La communauté LGBT polonaise : "Être quelqu'un d'autre peut être Terrible"

Article publié le 19 juillet 2013
Article publié le 19 juillet 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Dernièrement la situation des personnes LGBT dans la société polonaise a intéressé les médias étrangers, notamment en raison des propos controversés de Lech Wałęsa. Dans un entretien pour une des chaînes de télévision polonaise, l'ancien président a suggéré qu'au sein de la Sejm, les homosexuels devraient s'asseoir sur le dernier banc, voire derrière les murs du Parlement.

Les mots de Wałęsa ont divisé l'opinion publique polonaise. Nous avons essayé de vérifier à quoi ressemble véritablement la réalité des minorités sexuelles en Pologne. Le niveau de l'homophobie dans ce pays est-il aussi élevé que le montrent certaines sources ?

SANS TABOU

Pendant longtemps en Pologne, pays généralement considéré comme conservateur et catholique, le débat dans la sphère publique sur le thème de l'homosexualité était inexistant. Il y a encore 25 ans ce sujet était considéré comme tabou, quand aujourd'hui les droits des minorités sexuelles sont une des questions les plus discutées et existent de nombreuses organisations oeuvrant pour le droit des personnes LGBT. "En comparaison avec la situation d'il y a 10, 20 ans, le niveau d'acceptation de la société polonaise envers les personnes LGBT a augmenté. Cette tendance positive est observable notamment chez les jeunes et les habitants des grandes villes. Cependant les personnes bi- comme homosexuelles ne bénéficient pas toutes de cette acceptation et dans la majorité des cas dissimulent leur orientation au travail, à l'école ou à l'université", précise Mirosława Makuchowska de l'organisation ''Kampania przeciw Homofobii'' (La Campagne contre l'Homophobie).

- Nienawidzę trójkątówD'après les dernières données de l'organisation, dans un groupe de 11 114 représentants LGBT, le pourcentage de personnes qui ont déjà subi des violences ou de la discrimination en raison de leur orientation sexuelle a diminué au cours de ces dernières années. Cependant le problème existe toujours, la preuve par ces chiffres indicateurs : ainsi, 12% des répondants ont déjà expérimenté de la violence physique, et 44% psychique (en 2005 et 2006 ces situations étaient plus fréquentes, représentant respectivement 18% et 51%).

Le dernier rapport de la "Campagne contre l'homophobie", intitulé ''Sytuacja społeczna osób LGBT'' (La situation sociale des personnes LGBT), expose clairement le rapport entre le lieu d'habitation et le niveau d'homophobie. Plus la ville est petite, plus sa population exprime des idées homophobes. Cette intolérance résulte d'une faible connaissance de la question de l'homosexualité et de stéréotypes répandus qui l'identifient avec la pédophilie et la déviance. 

En raison de ces divers facteurs, mais aussi face à la peur devant le rejet de la famille proche, la plupart des membres LGBT des petites localités ne révèlent pas leur orientation sexuelle, choisissant une vie cachée. "Etre différent dans l'environnement d'une petite ville peut être terrible. Les grandes villes nous offrent l'anonymat et la possibilité d'être soi - même pour des questions aussi triviales que la manière de s'habiller", assure Mikołaj Milcke, auteur de littérature gay. Dans le même temps, Mikołaj Milcke remarque que tous les gays des petites villes n'ont le courage nécessaire pour révéler leur orientation sexuelle. En raison de la peur des agressions et des moqueries de la part de l'entourage, ils se marient, fondent une famille, et ensuite souffrent pendant des années.

Même la seule suspicion d'homosexualité stigmatise la personne visée à jamais. C'est pour cela que de nombreux homosexuels vivent tant qu'ils le doivent dans des petites villes, mais dès la première occasion déménagent dans une grande ville.

Mikolaj Milcke, autor literatury gejowskiejDECLARATIONS DE TOLERANCE

La culture LGBT s'exprime entre autres dans la Tricité (formée par les villes de Gdańsk, Gdynia et Sopot), à Varsovie, Cracovie et Wroclaw. Dans ces villes les représentants des minorités sexuelles n'ont pas le moindre problème pour trouver des lieux "gay-friendly", des clubs ou des organisations LGBT, où il est possible de trouver un soutien. De plus y sont organisées des parades de l'égalité, des expositions d'art gay ou des présentation de films. D'année en année, ces événements culturels attirent de plus en plus de participants, indépendamment de leur identité sexuelle.

"En même temps que la consciente croissante de la société sur le thème de l'homosexualité, la société polonaise devient de plus en plus tolérante envers les personnes LGBT - entre autres dans le cas des événements culturels, présentés dans les médias mainstream. Cependant, le sentiment de liberté et de sécurité dans les lieux publics n'est pas encore à notre portée. L'angoisse de la discrimination et de la violence en raison d'une orientation sexuelle différente est la raison principale pour laquelle le coming out en Pologne n'est pas aussi répandu qu'aux Etats-Unis par exemple", estime Wiktoria Beczek, une lesbienne de 21 ans.

PARENTS, OSEZ EN PARLER.

Aneta Ostrowska z mężem Rafałam i córką Wiktorią(sur l'image : "Notre fille nous a appris à parler ouvertement. Aneta et Rafał, parents d'une lesbienne")

En ce moment ont lieu en Pologne de nombreuses actions sociales ayant pour but d'accroître la tolérance et l'acceptation envers les minorités sexuelles, se battant contre les stéréotypes et préjugés. Parmi celles-ci nous pouvons trouver une campagne dirigée vers les parents des personnes homosxuelles: "Rodzice, odważcie się mówić" ("Parents, osez en parler"). Parmi les figures de cette campagne, Aneta Ostrowska, son mari Rafał et sa fille Wiktora Beczek, lesbienne. "Le respect de l'orientation de son enfant se manifeste aussi dans le fait de parler ouvertement de l'homsexualité. Cela renforce les liens familiaux et donne le bon exemple aux autres", dit Aneta Ostrowska.

Le changement social est le résultat d'un long processus de prise de conscience. La sincérité ainsi que l'ouverture permettent de mettre fin aux préjugés : "Nous avons participé à cette initiative afin que les autres parents voient qu'il est possible de parler sans honte de l'homosexualité de ses enfants. Bien au contraire - avec fierté, à visage découvert et en signant de son propre nom", déclare Aneta Ostrowska.

Photo principale (cc) 小狼; dans le texte : (cc) DanAllison, (cc) 小狼/Flickr, grâce à la page de ''Kampania Przeciw Homofobii''