La contestation anti-Le Pen gagne Rome

Article publié le 7 mai 2002
Publié par la communauté
Article publié le 7 mai 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les Français de Rome ont exprimé devant leur ambassade leur solidarité aux manifestants de la métropole.

Jean-Marie Le Pen avait annoncé le rassemblement historique de ses troupes le premier mai; au lieu de cela, la fête des travailleurs sest avérée la réunion géante des forces anti-FN. Les étudiants français de luniversité romaine LUISS eurent tout dabord la volonté de ne pas assister impuissants, de létranger, à la mobilisation de leurs compatriotes contre lextrême droite et le Front National. Ils se sont joints dès lors à CaféBabel et à lAssociation Démocratique des Français de lEtranger (ADFE), avec la ferme intention de faire entendre leur solidarité aux manifestants de métropole.

En ce mercredi 1er mai 2002, le parvis du Palais Farnèse, siège de lAmbassade de France à Rome, fut envahi entre onze et treize heures par plusieurs centaines de manifestants (entre 350 et 500). Etudiants français et italiens, fonctionnaires internationaux, recteurs et professeurs, retraités et lycéens se sont rassemblés sous la bannière des valeurs du pluralisme, de la tolérance, de lunion des peuples européens, valeurs si contestées par le programme du Front National. A plusieurs reprises au cours du rassemblement, les participants ont fait sonner leur réveil ou leur téléphone portable, aux cris de Svegliati Francia! Français Réveillez-vous!.

Il ne manquait ni bannières, ni banderoles, ni chansons (le chant de la Résistance Bella Ciao ou lhymne italien revisités), ni slogans pour réunir tant de personnes aux opinions politiques contrastées. Les débats et les discours exprimèrent une vraie diversité, en marquant ainsi de manière saisissante lunion des esprits devant la contestation de lextrême droite. Le phénomène peut surprendre: les cinq millions et demi de voix que recueillit le Front National soulève une incrédulité inquiétante, voire déroutante, devant ce consensus si enthousiaste des forces qui le dénonce et le combat. Les manifestants, bien sûr, festoyaient, chantaient et rassemblaient badauds ou groupes scolaires qui les approchaient; mais ils ne semblaient pas oublier que lévènement contesté demeurait malaisé à comprendre, difficile à résoudre.

Cest pourquoi des discussions politiques sengageaient, on sexhortait mutuellement à voter le 5 mai contre Le Pen, cest-à-dire pour le Président sortant, Jacques Chirac. Jean-Marie Le Pen, je ne te pardonnerai jamais de mavoir obligé à voter Chirac! sest écrié M. Pergola, de lADFE. En effet, en ce 1er mai, on sentait la volonté de résister à la montée du Front National comme le désir den finir avec ce malaise, cette extrême droite qui les inquiète tant. Les organisateurs refusèrent toute interprétation partisane de la manifestation, il ne sagissait pas de soutenir un engagement politisé, mais de clamer lopposition à lintolérance et à un courant politique récurrent de lHistoire qui ne peut sexprimer sans recourir à la haine, à la division, à la violence. Il était bien souligné que le Front National est la mauvaise réponse à des problèmes sans doute décisifs, mais qui doivent être affrontés avec mesure et par le dialogue social, cest-à-dire le primat absolu des valeurs de lexpérience démocratique, valeurs que les manifestants considèrent contraires au parti de Le Pen. Adriano Farano, représentant de CaféBabel, sut souligner limportance du débat social dans le cadre de lEurope, aux antipodes du repli national, clef de voûte du programme du candidat populiste.

Cétait en tous cas une volonté transformée en une action réussie. Cest une grande réussite, au-delà de nos espérancesa estimé un des promoteurs de laction sur placee. Il est indéniable que le spectacle faisait réfléchir: autour des banderoles faites à la maison, des joueurs de tambourins artisanaux, dont les bruits résonnaient sur les murs de lAmbassade silencieuse, sur les pavés inondés du soleil de mai, se rassemblaient des gens enthousiastes, curieux, souvent inquiets, mais confiants dans le sens de la responsabilité et des électeurs et des dirigeants de lavenir. Il faut voter dimanche entendait-on ici et là. Voter pour un candidat que, parfois, on ne voudrait pas choisir, pour une cause que lon nest pas si heureux de défendre, si ce nest à cause du malheur des temps. Le journal télévisé français noublia pas de retransmettre quelques images romaines: même à létranger, les Français se sont mobilisés.

Voilà un objectif atteint, alors que le verdict des urnes, dimanche 5 mai, en voyait la réalisisation d'un autre.