« La conscience de soi allemande englobe l'Europe »

Article publié le 1 décembre 2003
Publié par la communauté
Article publié le 1 décembre 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

café babel interviewe Daniel Cohn-Bendit, sur deux sujets qui lui tiennent à coeur, l'Europe et l'Allemagne. Il nous livre ses réflexions sur l'élargissement, l'Europe fédérale et la Constitution, la jeunesse européenne...

café babel : Peut-on encore aujourd’hui qualifier les relations franco-allemandes d’amicales, de moteur pour des visions européennes ou bien ne ressemblent-t-elles pas plutôt à une « union forcée » ?

Daniel Cohn-Bendit : Il ne s’agit ni d’une union, ni d’une amitié, mais d’une communauté politique franco-allemande qui s’est développée durant les 40, 50 dernières années. Des Etats qui sont représentés par des politiciens tels que Chirac et Schröder ne peuvent pas se lier d’amitié, seules des personnes le peuvent. Mais il existe une unité politique française et allemande et c’est cela qui fait la différence.

Est-ce que ces relations ne sont pas aujourd’hui beaucoup plus pragmatiques qu’avant ?

Ces relations ont toujours été pragmatiques. Mais il est vrai cependant que l’Allemagne et la France se sont sensiblement rapprochés sur un plan sociétal.

Est-ce qu’il n’existerait pas dans la politique extérieure allemande actuelle un conflit d’intérêt massif entre un sentiment grandissant de confiance en soi et de conscience de soi et un processus d’unification européen ?

L’Allemagne est forte et l’était déjà auparavant, elle ne l’a pas uniquement été sur le plan européen. Mais l’Allemagne est également très fortement dépendante de l’Europe. Ce sont les enseignements que l’Allemagne a tiré des ravages des temps nazis. C’est pourquoi je crois, et Helmut Kohl l’a d’ailleurs démontré dans le processus d’unification, que l’unité allemande ne se met pas en porte à faux vis-à-vis de l’Europe. La confiance en soi et la conscience de soi allemande englobent l’Europe.

La position allemande concernant la question irakienne n’a-t-elle pas cependant conduit à une rupture en Europe ?

Cela n’a pas seulement avoir avec la position allemande. Les Français avaient une opinion qui était compatible avec celles des Allemands, des Belges et des Luxembourgeois. C’est pour cette raison que l’on ne peut pas avancer que l’Allemagne a créé une rupture en Europe. Il y a une rupture initiale dans une Europe qui comprend des pays différents et donc des opinions différentes.

Vous venez d’évoquer la relation étroite qui existe entre l’Allemagne et l’Europe. Pensez-vous que par rapport à l’élargissement vers l’Est, ce processus d’unification allemand pourrait servir d’exemple à l’Union européenne ?

Le processus d’unification représente, et a représenté pour l’Allemagne, un processus très coûteux. L’Europe ne peut pas l’honorer de cette manière. C’est pourquoi je suis plutôt d’avis que le processus d’unification européen suivra son propre chemin. L’exemple allemand ne sera pas au final d’une grande utilité.

Quelles visions l’Allemagne a t-elle encore pour l’Europe ? Vous parlez souvent lors de vos interviews d’une « fédération européenne ». Partagez-vous la vision de Fischer d’une Europe fédérale, avec un système de chambre double et un exécutif en bonne et due forme ?

Des explications sur un futur aussi lointain seraient à l’heure actuelle un peu hâtives. Les débats d’aujourd’hui se concentrent sur le projet de Constitution de la Convention. On devrait rester là-dessus pour l’instant. Je crois qu’il s’agit concernant ce projet d’un compromis dont la réalisation doit être confirmée avant de pouvoir passer à autre chose.

Le projet de Constitution représente-il un pas dans la bonne direction ?

Je crois que le projet de Constitution pose l’Europe sur une base constitutionnelle. En cela c’est une bonne chose. Naturellement, d’autres changements pourront être entrepris ces prochaines années. Mais c’est un commencement qui porte l’Europe plus loin.

Vous plaidez en faveur d’un référendum européen sur le projet de Constitution. N’avez-vous pas peur que des journaux populaires comme Bildzeitung en Allemagne puissent manipuler l’opinion publique ?

J’ai confiance dans les peuples. Je ne crois pas aux manipulations de la presse. Ce sont des discussions qu’il faut supporter.

Pour conclure, une question sur la politique européenne faite par les jeunes: - que pensez vous de la génération qui vient après vous ? Est-elle politiquement engagée ? Peut-on parler d’une « eurogénération » ?

La jeunesse est certainement plus européenne qu’auparavant. Pour les jeunes gens d’aujourd’hui, l’espace européen est un espace dans lequel ils se déplacent sans difficultés. C’est une bonne chose. Naturellement, l’Union européenne pourrait faire beaucoup plus en ce qui concerne les programmes relatifs à la jeunesse. Je pense à quelque chose comme un service social européen par exemple.