La Commission européenne et son « nouveau récit » pour l'Europe

Article publié le 4 janvier 2014
Article publié le 4 janvier 2014

A l'ap­proche des élec­tions eu­ro­péennes, il faut bien es­sayer de ré­con­ci­lier les Eu­ro­péens avec les in­si­tu­tions. Der­nière idée de la Com­mis­sion eu­ro­péenne : re­mettre à jour le récit de l'his­toire du conti­nent. Déjà le roman de l'année ?

C'est un vé­ri­table objet concep­tuel non iden­ti­fié que la Com­mis­sion a mis en chan­tier, en avril der­nier. Nommé « nou­veau récit pour l'Eu­rope » (« New nar­ra­tive for Eu­rope »), ce pro­jet consti­tue une ten­ta­tive sup­plé­men­taire de com­bler le fossé entre les ci­toyens et l'Union eu­ro­péenne. « L'Union eu­ro­péenne a créé un récit sur la guerre et la paix, ex­plique Mor­ten Lo­ke­gaard, le dé­puté eu­ro­péen à l'ori­gine du pro­jet. Mais, pour beau­coup de gens de moins de 40 ans, cela reste très abs­trait. Il faut donc re­cher­cher des va­leurs com­munes et une iden­tité com­mune. »

Le nou­veau récit pren­dra la forme d'un ma­ni­feste, ré­digé par un « co­mité cultu­rel », com­posé de Mor­ten Lo­ke­gaard et de 19 per­son­na­li­tés du monde de la culture. De­puis le mois de juillet, ceux-ci dia­loguent avec des in­tel­lec­tuels, des ar­tistes et des scien­ti­fiques, lors de col­loques or­ga­ni­sés en Po­logne, en Ita­lie et en Al­le­magne. Ils éta­bli­ront en­suite le ma­ni­feste, qu'ils re­met­tront au pré­sident Bar­roso au prin­temps 2014. Selon Mor­ten Lok­ke­gaard, l'une des pre­mières trou­vailles de ces col­loques est l'im­por­tance des dif­fé­rentes his­toires na­tio­nales : « C'est une spé­ci­fi­cité de l'Eu­rope, que d'avoir dif­fé­rents ré­cits. Notre iden­tité com­mune pour­rait se construire au­tour de la di­ver­sité de ces ré­cits. »

« Pour que ça marche, il faut être un mi­ni­mum cri­tique ! »

Pour les spé­cia­listes, l'ini­tia­tive est in­té­res­sante, mais son suc­cès n'est pas as­su­rée. « Si c'est pour faire une 150ème bro­chure qui dit que tout va bien, il n'y a pas d'in­té­rêt, ex­plique Ma­rianne Dony, pré­si­dente de l'Ins­ti­tut d'Etudes Eu­ro­péennes de Bruxelles. Pour que ça marche bien, il faut être un mi­ni­mum cri­tique ! »

« Il faut faire at­ten­tion à ne pas faire une ré­écri­ture trop ar­ti­fi­cielle de l'his­toire eu­ro­péenne, qui ne fe­rait que ren­for­cer l'idée que l'Union eu­ro­péenne est loin des ci­toyens, ren­ché­rit Mi­chael Mal­herbe, spé­cia­liste de la com­mu­ni­ca­tion eu­ro­péenne. Il re­grette aussi que les ci­toyens ne soient pas da­van­tage im­pli­qués. « Le tra­vail final sera sû­re­ment d'une grande qua­lité aca­dé­mique, mais il ne dira pas ce que les Eu­ro­péens pensent de l'his­toire de leur conti­nent. »

La Com­mis­sion dit pour­tant vou­loir ou­vrir le débat : « Dès le dé­part, le but était d'en par­ler avec les gens », ex­plique l'un de ses porte-pa­roles. Cha­cun peut en effet par­ti­ci­per, en en­voyant sa contri­bu­tion au débat. Le ma­ni­feste final de­vrait aussi être sou­mis au débat pubic. « Il ne s'agit en aucun cas d'une étude sa­vante pour les spé­cia­listes ! », conclut le porte-pa­role.