King of the World

Article publié le 6 juillet 2007
Publié par la communauté
Article publié le 6 juillet 2007
A la façon du narrateur omniscient, King of the world raconte l’illusion impérialiste des Etats-Unis en évitant les clichés. Les fils de l’ancienne Europe devenus les rois de l’Amérique ? Après avoir visionné un film qui m’intriguait déjà par son titre, j’ai malheureusement assisté à un débat assez pauvre et décevant sur le « Communautarisme ».

Un pari réussi pour une production sans prétention qui donne à réfléchir.

Ce film-documentaire d’1h55 sans prétention, réalisé par trois jeunes Français (Valérie Mitteaux, Anna Pitoun et Rémi Rozié) tout aussi discrètes que le fut la promotion de leur œuvre, produit un effet tout à fait novateur sur le spectateur européen. A mi chemin entre le documentaire expérimental et le montage sophistiqué d’une production à la Michaël Moore, King of the World propose une enquête sociologique sous fond de road moovie. A la clef, un constat : les Américains ne se prennent pas pour les rois du monde parce qu’ils ignorent tout simplement le monde … La super puissance américaine se prenant pour le centre de l’univers et dénigrant totalement le reste de la planète, une critique déjà vue et revisitée me direz-vous ? Pas du tout ; car ce film, qui allie la rigueur du reportage à la subtilité du cinéma d’auteur, se veut plus nuancé.

La critique se fait tout en finesse.

A la façon d’un micro trottoir grandeur Ouest américain, les réalisateurs nous entrainent à la rencontre des yankees, comme on les appelle. En libérant la parole de ces autochtones, descendants des pionniers du Mythe de la frontière et héritiers de l’American dream, nos deux jeunes réalisatrices offrent à l’œil et à l’oreille du spectateur une pièce à conviction de leur profonde innocence. Car si l’on accuse souvent les Américains d’impérialisme, encore faut-il prouver qu’ils sont tous capables de rationnaliser leurs actes et leurs propos. Il ne s’agit pourtant pas de railler les dires parfois affligeants de l’éleveur de bœuf qui ne comprend pas que l’on puisse réclamer à l’Etat d’investir davantage dans le Health care service (la sécurité sociale santé à l’américaine) alors qu’en 1680 personne ne réclamait rien et que « tout se passait bien comme ça »… Ni de condamner le buveur de bière bedonnant affirmant, casquette vissée sur la tête, que la peine de mort est garante d’un pays libre. Non, car derrière ces propos se cache une pauvreté sociale et intellectuelle aliénante. L’Américain lambda – car c’est lui la part représentative de l’Amérique d’aujourd’hui, non les ténors de la scène politique et économique – est une victime. !!! Victime de l’ignorance dans laquelle le gouvernement le maintient, mais aussi victime d’un système individualiste qui n’incite pas à voir plus loin que le bout de son nez. Comme le dit l’une des réalisatrice lors du débat qui suivit la projection, et qui avait pour thème le communautarisme, « ces gens n’ont pas l’habitude de parler de politique, c’est un sujet encore tabou ; or nous leur avons donné l’occasion de s’exprimer sur ces questions et nombre d’entre eux nous en ont remercié ». Ainsi, la serveuse de Reno confie-t-elle que tout est fait aux Etats-Unis pour que les plus riches soient toujours plus riches et les plus pauvres toujours plus pauvres. Cumulant pour sa part deux emplois lui permettant de financer son loyer et les soins dentaires de sa fille, elle ironise sur le rêve américain, mais semble résignée. De même, le pasteur d’une maison carcérale invite l’équipe à venir discuter à l’extérieur pour pouvoir parler plus librement … apparemment, toute vérité n’est pas bonne à dire en ce bas monde. Et c’est sous le ton de la confession que, s’exprimant dans un français remarquable, le pasteur explique que l’âge d’or du libéralisme est terminé. La liberté est devenue une chimère aux Etats-Unis. En effet, que reste-t-il du premier amendement quand l’auto censure contraint un homme d’Eglise à s’embarquer dans une voiture avec une équipe de journalistes étrangers pour pouvoir parler de la décadence de son pays ? La liberté d’entreprendre ne fait pas tous et les fondamentaux semblent avoir disparus. Les Américains jouent désormais leur propre comédie, et la plupart d’entre eux en a conscience.

Le thème choisi pour le débat nous a, dans un premier temps surpris : « Les communautarismes ». Pourtant, le film ne s’alourdit pas sur les nivellements entre les communautés ethniques et raciales.Or, comme l’a expliqué Paul Schor, chercheur universitaire à la Sorbonne et grand historien, le communautarisme ce n’est pas seulement la ségrégation des indiens et des noirs. C’est avant tout un esprit de corps et une identité qui se construit par opposition à l’image dominante. L’Amérique des puissants face à laquelle l’Amérique du peuple entend revendiquer son existence. Le communautarisme de la Middle class prend alors tout son sens. Sous fond de campagne électorale – les enquêtes ont été faites au moment des élections de 2005 – le film montrent combien cette communauté, très hétérogène et politiquement très divisée, observe néanmoins une unité de ton face à leur condition : Tous la revendiquent, que ce soit pour la déplorer ou pour la revendiquer, et tous (ou presque) ont le sentiment de l’éclatement de leur société. Le biker mourrait pour son frère d’arme, mais quand on l’interroge sur le 11 septembre, il déplore que ses frères soient tués par des « terroristes » au nom de la grandeur des Etats-Unis. Pour lui, la vraie grandeur, c’eût été de bombarder l’Irak. Autant il est possible de mourir pou un autre biker, autant il est inconcevable de donner sa vie pour l’idéal démocratique. C’est bien là la preuve que la patrie, qui s’est construit autour des valeurs démocratiques et unitaires, n’a plus grand sens aux Etats-Unis.

Sophie Helbert