Kirghizstan : la dernière révolution

Article publié le 30 mars 2005
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Article publié le 30 mars 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le Kirghizstan vient d’être le théâtre de la toute dernière révolution démocratique des anciennes républiques soviétiques. Il faudra suivre son évolution avec attention.

Lors du second tour des élections législatives du 13 mars dernier, le parti progouvernemental a obtenu 69 des 75 sièges du Parlement. Malgré les nombreuses critiques qui se sont soulevées contre la légitimité du résultat, ces élections n’ont quasiment pas eu d’écho dans les médias européens. En effet, tout portait à croire que la situation allait rester la même : un pouvoir bien ancré, et une opposition faible et divisée, qui n’avait commencé à se mobiliser qu’en vue des élections. Rien ne laissait imaginer la suite des événements.

Mais les mouvements d’opposition se sont renforcés dans les jours suivants les élections. Partie de quelques villes du Sud, la contestation est arrivée progressivement jusqu’à Bishkek, la capitale kirghize. Les événements se sont précipités jeudi, provoquant la fuite à Moscou du président Akaïev. Les manifestants ont pris d’assaut le bâtiment du gouvernement, et Kourmanbek Bakiev est devenu le nouvel homme fort du pays, en prenant provisoirement la tête du gouvernement. Bakiev, proche du président Akaïev jusqu’en 2002, avait même été son Premier ministre. Cette prise de pouvoir par d’anciens hommes du régime et leur reconnaissance du nouveau Parlement, ont provoqué une certaine frustration parmi les manifestants, qui ne comprennent pas le sens de cette « révolution ».

Le Kirghizstan d’Akaïev

Askar Akaïev était à la tête de ce petit pays montagneux depuis 1990. Sa politique démocratique avait radicalement changé au milieu des années 1990, et ses pratiques étaient devenues celles d’un Etat autoritaire. Les élections de 1995 et 2000 ont ainsi été des exemples de manipulation politique.

Pendant cette période, la société kirghize s’est considérablement appauvrie et s’est vue privée de ses droits et de ses libertés. Le pouvoir quasiment absolu du gouvernement, qui contrôlait les médias et l’opposition, a empêché la création d’une société civile forte et organisée.

Malgré la répression, les mouvements d’opposition kirghizes, connus pour leur manque de cohésion et leur faiblesse, ont commencé à s’organiser et se renforcer dans les mois qui ont précédé les élections.

En janvier, à l’approche du premier tour des élections législatives, les sympathisants du groupe d’opposition Ata-Jurt ont manifesté dans la capitale contre le rejet de la candidature d’un de leur leader, Roza Otumbaeva, ancienne ministre des Affaires étrangères. Le droit de se présenter aux élections avait également été refusé à d’autres membres de l’opposition, au profit de candidats proches d’Akaïev, comme sa fille.

Vue la rapidité d’organisation de l’opposition, certains observateurs internationaux avaient pronostiqué une révolte sociale postélectorale. Mais la plupart d’entre eux avaient simplement prévu un renforcement de l’opposition, sans changement du décor politique.

Des élections présidentielles auront lieu en juin, suivies probablement d’autres législatives, et Bakiev devra alors prouver sa légitimité par les urnes. Ce processus électoral devrait permettre d’éclaircir la situation politique du pays. Même si les changement engagés semblent irréversibles, il faudra quand même être attentif à leur évolution. Pour l’instant, Akaïev a déclaré son intention de revenir pour mettre fin à ce « coup d’Etat anticonstitutionnel », tandis que le nouveau ministre de l’Intérieur, Felix Koulov, a annoncé : « La révolution ne fait que commencer ».