La cigarette, chouette ou pas chouette ?

Article publié le 2 juillet 2008
Publié par la communauté
Article publié le 2 juillet 2008
Eh oui, la Grèce est un pays européen, et à ce titre doit suivre le rythme des législations qui se propagent dans tout l’espace communautaire. Même si elle n’est pas expressément contrainte de les appliquer, certaines lois ont le vent en poupe en Europe, et, pour être “dans le coup”, la péninsule hellénique doit songer à quelques réformes.

Or, elle constitue à ce jour en Europe une enclave de fumée de tabac et un mur géant de publicités pour l’industrie de la cigarette: “le dernier Eldorado en Occident pour l’industrie du tabac et ses publicitaires”, reconnaissait en avril un journaliste grec dans Kathimerini (voir article). Voilà donc le ministère grec de la santé lancé sur le front du tabagisme… periptero Un projet de loi, discuté le 24 juin dernier lors d’un comité ministériel, prévoit différents types d’incitations et d’interdictions pour limiter la consommation de cigarettes de la population. Ce projet de loi devrait prendre effet au 1er janvier 2010 et porte en lui un ensemble assez drastique de mesures. C’est en tout cas l’adjectif utilisé dans Ta Nea (voir l’article) pour qualifier les amendes de 300 euros prévues pour les fumeurs pris en flagrant délit de fumer dans des lieux clos, et les amendes de 3000 euros prévues pour les gérants de magasins ou restaurants qui laisseraient de dangereux fumeurs commettre leur délit. Des contrôles réalisés à l’improviste par des inspecteurs dans lesdits magasins permettront de faire appliquer au mieux ces mesures. L’ensemble des lieux publics devrait aussi être concerné par l’interdiction de fumer. Une mesure incitative sera aussi l’augmentation du prix de la cigarette.

Pour les Grecs, cette loi de santé publique visant à réduire la cigarette et les pathologies qui sont liées au tabagisme, fait figure de révolution des moeurs. D’abord parce que ce pays est de loin l’un des plus gros consommateurs de cigarettes: “Avec une consommation de 3000 cigarettes par personne et par an, et quatre habitants sur dix qui reconnaissent être des fumeurs réguliers, la Grèce occupe l’un des premiers rangs au niveau mondial pour l’utilisation des produits dérivés du tabac”, apprend-on dans un article de Kathimerini publié fin mai (voir l’article). En avril, le journal Aggelioforos n’hésitait pas à parler d’épidémie: “Le tabagisme prend des allures d’épidémie dans notre pays, une épidémie qui fait chaque année perdre la vie à 14 000 personnes”. Dans Kathimerini, on parle même de 20 000 morts. Plusieurs articles sont parus ces derniers mois sur le sujet, pour relayer auprès du public des résultats d’études qui arrivent toutes aux mêmes conclusions: “Fumer augmente le risque de maladies graves pouvant entraîner la mort”, comme l’indiquent les paquets de cigarettes, même grecs. grafiti Penny Bouloutza, auteur de l’article déjà cité dans Kathimerini, salue l’initiative gouvernementale puisque, écrit-elle, “la Grèce fait partie des rares pays qui n’ont pas encore mis en place l’interdiction globale de fumer dans les lieux publics malgré les conséquences positives sur la santé des citoyens que cela provoquerait, et qui sont maintenant bien démontrées.” Il est vrai qu’un paquet de cigarettes en Grèce coûte deux fois moins cher qu’en France et qu’il est possible d’en acheter à peu près partout, et à toute heure. Il est surtout possible d’en fumer partout et à toute heure, si bien qu’être non-fumeur est un défi à l’ensemble de la société ou presque !

Mais l’action du ministère de la santé ne plaît pas à tout le monde, et surtout pas à Voula Kechagia qui, dans une chronique datée du 6 juin et parue dans Ta Nea, parle de diffusion d’un “message fasciste” (voir article). Commentant un spot télévisé réalisé par le ministère, elle s’insurge: “C’est un spot provocateur, blessant pour une grande partie des gens (…) où le fumeur est présenté comme nerveux, angoissé, cynique, totalement indifférent à son entourage et en particulier à ses enfants” (en effet, 4 enfants grecs sur 10 seraient exposés à la fumée de cigarette). Et la diatribe se poursuit: “Je ne sais pas si les inspirateurs de ces dialogues sont des ‘anti-tabac’ fanatiques ou des anti-démocrates fanatiques, mais leur message est fasciste.” En fait, elle dénonce surtout l’hypocrisie qui consiste à culpabiliser les fumeurs alors que “les déchets industriels, le développement économique anarchique, les essais nucléaires et les bombardements ont eux aussi des conséquences très néfastes sur les fumeurs et les non-fumeurs”. Dans Kathimerini, Nikos Vatopoulou la rejoint par son ton nostalgique : l’une regrette que seuls “les méchants, les mal-éduqués” apparaissent cigarette aux lèvres dans les films récents, l’autre pleure l’élégance avec laquelle les femmes de jadis sortaient de leur poche des paquets de cigarettes importées… Mais Nikos Vatopoulou reconnaît que “l’espace des non-fumeurs dans les bars et les restaurants s’est réduit au point de disparaître.” Par ailleurs, il croit en une évolution de la société grecque, évolution lente certes, mais sûre: “De même qu’il nous a fallu du temps pour qu’Internet s’installe dans nos foyers, de même qu’il nous a fallu du temps pour comprendre que le contrat de vie commune n’était qu’une simple reconnaissance d’une réalité et une solution à des problèmes pratiques, de même cela nous prendra du temps pour comprendre qu’on ne peut pas allumer une cigarette n’importe où”.

Et surtout, les journaux grecs semblent troublés par l’attitude de leurs frères latins sur le sujet: “Nous continuons à envisager l’hystérie anti-tabc américaine avec ironie (…), mais depuis que nous avons vu les Italiens mettre une telle loi en application, la question se pose: y aurait-il un autre point de vue possible?” Finalement, l’exemple italien semble avoir presqu’autant de poids qu’un exposé médical: si les Italiens l’ont fait, semblent dire quelques journalistes, on doit pouvoir y parvenir nous aussi…