Kosovo : Bill Clinton forever

Article publié le 30 mars 2007
Article publié le 30 mars 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Dans leur combat pour leur indépendance, les Albanais du Kosovo misent tout sur leur amitié avec l’Amérique.

Bill Clinton souhaite la bienvenue à chaque voyageur qui arrive au centre de Pristina en provenance de l’aéroport. Une affiche de 8 mètres qui représente l'ancien président américain est placardée sur la façade d’un immeuble de 12 étages, en haut du boulevard Bill Clinton. L'agent qui règule la circulation quelques mètres plus bas porte une casquette rappelant l’uniforme de la police new-yorkaise dans les années 20. En face, placardée sur une barrière, une publicité pour le ‘Thanksgiving Day’ américain de l’an passée : « Merci l’Amérique ! ».

Boutique Hillary

Il est exceptionnel qu’un tel enthousiasme pour les Etats-Unis règne dans la capitale d’un pays qui aspire à l’indépendance vis-à-vis de la Serbie et dont la population est majoritairement musulmane. A Pristina, l’une des artères centrales de la ville porte le nom d'un président américain. En mars 1999, sous la présidence de Bill Clinton, les premières bombes de l’OTAN sont tombées sur les cibles yougoslaves. 78 jours plus tard la guerre du Kosovo était finie et les troupes serbes arrêtaient d'expulser des Albanais du pays.

Après la fin de la guerre, quasiment aucune rue n’a été rebaptisée du nom de combattants pour la liberté, d'hommes politiques ou d’écrivains albanais connus. Même les chauffeurs de taxi de la ville ne s’y retrouvent pas. Ils préfèrent s’orienter grâce aux bâtiments, aux mosquées, aux banques ou aux magasins. Le restaurant ‘California’ ou la pâtisserie ‘Boston’, les cafés ‘Dallas’ ou ‘Manhattan’, la librairie ‘Harvard’, le supermarché ‘Alaska’ ou la boutique ‘Hillary’ essaiéms sur le boulevard Bill Clinton servent ainsi de points de repère.

Des armes des Etats-Unis

« Les Albanais nous aiment », indique Robert Curis qui travaille au Kosovo depuis 2001. « Ici il n'y a rien que je puisse faire qui sera mal interprété. Lorsque je roule trop vite, la police ferme les yeux simplement parce que je suis Américain ». Curis est doyen de l’Université américaine du Kosovo (AUK) qui propose depuis 2003 des cours d’économie, de management et autres matières qui ont la cote auprès des étudiants.

« Les Américains sont nos amis » dit Faik Fazliu , «ils ont toujours été du côté des Albanais ». Il avait 22 ans lorsqu’il a perdu une jambe. C'était pendant les dernières semaines du conflit. Il est aujourd’hui président de l’Association des vétérans et mutilés de guerre de la défunte Armée de libération kosovare, l’UÇK. Fazliu se souvient : « déjà en 1998, l’UÇK recevait la majorité de ses armes des Etats-Unis ».

Les Américains d’origine albanaise soutenaient l’UÇK et achetaient aux Etats-Unis des armes, de la mitraillette au lance-grenades, en grande pompe et en toute légalité. Les armes sont parvenues au Kosovo en transitant par l’Albanie. Dès le début du conflit, les Américains ont construit des camps d’entraînement pour les combattants de l’UÇK en Albanie.

De l’argent pour la démocratie

Depuis 1999, des militaires américains sont en faction dans le cadre de la mission internationale de la KFOR. Leur base de Bondsteel, près de Ferizaj, est le plus grand camp militaire d’Europe. Loué pour 99 ans, son impact stratégique à long terme dépasse largement le territoire du Kosovo et ses deux millions d’habitants.

Les Etats-Unis jouent également un rôle important dans le domaine civil. Le statut de l’Administration civile des Nations Unies au Kosovo (MINUK) impose que son représentant soit de nationalité américaine. La future ambassade américaine ainsi que les bureaux de l’USAID [l’agence officielle américaine pour la démocratie et le développement économique], se trouvent au milieu d’une vaste zone d’habitation, complètement close, de la capitale kosovare. C’est ici que sont coordonnés les projets de développement et de démocratie financés par le gouvernement de Washington.

Les Américains sont en outre représentés dans de nombreuses organisations non-gouvernementales (ONG) de taille variables. Kristin Griffith, membre de ‘Mercy Corps’ à Pristina compte environ une douzaine de grandes ONG encore en activité au Kosovo, dont trois Américaines.

Lorsque Griffith se déplace dans les villages du centre du pays, elle entend toujours la même phrase : « Bill Clinton et Dieu ont sauvé le Kosovo ». L’enthousiasme des débuts n’a que peu diminué depuis la fin de la guerre. « Le Kosovo est l’un des rares pays du monde où nous autres Américains sommes encore totalement les bienvenus », dit-elle.

 « Coca de merde »

Le jeune vétéran de guerre Faik Fazliu ne sait pas grand chose de l’engagement des Etats-Unis pour la démocratie au Kosovo mais il a bien appris sa leçon. « Le Kosovo sera un Etat indépendant qui respectera toutes les minorités », affirme t-il.

Comme tous les Kosovars, Fazliu ne pense qu’au jour tant attendu où le Conseil de sécurité des Nations unies décidera du sort du territoire. Probablement au cours des prochaines semaines. Alors que les pays de l’Union européenne n’ont jamais pu trouver une position commune quant à la question du statut du Kosovo, les Etats-Unis affichent clairement leur volonté d’un Kosovo indépendant. Le plus vite possible.

Dans le Nord du pays, peuplé majoritairement par des Serbes, les Etats-Unis sont vus comme les alliés des Albanais, favorables donc à l’expulsion des Serbes du Kosovo. Les quelques 100 000 membres de cette communauté restés dans le pays se terrent dans le nord de la province et dans quelques enclaves. Dans le magasin de souvenirs du quartier serbe de Mitrovica, on peut lire sur les cartes postales et les affiches ‘Coca de merde, pizza de merde. Tout ce qu'on veut, c’est de la Slivovitza [alcool de prune local]’. Les Serbes comptent toutefois sur le soutien traditionnel de Moscou.

En tant que membre du ‘Groupe de contact des Balkans’, la Russie a plusieurs fois annoncé qu’elle ne soutiendrait qu'un accord unanime. Le Conseil de sécurité des Nations Unies aura donc du mal à trouver une solution à l'amiable, en raison du veto probable de Moscou. La séparation du monde en deux blocs, comme au temps de la Guerre froide, est de nouveau visible au Kosovo.

Crédit photos de l'article : Jutta Sommerbauer (Free Europa) et Saskia Drude