La campagne des européennes fera-t-elle sa révolution en ligne ?

Article publié le 8 avril 2014
Article publié le 8 avril 2014

La démocratie peut être sexy grâce aux nouveaux médias. C'est en tout cas ce que nous dit Martin Fuchs, conseiller politique et blogueur. La révolution numérique passera-t-elle par les élections européennes ? Quelles sont les stratégies en ligne que suivent les candidats avant les élections du Parlement européen ? Comment se débrouille-t-on pour être élu à la dernière minute ?

caféabel : Admettons que je veuille rentrer là, au Parlement européen, quelle campagne de dois-je mettre en place sur les réseaux sociaux ?

Martin Fuchs : Huit semaines avant les élections, plus aucune campagne ne peut marcher. Les médias sociaux fonctionnent en campagne seulement si on s'est construit au fil des années précédentes une communauté que l’on peut mettre à profit à ce moment-là. Si tu te dis : je vais faire de la politique et je me crée un compte Twitter, tu peux tout de suite laisser tomber. Tu n'as pas besoin de 10 000 followers, 500 à 1000 vrais followers suffisent : ceux qui véhiculent tes idées dans les journaux, les blogs, les discussions off. Mais ces followers là, ce n'est pas en si peu de temps que tu pourras les trouver.

#Happyvoting - Appel au vote pour les européennes. 

« Faire rêver les jeunes »

cafébabel : Mais je pourrais acheter des likes et réaliser une campagne pleine de faux-semblants, là je serais sûr d'attirer l'attention. 

MF : Je te déconseillerais fortement d'acheter des likes. Il existe des portails d'analyse où il est très facile de se rendre compte que quelqu'un en a acheté. Ça ne fera que créer un scandale autour du parti. Par contre, on peut par exemple coller des affiches dans toute la ville avec des thèmes provocateurs. Mais en seulement quelques semaines, tu n'arriveras pas à attirer l'attention médiatique. 

cafébabel : Le politique qui fait l'impasse sur les réseaux sociaux peut donc être élu ?

MF : Il y a des hommes politiques qui sont établis depuis vingt ans dans le Jura souabe ou en Province. Là-bas, il n'y a ni haut débit ni wifi, c'est pourquoi on va plutôt les chercher dans une association de quilles ou au sein d’une chorale. Ils connaissent leurs électeurs personnellement et n'ont pas besoin des réseaux sociaux dans la mesure où ils ont consolidé leurs stratégies de mobilisation depuis des années.

cafébabel : Les canaux d'information en ligne ne sont-ils pas superficiels ? 

MF : Le problème c'est qu'aujourd'hui, plus personne ne veut s'entretenir avec de vieux messieurs dans des arrière-chambres. Avec les tweets et la communication continue sur Facebook, on peut à nouveau faire rêver les jeunes. C'est une bonne chose que les informations politiques défilent sur leurs timelines, même s'ils ne participent pas aux manifestations.

cafébabel : Si je suis un candidat ennuyeux, est-ce je peux rebooster mon image avec des posts et des tweets ironiques ou provocateurs ? 

MF : Tu dois t'exprimer dans les médias de la même manière que dans la rue ou sur la place du marché. Il ne sert à rien de fayoter. Si tu es un rat de bibliothèque, alors tu dois aussi l'être sur Twitter et Facebook.

cafébabel : Martin Schulz compte le plus grand nombre de followers sur Twitter et Facebook. Cela signifie-t-il qu'il est le meilleur homme politique, ou le plus intéressant ?

MF : C'est assez révélateur, mais se contenter de comparer uniquement les nombres de followers entre eux revient à organiser une foire aux égos. Martin Schulz est une personnalité de premier plan, c'est pourquoi il a de nombreux followers. Mais la question est de savoir s'il a vraiment besoin d'eux. Il ne peut être élu qu'en Allemagne, du coup, à priori, la moitié de ses followers passe à la trappe. 

L'Europe, un truc à la com'

cafébabel : Quel est l'avenir des médias sociaux en politique ? 

MF : La télévision reste, en Allemagne, la première source d'informations mais aujorud'hui, de plus en plus de gens utilisent Internet pour aller chercher des informations. Les médias classiques n'atteignent plus autant de gens qu'avant. Beaucoup ont un travail stressant, peu de temps et sont souvent en vadrouille, ils ont donc peu de temps à consacrer à la politique dans la semaine : alors on s’informe un peu ici et là. Il y aura de moins en moins de gens qui s'intéresseront de manière active à la politique. Du coup, je trouve ça très bien qu'il y ait des outils comme Liquid Feedback

cafébabel : As-tu remarqué dans la campagne des Européennes une campagne paneuropéenne qui marche bien ?

MF : Je répondrais par une autre question : y a-t-il seulement une campagne qui marche bien ? Finalement j'ai le sentiment que les élections européennes intéressent peu les partis. J'étais ravi quand les Verts ont tenté les Green Primaries (primaires des Verts, ndt). 20 000 personnes se sont quand même penchées sur la question de savoir qui devait être la tête de liste.

cafébabel : Qu'est-ce qui pourrait être amélioré ?

MF: La pensée paneuropéenne échoue parce qu'on élit les candidats sur des listes nationales. L'idée de confronter Schulz et Juncker en duel à la télé est sympa mais je ne crois pas qu'un Grec ou un Espagnol s'y intéresse vraiment. On ne peut pas élire les deux candidats en dehors de l'Allemagne ou du Luxembourg, donc ça n'intéressera pas la plupart des gens. Tout ce qui, jusqu'à présent, vient de la Commission européenne et des partis en matière de communication est, il faut le dire, très ennuyeux. 

Martin Fuchs dirige le Hamburger Wahlbeobachter où il se consacre aux stratégies des campagnes électorales et livre ses propres analyses.