Khalid et la génération des ponts-médiateurs

Article publié le 21 septembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 21 septembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le Président des Jeunes Musulmans Italiens, Khalid Chaouki bouscule les mentalités. Dans un Manifeste publié par le quotidien italien Corriere della Sera, il s’attaque au fondamentalisme et milite pour une société multiculturelle.

Les jeunes musulmans qui vivent auprès de nous valent la peine d’être mieux connus, pour découvrir, peut-être, que l'Europe a déjà en elle beaucoup des réponses qu’elle cherche aux menaces et aux défis d'aujourd'hui. Il suffit de penser à Khalid Chaouki, 21 ans, originaire de Casablanca, un des initiateurs du « Manifeste contre le terrorisme et pour la vie » publié le 2 septembre dans le Corriere della Sera. Khalid est un jeune garçon de notre temps : comme beaucoup de jeunes immigrés de sa génération, il arrive en Italie à 9 ans pour retrouver son père à la faveur du regroupement familial. En 2000, il fonde l'Association Islamique des Jeunes « le Médiateur » dans l'idée de créer un pont entre la culture islamique et l'Occident. En septembre 2001, il fait partie des co-fondateurs de l'association des Jeunes Musulmans d'Italie, qu’il préside depuis 2003.

Lutte contre le terrorisme...

Khalid mise tout sur la force du dialogue entre des cultures et des religions différentes : « un dialogue qui n’aplatit pas les différences, n'assimile pas les identités, mais qui établisse une comparaison positive, enrichissante pour toute la communauté ». Pour cela, il s'est aligné « contre le terrorisme de manière totale, absolue et compacte » dans un Manifeste qui a fait grand bruit en Italie. Il a réuni imams, directeurs de centres culturels, journalistes, femmes, jeunes universitaires. Tous unis pour attaquer sans demi-mesure ceux qui ont instrumentalisé l'Islam par « une interprétation extrémiste et déviante, en déchaînant une guerre agressive de terreur contre le monde entier et le genre humain ». Le contexte ? Celui de la séquestration en Irak des journalistes français Georges Malbrunot et Christian Chesnot et de l'exécution du reporter Enzo Baldoni. Mais aussi celui d'une radicalisation croissante des mosquées italiennes (rien qu’à Rome, deux imams ont été renvoyés en un an). « Disons explicitement que les mosquées d'Italie ne doivent en aucun cas se transformer en un cheval de Troie d'idéologies intégristes et de stratégies internationales vouées à imposer un pouvoir islamique théocratique et autoritaire ».

...mais personne ne touche au voile

Khalid incarne le jeune visage de l'Islam modéré, qui n’a pas renoncé toutefois à revendiquer son identité : il soutenait à Londres, le 4 septembre, l' « International Hijab Solidarity Day », pour la défense du droit des femmes musulmanes à porter le voile. Tout comme il avait déjà manifesté sa contrariété vis à vis de la loi française qui interdit le port ostentatoire de symboles religieux à l’école.

Khalid est un jeune musulman modéré, mais il se sent tout autant européen. Il pense que l'Europe doit être construite en travaillant plus sur la question de l'intégration des populations immigrées. Comment ? « Pensons à l'école. Nous, musulmans, souhaitons avant tout être des citoyens. La question religieuse est importante, mais c’est un élément privé. On veut une école laïque, publique et pluraliste » déclare-t-il à café babel. Dans une Europe qui n'est plus seulement chrétienne, il serait utile de « permettre un enseignement pluraliste de la religion ». Pour cela il est contre l'institution de classes séparées pour les musulmans, ainsi que contre les subventions aux écoles coraniques : « l'école séparée n'aide pas le bon citoyen de foi islamique qui doit connaître pleinement la culture du pays dans lequel il vit. Notre foi nous pousse à voir les diversités comme une opportunité, à connaître les autres et non à nous séparer ».

Selon Khalid, travailler sur l'intégration dans un continent comme l'Europe, signifie surtout reconnaître aux jeunes un rôle central : il les appelle « ponts-intermédiaires » entre la culture islamique et l'occident, « entre les pères et les fils de la nouvelle présence islamique », entre les immigrés de première et de seconde génération. Les jeunes musulmans se sentent fils de l'Europe, ils sont « cet Islam de chair qui, en plus de prier Allah, travaille et étudie à nos côtés au quotidien ». Ils sont disponibles - bien plus que leurs pères – pour rechercher « un terrain commun de partage de valeurs et de principes pour une cohabitation positive : le respect de la loi et de la liberté, deux fondations de nos vies civiles ».

La main tendue de Khalid et de tant de jeunes musulmans est une opportunité que l'Europe de Bruxelles, aux prises avec l’épineuse question de l'adhésion de la Turquie, ne peut pas rater. De toute façon, leur voix se fera entendre quand même. D’ailleurs, la devise qu'ils se sont choisis ne laisse pas de doutes : « Etre acteurs de nos vies, avec l'aide de Dieu ».