La campagne de pub pour les élections européennes fait polémique

Article publié le 2 juin 2009
Article publié le 2 juin 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le 17 mars, le Parlement européen a lancé sa campagne de communication en vue des élections européennes de juin 2009. L’agence allemande qui l’a conçue a utilisé, pour la première fois dans l’histoire de l’UE, des éléments concrets de la politique pour attirer la participation. « A vous de choisir ».

Ce matin, j’ai remarqué pour la première fois la campagne conçue par un des gourous de la communication de la rue Wiertz pour convaincre les gens d’aller voter aux élections européennes. De grandes affiches bleues accrochées aux fenêtres donnant sur la Place Luxembourg, la Mecque de l’apéritif, récitent dans une dizaine de langues : « It’s your choice », « A vous de choisir », « Usa il tuo voto ». Je ne peux pas m’exprimer quant aux autres versions, mais pour ce qu’il est de ces trois-là, je tiens vraiment à souligner l’inutilité totale, sinon l’effet pervers du message.

Il n’y a aucun choix

Pour commencer : tout le monde sait bien qu’il n’y a aucun « choice ». En juin, on ne choisira pas pour Obama contre McCain, Berlusconi contre Veltroni ou encore Ségolène contre Sarkozy. Le « choice » sera à faire entre d’opaques agendas politiques et des personnages qui démissionneront probablement avant même la fin de leur mandat, choisissant (et cette fois-ci dans le vrai sens du terme) de faire autre chose, ailleurs. Des personnes choisies tout d’abord pour leur capacité à se repartir le pouvoir, vu qu’au Parlement européen, on n’a jamais aperçu le modèle de Westminster qui sépare, lui, majorité et opposition.

(Parlement européen)

« A vous de choisir » (en français dans le texte) ressemble non seulement à une phrase de casino à Deauville, mais en plus dénote une certaine malhonnêteté intellectuelle. On peut dire ce qu’on veut, mais pas ça, pas que les futurs élus de l’Euro-parlement seront choisis grâce aux élections : avec des systèmes de listes bloquées, de barrières et de votes pondérés, la préoccupation principale des systèmes européens semble être plutôt celle de limiter le choix, de le sélectionner, transformant, pour beaucoup de pays, le moment électoral en un simple moment de ratification de décisions déjà prises ailleurs.

« Usa il tuo voto »(« utilise ton vote ») est d’une part une expression très triste, mais en plus totalement inusitée : même les cartes de crédit ne l’utilisent plus pour leurs campagnes. Si la banque me disait « utilise ta carte de crédit », je m’y prendrais à deux fois avant d’obtempérer. Et puis de toute façon, le vote ne s’utilise pas. Le droit de vote s’exprime, s’annule, s’exerce, on peut même s’en abstenir ; mais on ne « l’utilise » pas. C’est pour cela que, depuis cette campagne publicitaire, j’ai décidé de ne pas « utiliser » mon droit de vote.

Nicola Dell Arciprete est co-fondateur et président de Babel International, l'association qui édite cafebabel.com