La COP21 pour les nuls

Article publié le 12 décembre 2015
Article publié le 12 décembre 2015

La Conférence mondiale sur le climat, dite COP21, réunit à Paris environ 25 000 diplomates du monde entier qui, depuis le lundi 30 novembre et jusqu'au 12 décembre, débattent à propos de la stratégie internationale que les Etats devraient adopter pour freiner le changement climatique. Mais, qu'est-ce vraiment la COP21 ? Et comment a-t-elle vu le jour ?

Il était une fois...

Tout a débuté en 1992 lors du Sommet de la Terre de Rio, au cours duquel a été signée la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (United Nations Framework Convention on Climate Change – UNFCCC ou FCCC, ndlr). Ce document a défini le cadre de la collaboration internationale dont l'objectif serait de limiter l'émission des gaz responsables de l'apparition du trou dans la couche d'ozone et, de ce fait, de l'intensification de l'effet de serre. Cette convention représente une première étape sur le long chemin qui mène à l'élaboration d'une politique sur le climat mondiale. Malheureusement, comme c'est souvent le cas lors des premiers pas, le faux pas est inévitable.

Bien que novatrices, les résolutions du Sommet de la Terre consistaient simplement en des recommandations, auprès des signataires, sur la manière de mener à bien ces idées au cours des prochains sommets. Pour le dire autrement, la Convention n'a pas réussi à fixer des limites, de quelque nature qu'elles soient, sur l'émission des gaz à effet de serre. Elle a juste souligné la nécessité d'en créer. 

Il ne s'agissait toutefois pas uniquement de faire les premiers pas : le terrain n'y était simplement pas propice. Il est vrai que, par la suite, une série de protocoles qui fixaient les limites d'émission de gaz a été approuvée, parmi lesquels, le plus important, celui de Kyoto en 1997. Cependant, ces protocoles n'ont pas contraint les pays en voie de développement, y compris la Chine et l'Inde, à fixer des limites. Quant aux États-Unis, le pollueur le plus important, ils n'ont même pas daigné ratifier ces protocoles. Quel a été le résultat ? La Convention-cadre des Nations unies a été tellement malmenée qu'elle a dû se faire discrète pendant 8 ans.

Le premier rendez-vous des signataires du Protocole de Kyoto (Conférence des Parties – COP) a eu lieu en 2005 au cours de la COP11 de Montréal, mais aucune décision importante n'y a été prise. La COP12 de Nairobi en 2006 ainsi que la COP13 de Bali en 2007 ont abouti à des résultats similaires. Il faut ainsi souligner qu'au cours de la Conférence de Bali, les pays ont reconnu leur défaite et, simultanément, décidé que la participation des plus grosses économies mondiales au cours des prochaines négociations serait indispensable. S'est exprimée, avec cette décision, la nécessité de recourir à des technologies adaptées mais surtout celle d'aider sur le plan économique les pays qui ne se voyaient pas capables de lutter efficacement contre le changement climatique.

Malheureusement, la COP15 de Copenhague en 2009, celle qui devait être le rendez-vous décisif en matière de changement climatique, coïncidait avec une période de forte récession économique. Ce qui a conduit à un nouvel échec. Ce fut un pas dans la bonne direction mais à un moment inopportun.

La COP21 en 2 minutes.

Apprendre l'autonomie

Les quatre années suivantes se sont écoulées dans l'espoir de voir la récession s'essouffler et des pays comme les États-Unis, la Chine et l'Inde comprendre enfin, qu'à cause de leur retard dans leur engagement, le monde pourrait être affecté par une crise beaucoup plus grave que celle que nous connaissons actuellement. Il est temps d'assumer que c'est l'homme qui est responsable du réchauffement climatique, comme le confirme le quatrième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

De ce fait, si la tendance actuelle se maintient et que la température moyenne de l'atmosphère augmente de 2ºC, les changements climatiques deviendront donc chaque fois plus brutaux : de larges étendues de territoire souffriront de désertification tandis que les mers et océans commenceront à manquer de l'oxygène nécessaire pour le développement de la vie. De tels bouleversements sous-entendent de possibles famines et l'accroissement des inégalités d'accès aux matières premières telles que la terre, le bois ou l'eau, ce qui pourrait devenir la cause de migrations massives ou même de guerres.

Au cours de la COP19 de Varsovie, ont été mises en places les contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN en anglais : Intended Nationally Determined Contributions – INDCsn, ndt), prérequis nécessaire pour la COP21 et pour que les discussions entamées à Paris puissent se centrer sur la coordination des CPDN au niveau mondial et sur la répartition des fonds financiers déclarés au cours de ces dernières. Cela sous-entendait un virage à 180 degrés comparé aux sommets précédents. Espérons que cela aille dans la bonne direction mais aussi au bon moment.

La COP20 de Lima a apporté un changement consistant en la participation des États-Unis et de la Chine aux négociations en plus d'affirmer leur volonté de limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. C'est à ce moment précis qu'il a été décidé de changer la façon de mener la politique climatique mondiale. Il a été proposé que, jusqu'à la COP21, tous les pays devaient définir leur propre plan d'action et leur engagement afin de contrer les effets du changement climatique.

Sans confiance, pas de coopération

L'importance de la COP21 est aussi à chercher ailleurs. Les pays en voie de développement pourront passer aux énergies renouvelables de manière plus efficace et arrêter d'utiliser le charbon du moment que les pays les plus riches de la planète prennent en charge les frais de cette transition. Cela fait appel à la bonne volonté des deux camps : les pays riches devront partager leurs richesses et les pays pauvres ne pourront pas gaspiller les moyens qui leur sont offerts.

Par conséquent, la Conférence de Paris sur le climat ne suppose pas tant un défi d'organisation mais plutôt une épreuve de confiance mutuelle. L'objectif de limiter l'augmentation de la température moyenne à 2ºC ne pourra être qu'un succès si tout le monde joue cartes sur table. Dans la situation actuelle, jouer au jeu du chat et de la souris pourrait être synonyme non seulement de faux pas mais aussi de chute brutale pour l'humanité toute entière.

Et même si la COP21 se solde par un nouvel échec le 12 décembre prochain, une leçon en aura été tirée : les politiques ont enfin compris qu'ils ne pourront pas faire face seuls au changement climatique. Le succès sera uniquement possible via des actions entreprises à l'échelle mondiale et développées, pas à pas, à l'échelle locale.

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Retrouvez le nouveau projet de cafébabel spécial COP21 : #21faces.

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