La Constitution, meilleure arme contre la terreur ?

Article publié le 20 avril 2004
Publié par la communauté
Article publié le 20 avril 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Après les attentats de Madrid, la coopération entre « services » nationaux doit augmenter, c’est promis ! Sans empiéter sur les libertés et la démocratie européennes ?

A la lumière des récentes attaques terroristes en Espagne, la sécurité est devenue une priorité dans les Etats membres de l’Union européenne. Comme dans une sorte de renaissance de la conscience politique, au lendemain des explosions meurtrières de Madrid, les gens sont descendus dans la rue : un quart de la population espagnole, selon certaines estimations, protestait unis contre le terrorisme. Pourtant, les attentes en matière de protection étant toujours plus grandes, est-il possible de réconcilier politiques anti-terroristes et principes fondamentaux de liberté et de justice ?

Réponse unie

A en juger par leur réaction face au terrorisme, on peut supposer que les Européens soutiennent les aspirations partagées de démocratie dans l’UE. Mais, derrière cette façade, le scepticisme règne. Des sondages d’opinion publique montrent qu’une majorité de citoyens européens ne s’identifie toujours pas avec l’UE. Cette insuffisance d’ « Euro-patriotisme » est problématique quand elle contraste avec la recherche d’une stratégie de sécurité commune au sein de l’Union.

Il ne peut y avoir de sécurité efficace que lorsque les pays se mettent d’accord ensemble sur ce qu’il faut protéger. Aujourd’hui, les problèmes auxquels doit s’attaquer l’UE sont aussi divers que les politiques de sécurité de chacun de ses Etats membres. Même si les critiques affirment que les Etats-nations traditionnels n’existent plus, ils existent bel et bien pour ce qui est des réunions de sécurité et de la collecte de renseignements. Les pratiques en matière de sécurité, bien enracinées dans chacun des pays, entravent les chances pour une plus grande coopération entre les services nationaux de renseignements.

Nouvelle et ancienne Europe : une seule politique

Pourtant, plus le nombre de pays impliqués est grand, plus le processus d’élaboration d’une politique sera lent. Même s’ils travaillent ensemble, il n’est pas sûr que les nouveaux Etats membres privilégient la même politique que l’ « ancienne » Europe. Déjà, certains pays préconisent « l’intégration différenciée » ou, comme les Britanniques l’appellent dédaigneusement, « une Europe à plusieurs vitesses », et il n’est pas certain qu’une Europe à deux vitesses puisse affronter efficacement le terrorisme et le grand banditisme.

L’efficacité de la lutte que mèneront les Etats post-communistes est discutable. Leurs intérêts sont de maintenir de bonnes relations économiques avec leurs voisins de l’est. Mais désormais, ces intérêts pourraient être mis en danger. Nous pouvons alors comprendre leur réticence à imposer des contrôles frontaliers plus stricts avec leurs partenaires commerciaux traditionnels. L’élargissement de l’Europe donne lieu à des préoccupations multiples. Europol a lancé une mise en garde sur le fait que les Etats adhérents offriront un contexte favorable au transit des ressources. Ils seront aussi des lieux de destination pour les biens et les services criminels. Des investissements considérables provenant de fonds illégaux sont prévisibles, et il est probable que les organisations criminelles transfèrent leurs activités vers ces pays.

Les Etats européens discutent ensemble pour définir des politiques. Plus que de simples questions géopolitiques sur l’élargissement, le plus grand défi à relever est celui d’arriver à un accord mutuel au sujet des menaces terroristes auxquels l’Europe doit faire face. Bien sûr, il reste à la coopération européenne, hantée par l’échec des missions humanitaires dans l’ex-Yougoslavie dans les années 1990, encore un long chemin à faire. Un nouveau partenariat ne peut pas se fonder sur des politiques internationales divisées par des différends. Cependant, ce travail en collaboration contre une menace commune devrait convaincre les dirigeants européens des avantages de l’action jointe. Ce n’est certainement pas le moment de se retirer.

Sécurité et démocratie

Ce n’est que récemment que les gouvernements européens ont accepté de coopérer en matière de renseignements. Si nous regardons comment on s’est attaqué à la criminalité internationale par le passé, la confiance (ou le manque de confiance) sera un problème persistant parmi les services secrets. Est-ce que l’Union européenne luttera efficacement contre le terrorisme et améliorera la sécurité en appliquant des mesures de base comme le renforcement des patrouilles frontalières dans les nouveaux Etats de l’UE ? Des études montrent qu’avec ses forces de police actuelles, la Pologne ne serait pas capable d’appliquer les accords de Schengen qui réglementent la libre circulation des résidents en Europe.

Une plus grande coopération ne sera possible que si des valeurs démocratiques partagées la soutiennent. Par conséquent, inscrire ces valeurs dans une Constitution européenne serait un premier pas efficace dans la mise en commun d’une politique de sécurité. Il n’est pas encore possible de savoir si les politiques actuelles et le nouvel ordre des relations internationales favoriseront une politique de sécurité européenne commune.

Définir des valeurs communes

Bien qu’une meilleure coopération soit souhaitable, des groupes de défense des droits de l’Homme ont exprimé leurs inquiétudes à propos des effets d’une sécurité plus stricte sur les libertés civiles. Les citoyens européens ne devront pas oublier de lire ce qui est écrit en petits caractères avant de signer un contrat pour une plus grande protection.

Une « union toujours plus étroite » entre les peuples européens n’est peut-être pas une idée utopiste, après tout. L’an dernier, des foules ont protesté contre la guerre en Irak à Londres et à travers l’Europe. La preuve d’un tel activisme politique défie l’image fréquente du Britannique « mollasson » et apolitique. Mais les Européens doivent passer d’une approche réactive à une position plus proactive envers la culture politique.

La mauvaise presse de l’intégration européenne n’a pas aidé la cause. Attiser le sentiment patriotique semble être une méthode communément employée par les tabloïds britanniques. Le défi est de réformer de manière constructive l’Europe et la citoyenneté européenne. C’est seulement de cette façon que les Européens se sentiront en sécurité dans leur identité et pourront combattre les nouvelles sources d'insécurité. La mobilisation publique, par le biais des médias peut y contribuer.

Le soutien à l’intégration européenne a été assez tempéré dans les futurs Etats membres. L’Europe doit contrer ce scepticisme en bâtissant une union fondée sur la solidarité et la stabilité. Le projet d’une future Constitution européenne apporte un espoir de renforcer la solidarité européenne dans la recherche d’une destinée commune.