La Bulgarie et les États-Unis : born this way

Article publié le 31 août 2016
Article publié le 31 août 2016

Les élections présidentielles américaines n'auront lieu que dans quelques mois, mais le monde entier est déjà en train de courir avec Hillary Clinton et Donald Trump. En particulier en Bulgarie où les électeurs se rendront aux urnes deux jours seulement avant les Américains...

Depuis mai dernier, quand l'actuel chef de l'État Rosen Plevneliev a annoncé qu'il ne se représenterait pas pour « raisons personnelles », le paysage politique en Bulgarie a fini par ressembler à une imitation petit budget de Pokémon Go. Les partis se sont mis à chercher le candidat parfait dans les universités, les mairies, et même l'armée. Ça a été lent et ennuyeux, comme d'habitude. Bien sûr, nous avons quand même assisté à quelques péripéties dans ce jeu politique très populaire dans le pays. Des aventures du style : « Fais attention en essayant de l'attraper, où il risque de s'échapper ! » « À un certain moment dans le jeu, on vous demandera de rejoindre l'une des trois équipes... donc vous devrez coopérer avec les autres membres de votre équipe pour créer une défense solide. » Mais la plupart des joueurs se sont révélés incapables de travailler ensemble.

Ainsi, désormais, quelques mois seulement avant que les Bulgares ne se rendent aux urnes, il n'y a que trois candidatures à la présidentielle. L'une de ces candidatures n'a pas encore de représentant. Le parti au pouvoir de centre-droit, Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB), doit annoncer son chef de file d'ici la mi-septembre, tandis que pour certains, « cela représenterait un document de la taille d'une encyclopédie pour consigner toutes les déclarations contradictoires de Bokyo Borrisov (leader du GERB et Premier ministre, ndlr) sur la candidature de son parti à la présidentielle ». Le Parti Socialiste, la plus grande section de l'oppostion au Parlement, a dépensé un temps et une énergie énormes à assurer une large coalition de la gauche, unie derrière le Général Rumen Radev qui n'a aucune expérience politique et qui a récemment démissionné de son poste de chef de l'armée de l'air. Les premières ébauches de l'accord étaient prêtes et tout semblait bien aller pour la gauche, quand soudain, la coalition a connu de sérieuses turbulences. Une vilaine guerres de mots dans les médias a effacé tout espoir d'unification.

« J'ai parfois l'impression que cette campagne est entrée dans un autre univers », a déclaré Hillary Clinton sur le Jimmy Kimmel Live de la chaîne ABC, en répondant à des rumeurs sur sa santé. Les médias bulgares portent 10 fois plus attention aux élections outre-Atlantique qu'à celles se déroulant en Bulgarie. Cela crée également une réalité alternative où le Bulgare moyen est plus intéressé par la couleur préférée de Melania Trump que par le programme politique de notre futur gouvernement. Pendant ce temps, le Wall Street Journal, à tendance conservatrice, a prévenu Donald Trump que d'ici le Labor Day (le 5 septembre), il devrait commencer à se comporter comme « un président », sans quoi le Parti républicain devrait renoncer à sa candidature sans espoir. Un mot que beaucoup utilisent déjà pour décrire la situation en Bulgarie.

Peut-être qu'après tout, nous ne sommes pas si différents. Aux États-Unis comme en Bulgarie, les électeurs se sentent aliénés et trahis. Le néolibéralisme n'a pas répondu à leurs attentes : une corruption généralisée, l'austérité économique, des inégalités et des injustices sociales croissantes ont creusé les divisions politiques, encouragé les votes populistes et contre l'odre social, et finalement mené à des campagnes sans candidats. Ou à des candidats comme Trump.