La cage dorée : le « rêve français » et la désillusion

Article publié le 29 novembre 2013
Article publié le 29 novembre 2013

Le film réalisé par le cinéaste franco- portugais, Ruben Alves, raconte l'histoire d'une famille portugaise à Paris, tiraillé par le souci du retour dans leur pays. Un premier film et déjà l'une des meilleurs comédies européennes.

La vie pré­sente par­fois des choix in­at­ten­dus. Oser par­tir vivre son rêve ou gar­der ce que vous avez ? C’est ce qui ar­rive à Maria et José, dans le film franco-por­tu­gais La cage dorée. Ce couple por­tu­gais ha­bi­tant Paris hé­rite d'une mai­son. À condi­tion qu'il rentre ré­si­der au Por­tu­gal. Un évé­ne­ment qui ini­tiera une nou­velle vie en dé­ci­dant de tout lais­ser der­rière. Et de pro­fi­ter de la chance qui sonne à leur porte.

C'est ainsi que le réa­li­sa­teur Ruben Alves ra­conte l'his­toire d’une fa­mille por­tu­gaise im­mi­grée en France. Récit lar­ge­ment ins­piré de son ex­pé­rience per­son­nelle comme il l'in­dique au quo­ti­dien por­tu­gais l'Es­presso : « A minha mãe é por­teira e o meu pai pe­dreiro, eu so­zinho sou já um cli­ché. »

Dans la fic­tion qu'il ra­conte, le pro­ta­gniste est éga­le­ment bri­co­leur et sa femme concierge : l'âme de tout un im­meuble où elle oc­cupe tous les em­plois. Mais après l’ex­ci­ta­tion de la nou­veauté, les pro­ta­go­nistes souffrent en si­lence de l’éloi­gne­ment de la terre bien-ai­mée. En France, ils se sentent ex­ploi­ter. Les mal­en­ten­dus cultu­rels font le reste. La quête d’un monde meilleur se trans­forme vers un ave­nir in­cer­tain. Jose et Maria vivent dans l’at­tente de len­de­mains meilleurs. Le men­songe pré­ser­vera leur fa­mille de la nos­tal­gie.

D’où le nom du film, La Cage Dorée dans la ver­sion ori­gi­nale, tra­duit en por­tu­gais avec A gaiola dou­rada et Por­tu­gal, mon amour dans la ver­sion al­le­mande. Elle re­pré­sente le be­soin contes­ter ceux qui ex­ploitent ces tra­vailleurs sans leur per­mettre de culti­ver leur rêve d'une vie meilleure.

La fin heu­reuse est celle d’un coup de ba­lais pour se dé­bar­ras­ser d'une toile d'arai­gnée qui les en­toure. Jose et Maria ar­ri­ve­ront à ou­blier la dou­leur et la mé­lan­co­lie qui peut mener une vie sans bon­heur. En se réa­li­sant en de­hors de la cage dorée.

Cette his­toire semble avoir trouvé écho dans la com­mu­nauté franco-por­tu­gaise, fai­sant de cette co­mé­die le suc­cès de l’an­née en France comme au Por­tu­gal. Selon l'Ex­presso, pen­dant la pre­mière se­maine de pro­jec­tion, le film a été vu par plus de 40.000 spec­ta­teurs par jour.

En France, la com­mu­nauté por­tu­gaise re­pré­sente un mil­lion et demi de per­sonnes, dont au mois une par­tie se re­con­naî­tront dans les per­son­nages du film. Comme Luzia, par exemple, qui vit et tra­vaille en France de­puis vingt-cinq ans. Mais elle rêve de re­tour­ner au Por­tu­gal après avoir pris sa re­traite et as­suré à sa fa­mille un ave­nir meilleur. En at­ten­dant, elle vit loin de sa fa­mille d’ori­gine : « quand je suis par­tie, je n'étais qu’une pe­tite fille, j'au­rais voulu gran­dir avec mes sœurs, mais je ne les vois qu'une fois par an, confie t-elle, et quand je ren­tre­rai au Por­tu­gal je serai déjà vieille ».

co-écrit avec De­nise Orrù