La course au réarmement des pays de l’Est

Article publié le 4 novembre 2009
Article publié le 4 novembre 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les gouvernements de l’Europe de l’Est piaffent pour une aide militaire des Etats-Unis, alors qu'Obama est plus enclin à la diplomatie. Entre ombres du passé et inquiétudes sur l’avenir émergent de « secrètes » envies de remilitarisation.

En se baladant dans les rues de Prague, on tombe sur des « military shops », des magasins remplis d’uniformes vert kaki, d’armes et de matériel militaire, ou encore avec des affiches publicitaires de la police de Prague représentant des agents semblables à James Bond, « Action Prague » écrit en gros au dessus de leurs têtes ; parfois ce sont des prospectus pour des polygones de tir qui promettent une photo souvenir de soi en train de tirer « avec de vrais pistolets ». Ce qui pourrait sembler bizarre n’est autre que le signal d’un sentiment qui se propage et qu’il serait dangereux de sous-évaluer : la montée en puissance du nationalisme et du militarisme.

Le beurre et l’argent du beurre

« Obama parle la langue de la diplomatie et certains réclament les vieilles méthodes de G.W.Bush... »

D’autre part, il y a le manque d’intérêt des jeunes pour la politique qui finit par favoriser la politique étrangère musclée menée par les partis de droite. Les jeunes tchèques sont indifférents aux protestations contre l’Otan ou les G8 : lors des manifestations contre le bouclier anti-missile américain à Prague, la plupart des jeunes étaient allemands, italiens ou américains.

« On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre », comme le dit le proverbe. Si d’un côté il y a ceux qui critiquent la présence militaire américaine, perçue comme coloniale, il y a aussi ceux qui ont peur d’être « mis de côté » : c’est le cas de la Pologne et de la République tchèque, mais aussi de la Roumanie, auparavant rassurés par le bouclier anti-missile de Bush et par sa politique contre les états « canailles », et à présent « profondément déçus » par la décision de Barack Obama de mettre un terme au projet.

Nobel pour la paix ? 

(Matteo De Simone)Et oui, malgré le fait que le président du pays le plus influent du monde parle finalement la langue de la diplomatie et se batte pour le désarmement, il y a des pays à qui ça ne plaît pas et qui réclament les « vieilles méthodes » de G.W.Bush. Prague la première, là justement où Obama a prononcé un discours sur le désarmement nucléaire en avril, engagement récompensé par le Nobel de la paix. Jan Vidim, président de la commission parlementaire pour la défense, l’a qualifié de « couard », alors que le chef du gouvernement polonais Donald Tusk s’est dit préoccupé par la baisse d’intérêt des Américains envers ses alliés. « Les mains tendues vers la Russie amènent à se demander si les Etats-Unis ne seraient pas en train d’abandonner l’Europe centre-orientale au profit de meilleures relations avec Moscou », a déclaré l’ex-premier ministre Mirek Topolanek.

Car ce qui inquiète réellement les leaders des pays de l’Europe centre-orientale, c’est bien la réconciliation avec Moscou ; d’ailleurs si le bouclier anti-missile plaisait tant, c’est bien parce que Moscou y était fermement opposé. « Donner le Nobel à quelqu’un qui ne s’oppose pas à la Russie fait perdre de la crédibilité au prix lui-même », peut-on lire sur le blog d’un journaliste du quotidien polonais Gazeta. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi en Europe orientale la popularité d’Obama est plutôt basse…

Ignorer les pressions russes

(Matteo De Simone)Avec ce besoin de se placer sous l’aile protectrice d’une superpuissance pour se libérer du joug d’une autre, la Pologne et la République Tchèque semblent raisonner encore en termes de guerre froide : « Les Américains n’ont plus d’intérêts dans la région. C’est une mauvaise nouvelle pour la République tchèque », a annoncé Topolanek, à la radio tchèque. Dans une lettre ouverte, définie comme « naïve » par l’Economist, Vaclav Havel (« héros national » dans la lutte contre le communisme, et grand ami de Bush) a demandé à Obama « d’insister sur le projet du bouclier anti-missile », « d’ignorer les pressions russes », et de ne pas abandonner ses alliés « profondément pro-américains ». Pour toute réponse, les Américains ont déclaré : « Ils nous demandent de prendre le risque de déclencher une troisième guerre mondiale. »

La Pologne, quant à elle, a demandé à ce que les têtes nucléaires présentes sur le sol allemand soient déplacées sur son propre territoire, et vu que les inconditionnels du réarmement ne démordent pas, Obama a du envoyer son vice-président Joe Biden pour promettre un compromis : un nouveau bouclier anti-missile version light.

Cheval de Troie

« Le projet de Bush n’était pas seulement de faire la guerre à une inexistante menace iranienne, et donc à la Russie indirectement, raconte Alexander Pikayev du Carnegie Moscow Center, mais il avait pour but de diviser l’UE. Les Tchèques et les Polonais devaient jouer le rôle du cheval de Troie. »

En effet, si d’une part aussi bien la Pologne que la République Tchèque ont ralenti l’intégration européenne, en ratifiant en trainant les pieds le traité de Lisbonne et en optant pour l’exonération de la Charte des droits fondamentaux de l’UE, d’autre part les deux pays sont obsédés par la promesse d’accords bilatéraux risqués avec les Etats-Unis pour favoriser le réarmement. A la barbe d’une Europe unie, qui a tout à y perdre.