La cinematek en mode "Black and Proud"

Article publié le 20 novembre 2012
Article publié le 20 novembre 2012
Par Jan Nils Schubert Tarantino s’en est inspiré et Isaac Hayes lui doit son un Oscar pour la B.O. de Shaft, pourtant le genre cinématographique de la « blaxploitation » reste souvent mal connu du grand public. Alors que la cinematek de Bruxelles y consacre un cycle entier, l’heure est à la redécouverte de ce genre du 7e art, dont les influences restent nombreuses aujourd’hui.

Un cinéma noir pour les noirs

« Say it loud: I’m Black and I’m Proud » chantait James Brown en 1969. Le message du « Godfather of Soul » était clair: "nous les afro-américains sommes fiers, fiers de qui nous sommes et de ce que nous représentons". Et pour ce faire, quoi de mieux que de donner à cette communauté des héros aux coupes afros qui, flingues à la main, se réappropriaient les rues du ghetto. C’est ainsi qu’en 1971 sortit le film « Sweet Sweetback’s Baadassss Song » qui devait ouvrir la porte à un nouveau genre cinématographique: la « Blaxploitation » (contraction de Black et exploitation). La recette était alors souvent facile et le message simple à décrypter: un héros noir (homme ou femme) dominait tant la rue que le lit de sa chambre à coucher.

Critiqués par certains pour la glorification de « mâles noirs au physique assaillant mais aux facultés cognitives limitées », ces films furent cependant reçus avec un grand enthousiasme. Enfin, de vrais afro-américains jouaient les héros à l’écran, remplaçant en cela les « blacks faces », ces acteurs blancs au visage peint en noir. Il n’en fallait pas plus à Hollywood pour investir de plus gros budgets, multipliant des films réalisés tant par des noirs (Gordon Parks, Melvin van Peeble), que des blancs (Jack Hill, Jack Starrett). Et bien qu’il existe des exemples notoires tels que « Shaft » (1971) et « Super Fly » (1973), nombreux sont les films qui ont fini dans la catégorie des nanars.

Interrogé sur la portée du genre, Olivier de Kegel, cinéaste et collaborateur de la cinematek, mentionne tout d’abord l’influence sur le cinéma de Spike Lee. Ainsi, fin des années 1980’, alors qu’une nouvelle drogue, le crack, affecte tout particulièrement la communauté afro-américaine, le réalisateur réintroduit des thèmes chers à la blaxploitation. L’influence du genre fut aussi grande pour Quentin Tarantino, qui se l’est « totalement réapproprié » avec son film « Jackie Brown » sorti en 1997.

Sur un ton plus musical, les références abondent aussi dans le hip-hop. Tout d’abord à travers la figure du « pimp » ou du « gangsta ». Ensuite, par l’utilisation fréquente de dialogues tirés de ces films comme « samples » ou interludes. Enfin, par la réappropriation du terme « nègre » datant aussi de cette époque. S’écartant d’un sens strictement péjoratif, il est progressivement associé à la revendication de la « true blackness ». C’est ce qu’affirme en tout cas Ice-T, l’un des fondateurs du gangsta rap, dans son « guide de la blaxploitation ».

« Quelque part je me dis que ça a marché » commente finalement Olivier de Kegel, avant de rajouter « ce n’est pas chez nous en Europe qu’on aurait un Président noir ou arabe ». Quel impact ont en effet pu avoir ces films sur la société américaine? Une réflexion à cogiter en redécouvrant ce genre grâce à la sélection des films montrés jusqu'au 2 décembre à la cinematek.