Kill Your Pop : le son monté en mayonnaise

Article publié le 18 avril 2012
Publié par la communauté
Article publié le 18 avril 2012
Par Elvire Camus et Arnaud Aubry La France n’est pas vraiment connue pour sa décentralisation culturelle. C’est en tout cas ce que croient nombre de Parisiens, qui s’attendent à ne trouver au-delà du périphérique que désert musical et salles de concert vides.
A Dijon, le festival Kill Your Pop pourtant menacé d’extinction l’année dernière, a présenté fièrement et à coup d’affiches d’un mètre sur deux, sa neuvième édition du 10 au 15 avril dernier. Avec sa programmation pointue et éclectique, son atmosphère familiale et son je ne sais quoi bourguignon, ce modeste festival a prouvé qu’il est encore loin du désert redouté.

Des DJ comme Ivan Smagghe et Holy Strays, des artistes cultes comme Jad Fair(la moitié de Half Japanese et qui est actuellement en tournée avec Daniel Johnston), mais aussi de la musique « drone » américaine, ou de la pop du coin…Au programme de l’édition 2012, difficile de trouver a priori de l’harmonie dans ce dédale de groupes et de styles disparates. « La cohérence c’est les coups de cœur, on ne programme que ce que l’on aime », glisse Chantal Masson, présidente de Sabotage, l’association à l’origine du festival.

Au départ, Sabotage est une association locale fondée par Boris Ternovsky. Une petite structure qui cherche à faire découvrir de petits groupes indépendants et organiser des concerts sur le campus de la fac. Aujourd’hui, l’organisation a pris de l’ampleur et ses événements ponctuent la vie culturelle de la capitale des Ducs de Bourgogne. Hormis Chantal Masson, mère-poule du festival – elle accueille les artistes le temps de leur séjour dans le petit studio en bas de son appartement du centre-ville – et Boris Ternovsky, Sabotage compte un nombre impressionnant de bénévoles recrutés en majorité à l’université de Bourgogne où Chantal est secrétaire en charge du service préprofessionnalisation.

Jad Fair et sa guitare en carton.

Bacon et bière belge

A peine débarqués, une bonne surprise : une grande partie des concerts (28 performances en tout) est gratuite. Et la majorité des autres sont à 5 euros. Première chose, Kill Your Pop propose de la musique quasi-gratos. Deuxièmement, le festival a réussi à transformer une contrainte en avantage : la diversité des salles. En plus de La Vapeur, sorte de Zénith de la ville qui compte un millier de places et la Péniche Cancale, Kill Your Pop mobilise également d’autres endroits plus insolites. Parmi eux, le sublime Hôtel de Vogüé, un hôtel particulier classé au patrimoine des monuments historiques, avec ses plafonds magnifiques, sa majestueuse cheminée en pierres, ses immenses portes en bois et sa toiture à la bourguignonne. On peut imaginer pire décor pour aller écouter (gratuitement !) un concert de musique ambiante avec clavier, violons et violoncelle et guitare, ou un live de hip-hop britannique. L’autre lieu qui vaut le détour est le Consortium, un gigantesque bâtiment d’un blanc immaculé, un temple dédié à l’art contemporain à 3 minutes du centre-ville dans lequel on a pu voir des concerts, en mangeant de délicieux sandwichs BLTC (Bacon, Lettuce, Tomato & Cheese) préparés par des hipsters et en buvant de la bière belge.

Au-delà de l’aspect esthétique, l’idée d’investir ce genre de lieux originaux permet au public du festival de se renouveler. Ayant été nous-mêmes spectateurs, voire participants des concerts Sabotage il y a quelques années, il est indéniable que la programmation dans des salles alternatives a permis l’apparition de nouvelles têtes dans le public. Et donc de faire découvrir le festival au-delà du cercle des potes plus ou moins éloignés, le public de base de ce genre de petit événement.

Pan pan pan, Clara Clara et les autres

Musicalement, Kill Your Pop réussit à mêler avec efficacité des groupes locaux, nationaux et internationaux. Comme l’objet de cette chronique n’est pas de faire une revue détaillée de chaque concert, c’est nos chouchous que nous allons évoquer... Premier artiste du festival, Ghostpoet a été excellent. A l’Hôtel de Vogüé, le Londonien a offert une heure de hip-hop downtempo « live » c’est à dire accompagné par de vrais musiciens, en l’occurrence un guitariste et un batteur. Le public qui remuait timidement la tête a été conquis, mais ne s’est pas montré assez enthousiaste au goût du chanteur. « Je n’ai pas l’habitude de jouer en journée », s’est-il excusé auprès des spectateurs encore trop sobres et certainement perturbés par les dernières lueurs du jour. C’est ensuite God ! Only Noise qui a retenu notre attention, un groupe de pop indé mi-dijonnais mi-lyonnais qui malgré un set coupé en deux par des problèmes de chargeurs de claviers a fait l’unanimité auprès du public. Un autre groupe de cette même soirée, les Witch Lorraine, feront également une grande sensation avec leurs synthés modifiés, leur cold wave rappelant souvent John Maus, et surtout leur excentricité, passant d’une imitation potache des Beastie Boys à des cris gutturaux avant de reprendre la clarinette… La soirée du jeudi soir à la Péniche Cancale a rassemblé la fine fleur de la pop indépendante de Lyon : Alligator, duo féminin qui sonne comme les premiers Slits, et Clara Clara, une des têtes d’affiche du festival qui a, comme à son habitude, fait trembler les murs et fait danser jusqu’à l’extase le public dijonnais. Mais c’est le dernier groupe de la soirée, Pan Pan Pan, qui marquera les esprits par sa prestation littéralement envoutante : au-delà de la musique c’est presque de l’hypnose, du vaudou, le batteur – une véritable machine de guerre – a contribué à ce que les spectateurs se donnent jusqu’à l’épuisement. Le festival durera six jours avec concerts en appartement et DJ sets en plus des performances plus classiques.

Il reste une dernière question : y aura-t-il un Kill Your Pop numéro 10 ? « Il le faut » répond sans hésiter Chantal Masson entre deux concerts. Une réaction bien différente à celle de l’année précédente, quand la présidente parlait du « dernier Kill Your Pop »…

Photos © Chantal Masson sauf la photo de Chantal et Boris © Vincent Arbelet

Partager