La Commission qui voulait être un gouvernement

Article publié le 1 juin 2004
Publié par la communauté
Article publié le 1 juin 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le collège dirigé par Romano Prodi a essayé de renforcer son rôle. Très bien. Maintenant, il est peut-être temps de faire le bilan.

« Unité dans la diversité » ou « le dernier éteint la lumière » ? Les stratèges de la communication communautaire devraient se décider à changer la devise de l’UE. A plus forte raison depuis que de plus en plus de membres de la Commission signée Prodi se tournent vers la politique nationale : Solbes en Espagne , Diamantopolou en Grèce , Barnier en France… Et Prodi ? Non, le Président de la Commission est bien en selle. Même si en tant que leader (retrouvé) du centre-gauche aux européennes, il est hyperactif sur la scène politique italienne.

Prodi, ce héros…

Pour la Commission, le temps d’un bilan politique informel est donc venu. D’abord parce que l’exécutif européen vient de rentrer dans une phase d’inertie qui ne sera interrompue que cet automne, lorsqu’il devra se prononcer sur la très épineuse question de l’adhésion de la Turquie à l’UE. Ensuite parce qu’aucune autre Commission n’a eu, revendiqué et affiché autant de pouvoir que celle-ci. Grâce à l’évolution des traités, à un politicien de carrière comme Prodi, et à la volonté de peser dans le débat public - médiatiquement aussi. Il n’y a qu’à penser au Président de la Commission qualifiant en 2003, le Pacte de stabilité de « stupide », ou à la très forte personnalité d’un Pascal Lamy en matière de politique commerciale, ou à celle d’un Mario Monti , devenu la bête noire de géants américains comme Microsoft ou General Electric.

…dont l’UE avait terriblement besoin

Cependant, dans l’optique de la démocratisation des institutions européennes, cette attitude n’est pas négative du tout. Elle donne de la visibilité à des dirigeants d’une UE au rôle de plus en plus décisif, les soumet au contrôle des médias et du Parlement européen, et incarne ce principe de responsabilité, d’accountability pour reprendre le terme anglais, dont l’Union a grandement besoin. C’est pourquoi café Babel est le premier des médias à avoir choisi de lancer ce débat. Ouvert et pluraliste, comme son style. Parce que c’est en critiquant et en applaudissant, en condamnant et en approuvant ceux qui nous gouvernent que nous pourrons combler ce fossé démocratique qui risquerait autrement de devenir un gouffre.

Mais Pénélope ne tisse plus

Certes, Prodi a échoué dans sa tentative de réforme de la « gouvernance» européenne. Une volonté de réforme déjà présente dans son discours sur le programme de travail pour l’année 2000, et ensuite traduite en un projet constitutionnel, Pénélope , qui visait à transformer la Commission en un véritable exécutif communautaire. Mais pourquoi cette idée n’a t-elle pas été approuvée ? Le politique de Bologne y a certainement sa part de responsabilité. Selon un haut fonctionnaire de la Commission, qui a souhaité garder l’anonymat, Prodi a totalement manqué de tact lors de la présentation du texte : « Le Président de la Convention, Giscard d’Estaing, a pris la manœuvre de Prodi comme un affront personnel ». Et rien ne s’est fait. De plus, la Commission s’est opposée à l’idée de sa politisation, se raccrochant au mythe de la « gardienne des traités » impartiale, dans laquelle l’enferme la tradition communautaire.

C’est là la plus grande contradiction et le plus grand échec du collège des commissaires dirigé pendant cinq longues années par Romano Prodi, « les années les plus intenses de l'histoire européenne de l'après-guerre » comme l’écrivait Nicola Dell’Arciprete dans ces colonnes. Notamment grâce à l’héritage du traité de Maastricht à partir duquel ont été lancés l’élargissement et l’euro, deux réalisations historiques de la Commission Prodi. Elle a remarquablement accompagné le développement progressif de l’UE, mais elle n’a pas réussi à donner le coup de reins nécessaire à des institutions qui risquent maintenant la paralysie. C’est un peu insuffisant de la part d’une Commission qui voulait être un « gouvernement ».