles de concurrence très strictes- de continuer le merchandising central des droits de diffusion pour les manifestations de football européennes sur le marché intérieur de l'UE. C’est la solidarité, et non l’intérêt économique qui s’est imposée. Car à travers le merchandising central, dont les ficelles sont tirées par l'UEFA, tous les clubs ont leur part du gâteau, l'Association pensant à tous ses poulains.